Le projet souverainiste doit se préparer, pas se radicaliser

La période que le Parti québécois passera dans l'opposition est une occasion offerte aux membres de redéfinir la souveraineté et son programme. C'est le temps de faire une pause et de répondre à des questions essentielles sur l'avenir.

La principale raison d'être du PQ est de faire du Québec une nation moderne et autonome, ayant les outils pour développer cette nation. C'est pourquoi la souveraineté devient nécessaire car les Québécois se retrouvent dans l'incapacité d'assumer leurs priorités.

Le PQ doit réfléchir là-dessus: le projet souverainiste ne doit pas être une fin en soi, c'est plutôt l'instrument qui permettra à l'État d'établir l'ordre de priorité de ses besoins de base et de son développement. Le PQ aspire à mener la nation à son épanouissement. Lorsqu'on aura démontré à la population que le projet souverainiste est l'outil primordial à la réalisation des ambitions du Québec, la souveraineté deviendra envisageable.

Un piège fatal

Toutefois, comme souvent lorsque le PQ se retrouve dans l'opposition, les membres les plus orthodoxes ressortent leurs vieilles idées. À la lecture de ces textes prônant l'élection référendaire, on comprend que plusieurs veuillent radicaliser les discours parce qu'ils attribuent en quelque sorte l'échec souverainiste à la démocratie. Il manquait quelques dizaines de milliers de vote pour réaliser le projet; pour les radicaux, il est alors plus facile de forcer la souveraineté que de convaincre une portion de nationalistes modérés. La pensée magique: nous n'aurons pas à convaincre, nous n'aurons qu'à cueillir le fruit mûr. [...]

Une élection référendaire est irréaliste car:

- le fédéral aura toute la latitude pour ne pas négocier puisqu'il n'y aura pas de mandat clair et il alléguera qu'il y a une majorité d'élus fédéralistes à Ottawa;

- les nationalistes modérées qui votent tantôt pour le PQ et tantôt pour le PLQ voteront pour celui-ci;

- plusieurs souverainistes n'approuveront pas cette démarche, ce qui aura pour effet d'affaiblir le mouvement;

- il est loin d'être acquis que le PQ puisse espérer la victoire avec un tel concept;

- comment convaincre que la souveraineté est pour tous si on n'inclut pas la majorité?

Rester dans l'opposition?

En prônant cette idée, il faut se demander si les radicaux ne désirent pas inconsciemment garder le mouvement souverainiste dans l'opposition. Marcel Lefebvre, dans son texte «Exit l'étapisme» publié dans Le Devoir du 14 janvier 2004, avance que le PQ doit renoncer au pouvoir provincial pour ne faire que des référendums par le truchement de l'opposition officielle. Mais doit-on rappeler que seul le gouvernement provincial pourra réaliser la souveraineté? Ce n'est pas l'opposition officielle provinciale qui pourra le faire!

Que cela plaise ou non, les résultats des référendums ont été clairs: une majorité de la population s'est opposée à ce que le PQ ait le mandat de négocier la souveraineté. La lucidité impose deux choses: ou bien le PQ retrousse ses manches et fait ses devoirs dans le but de faire adhérer une majorité, ou bien il renonce à son projet. À aucun moment le PQ ne peut espérer penser faire la souveraineté sans l'assentiment de la population. La souveraineté ne se fera pas pour le PQ mais pour les Québécois.

Ce que le PLQ attend de l'aile orthodoxe du PQ, c'est de l'assurer d'un deuxième mandat. Les libéraux se disent que les péquistes vont tomber dans les querelles intestines, ce qui aura pour effet de diviser leurs forces. Mieux, ils espèrent que le PQ radicalise son programme, ce qui aurait pour effet de jeter les nationalistes modérés dans le camp fédéraliste, par conséquent dans le camp du PLQ.

Rétablir la confiance

Dans son texte «Rétablir la confiance» publié dans Le Devoir du 2 décembre 2003, le député Jean-Claude Saint-André énonçait tout de même une vérité: «Un exercice de lucidité s'impose et le passage obligé à l'opposition devrait nous permettre de le faire. Cet exercice de lucidité doit commencer par l'admission et la compréhension des erreurs que nous avons commises alors que nous étions au pouvoir. Voilà la première condition à remplir pour rétablir la confiance avec les Québécois.»

Cette admission est juste; toutefois, la réponse apportée l'est moins. Le député Saint-André fait une fusion; la gauche et l'élection référendaire ne font qu'un tout. En conclusion, il écrit: «[...] Notre passage dans l'opposition peut nous permettre de redéfinir nos objectifs et ainsi rétablir une relation de confiance avec les éléments les plus progressistes de notre société. Proposons un plan d'action gouvernemental précis, avec un échéancier compris de tous. Il va de soi que ce plan d'action doit comprendre la démarche qui nous conduira à l'indépendance nationale. [...] Nous ne pouvons plus nous enfermer dans une approche référendaire pour parvenir à l'indépendance, comme nous avons tenté de le faire en 1980 et en 1995. Lors des prochaines élections, le Parti québécois devra demander un mandat clair pour réaliser l'indépendance du Québec. Aussitôt élu, le gouvernement devra légiférer afin d'enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté.»

Ne peut-on pas être progressiste sans pour autant prôner l'élection référendaire? Ce que prône M. Saint-André est une dérive de la pensée souverainiste. L'électorat québécois n'est pas le membership du Parti québécois. Comment croire que la population a perdu confiance dans le PQ parce que le gouvernement n'a pas été à la hauteur des ambitions de faire la souveraineté? Le 14 avril 2003 est arrivé une chose qui est arrivée constamment depuis 45 ans, c'est-à-dire l'usure du temps et le goût de changement de la population. [...]

Pour rétablir la confiance, le Parti québécois doit être en mesure de projeter une double image. La première, c'est d'être rassurant, en quelque sorte d'avoir le Québec à coeur et de toujours aller dans l'intérêt général. La deuxième image qu'il doit projeter, c'est d'être un parti prêt à former un gouvernement audacieux et ambitieux ayant pour objectif de faire une société meilleure. En quelque sorte, la population recherche un gouvernement audacieux mais modéré, qui ne laissera rien au hasard. L'étapisme est là pour rester car la réalisation de la souveraineté ne se fera pas en un jour. Il y aura des échéanciers.

La première étape

Il y a un fait que personne ne peut contester, c'est que le Parti québécois ne pourra pas réaliser la souveraineté dans l'opposition. C'est pourquoi on peut se poser des questions sur les objectifs des ténors de la radicalisation du discours souverainiste. Préfère-t-on rester de façon définitive dans l'opposition et même donner la chance à l'ADQ de reprendre le discours nationaliste modéré? Le PQ deviendrait un parti marginal. Le principe de l'élection référendaire ne peut pas donner autre chose.

En définitive, le Parti québécois doit revenir aux valeurs sociales. Faire la lutte contre la pauvreté, promouvoir la protection de l'environnement, s'attaquer aux problèmes de conciliation famille-travail: ce sont là des batailles pour remporter les prochaines élections. En somme, le PQ doit être l'opposé du PLQ. [...]

Il faut souligner que le projet souverainiste québécois est un projet démocratique. Un projet de cette ampleur ne se réalise pas en quelques astuces et en un court laps de temps. C'est un projet qui peut prendre des décennies; il faut toujours rester optimiste, c'est même une obligation. Et nous avons raison de l'être car, dans les années 50, la souveraineté du Québec n'était qu'un projet pour lunatiques. Dans les années Bourgault, seul un faible pourcentage y adhérait. Puis, avec René Lévesque, plus de 40 % de la population y a cru. Avec Lucien Bouchard, nous sommes passés près de l'objectif.

Finalement, nous en sommes peut-être à la dernière étape, la plus difficile de toutes, celle où nous devrons tous aider notre chef à cueillir les quelques pourcentages de voix manquantes. Et nous n'avons pas à convaincre les orthodoxes: c'est plutôt ceux qui ont voté NON par le passé avec une quelconque hésitation. Ceux qui croyaient à une dernière chance du fédéralisme.