Ouvrir la voie au féminisme de demain

On présente ces jours-ci le féminisme comme une idée dépassée, une lutte achevée ou pire, comme une charge contre les hommes. En ce 8 mars, remettons les pendules à l’heure. Le féminisme se définit « contre » une seule chose : l’injustice. Il affirme que nous pouvons aspirer à une société plus égalitaire, plus solidaire et à ce titre, tout le monde est invité à avancer avec nous sur le chemin qu’il reste à parcourir.

Nous traversons une période de crise. Les écarts entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les femmes elles-mêmes, s’accentuent. Les coupes dans les services publics et les programmes sociaux appauvrissent et épuisent les femmes. Les craintes de recul sont fondées. Non seulement le féminisme est toujours nécessaire, mais il doit redoubler d’ardeur.

La semaine dernière, la ministre responsable de la Condition féminine affirmait que l’égalité repose sur la volonté individuelle de chaque femme, sans plus. Ce féminisme, qui d’ailleurs refuse de se nommer, masque le fait que toutes les femmes ne bénéficient pas des mêmes opportunités, et que le fardeau de l’égalité ne peut échoir entièrement sur les épaules des individus. Si l’égalité nous intéresse, il faut créer les conditions de son atteinte. Cette responsabilité nous revient à tous et toutes, ainsi qu’à l’État, car souvent, « vouloir » n’est pas suffisant pour s’émanciper et prendre sa place.

Nous avons aussi vu resurgir une vision plus traditionnelle du féminisme, porté par certaines têtes d’affiche du Sommet des femmes. Historiquement, ce féminisme a fait beaucoup pour les Québécoises. Il éclipse cependant les préoccupations de nombreuses femmes qui, en plus du sexisme, vivent des discriminations liées à leur origine, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, leur couleur de peau ou leurs croyances religieuses. Plusieurs d’entre nous se sont d’ailleurs désintéressées du Sommet, perçu comme peu rassembleur, d’autant plus qu’il s’est organisé sans la participation des groupes de femmes.

Les progrès en matière d’égalité ne peuvent reposer uniquement sur le « leadership au féminin » dans certains cercles d’influence, ni sur des célébrations ponctuelles qui n’émergent pas d’une réelle démarche de réflexion et de mobilisation. Il faut d’autres voies.

Par exemple, en 2013, les États généraux de l’action et de l’analyse féministes, après trois années de consultation menées auprès de milliers de femmes partout à travers le Québec, ont produit des recommandations pour bâtir une société plus juste, pour toutes les femmes. Un tel processus, inédit dans l’histoire du Québec, prenait appui sur la diversité des voix, concluant que le féminisme ne laisserait passer ni le racisme, l’hétérosexisme, le capacitisme, la transphobie, les statuts migratoires précaires ou la pauvreté.

Soulignons aussi la Marche mondiale des femmes qui, depuis 15 ans, mobilise quelque 4500 groupes, dans plus de 50 pays et territoires, créant des liens entre les femmes d’ici et d’ailleurs pour mieux lutter contre les inégalités. Cette année, la Marche s’est conclue à Trois-Rivières, où 10 000 féministes ont pu exprimer leur solidarité envers les femmes autochtones disparues et assassinées, ainsi que leur volonté d’en finir avec le colonialisme. Ce soir, à Montréal, se tient aussi la Marche des femmes de diverses origines. Tous les 8 mars, cet événement dénonce les rapports de domination, y compris ceux qui existent entre les femmes. Les discriminations subies par les femmes noires, musulmanes, ou les deux, par exemple, nous rappellent que certaines femmes sont, pour ainsi dire, « plus égales » que d’autres ! Il est impératif de penser aussi ces inégalités, pour bâtir un féminisme d’avenir.

Nombreux sont aussi les groupes communautaires, les collectifs féministes et les organisations, formelles ou non, qui travaillent sans relâche pour offrir aux femmes des outils pour lutter contre le statu quo. Dans tous les cas, il est rassurant de constater que, par des voies multiples, des milliers de personnes travaillent tous les jours à faire avancer l’égalité, la justice sociale, et à construire une mobilisation féministe forte et concrète, enracinée partout.

Le féminisme doit être le résultat d’un tel travail collectif. Ce travail doit être reconnu, souligné et célébré, d’autant plus que le message qu’il véhicule est porteur. Il nous dit que le féminisme doit être démocratique, diversifié, solidaire, rassembleur et combatif. Il nous rappelle aussi que les victoires ne sont jamais définitives, que la résistance féministe est un travail d’endurance, au long cours, et qu’il reste encore du chemin à parcourir.

Dalila Awada

Alexa Conradi

Ryoa Chung

Martine Delvaux

Toula Drimonis

Aurélie Lanctôt

Bochra Manaï

Emilie Nicolas

Rosa Pires

Cathy Wong

Anne Lagacé Dowson

Isabelle Boisclair

Janelle LeBlanc

Sarah Khoumaissi

Sonia Ghaya

Isabelle Baez

Valérie Lefebvre-Faucher

Nancie Boulay

Giuliana Fumagalli

Marilyn Ouellette

Marie-Hélène Bonin

Catherine Flynn

France Désaulniers

Camille Cornellier

Laetitia Angba

Sandrine Ricci

Véronica Gomes

Rosalynn Nguyen

Florence Thomas

Anne Latendresse

Asmaa Ibhounazir

Caroline Jacquet

Sujata Dey

Isabelle Fortin

Tamara Brown

Sarita Ahooja

Nelly Dennene

Valentina Gaddi

Eve Torres

Claudine Paillé

Roxane Noël

Geneviève Messier

Andréanne Pâquet

Régine Debrosse

Alejandra Zaga Mendez

Sarah Labarre

Suzanne Zaccour

Maguy Métellus

Nour Farhat

Annie Lapalme

Jennifer Galewski

Jade Boivin

Caroline Trottier-Gascon

Sylvie Vartian

Marjorie Pierre

Nargess Mustapha

Geneviève Lepage

Miriam Fahmy

Séna Houndjahoué Lahaye

Rim Mohsen

Annick Vallières

Marie-Andrée Lefebvre

Magenta Baribeau

Julie Gingras

Valérie Amiraux

Annie Rochette

Nadia Zouaoui

Nadia Seraiocco

Geneviève Pagé

Julie Chateauvert

Kharoll-Ann Souffrant

Alice van der Klei

Aula Sabra

Michèle Lévesque

Marlihan Lopez

Isabelle Leblanc

Thérèse St-Gelais

Alexia Ptito

Camille Godbout

Danielle Maire

Michèle Chappaz

Charlotte Thibault

Josiane Maheu

Brigitte Michaud

Marilyse Hamelin

Victoria Welby

Caroline Roy-Blais

Marie-Anne Casselot

Élisabeth Germain

Julianne Pidduck

Samira Laouni

Janie Beauchamp

Lori Saint-Martin

Anne Martine Parent

Maude Authier Pigeon

Marie-Ève Duchesne

Laurie Pabion

Takwa Souissi

Aurélie Lebrun

Sharon Hackett

Sylvie Laneuville

May Chiu

Rachel Chagnon

Mélissa Cerros

Blanche Roy

Julie Leclerc

Janik Bastien Charlebois

Rachel Saintus-Hyppolite

Sue Montgomery

Gaëlle Graton

Andréanne Graton

Marie-Eve Rancourt

Odile Boisclair

Amélie Langlois Béliveau

Typhaine Leclerc-Sobry

Dolores Chew

Marie-Hélène Dubé

Hanan Moukaddem

Lynda Forgues

Essra Daoui

Amira Isaa

Pattie O’Green

Stéphanie St-Amant

Samia Amor

Maude Ménard-Dunn

Zina Laadj

France Lavigne

Camille Ranger

Anne Richard-Web

Josée Bilodeau

Émilie E. Joly

Maria Anastasaki

Julie Boulanger

Nancy Costigan

Annie Demers Caron

Francine Pelletier

Stéphane Martelly

Marianne Carle-Marsan

Caroline Truchon

Véronique Laflamme

Saleema Hutchinson

Elsy Fneiche

Véronique Laflamme

Catherine Van Der Donck

Cassandra Joseph

Rima S Demanins

Lynda Haddoud

Bronja Hildgen

Ariane Gibeau

Katia Belkhodja

Kimmyanne Brown

Karine Rosso

Myrlande Pierre

Roxanne Guérin

Caterina Milani

Marilou Craft

Sylvie Dupont

Élise Desaulniers

Camille Robert

Marjorie Reinos

Patricia Jean

Pascale Brunet

Laurin Liu

Suzie O’Bomsawin

Laurence Parent

Kanhehsiio Deer

Erika Duchesne

Valérie Plante

Marie-Ève Blais

Romina Hernández

Geneviève Guernier

Marie Brodeur Gélinas

Claudyne Chevrier

Nesrine Bessaïh

Koby Rogers Hall

Maude Prud’homme

Arij Riahi

Déborah Cherenfant

Hommes :

Michel Seymour

Mathieu Marion

Patrick Lloyd Brennan

Michel R. Magnan

Francois Fournier

Brian McKenna

Will Prosper

David-Xavier Lacombe

Martin Lukacs

Marcos Ancelovici

Pierre-Antoine Harvey

Ouvrir la voie au féminisme de demain


 
17 commentaires
  • Diane Guilbault - Inscrite 8 mars 2016 07 h 41

    Tout sauf la cause des femmes!

    Ce que ces signataires ne disent pas, c’est que cette approche PRIORISE les luttes aux «discriminations liées à leur origine, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, leur couleur de peau ou leurs croyances religieuses» et éclipse finalement les discrimination des femmes vécues en tant que femmes et la lutte au système patriarcal qui est au cœur du sexisme partout dans le monde et pour toutes les femmes. Toutes les luttes sont importantes mais, par exemple, on ne demande pas aux groupes qui se préoccupent de la cause des personnes handicapées de s’occuper tout autant de la cause des gays ou de celles des femmes qui portent le voile! Dans les faits, on observe que ce que font les partisanes de l’analyse intersectionnelle, c’est de faire passer la cause des femmes APRÈS toutes les autres. Et c’est sans doute pourquoi, même en cherchant bien, on ne trouve aucun gain pour les femmes qui aurait été obtenu par le biais d’un travail basé sur l’analyse intersectionnelle. Les garderies, l’équité salariale, le patrimoine familial, la reconnaissance de la violence conjugale comme un crime ont été des gains pour TOUTES les femmes grâce au féminisme que ces signataires rejettent.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 8 mars 2016 08 h 28

      Il y a quelque chose un peu étrange dans votre commentaire : comment la volonté de la justice et de l'équité devrait nécessairement se spécialiser, un peu comme un lobby ou un groupe d'intérêt de manière à faire des "gains", comme s'il y avait "table de négociation".
      Il y a autre chose que cette approche : c'est celle du politique et en politique, toutes les questions peuvent être débattues, dans un contexte beaucoup plus large. Dire que le débat social n'avance rien est pour le moins troublant ...
      Ça me fait penser à ceux qui reprochait aux étudiants de défendre toutes sortes d'idées politiques autre que ce qui les touche directement. Ce sont pourtant des citoyens, et en tant que citoyen, on n'est pas obligé de se spécialiser.

    • François Genest - Inscrit 8 mars 2016 08 h 45

      Corrigez moi si je me trompe, mais je ne vois pas d'attaque dans cette lettre contre le féminisme que vous défendez. L'analyse intersectionnelle est justement apparue dans le cadre de la lutte féministe que vous décrivez au fur et à mesure que les femmes prenaient conscience d'autres inégalités sociales, notamment celle reliée au racisme, qui se manifestaient au sein même des collectifs en lutte. Ce que les personnes signataires dénoncent, si je comprends bien, c'est une sorte de révisionisme qui voudrait occulter les luttes collectives actuelles menées pour combattre les injustices touchant les femmes.

    • Louise Melançon - Abonnée 8 mars 2016 09 h 49

      Voilà ce qu'il faut dire. Merci Mme Guilbault. J'appuie totalement votre point de vue. Depuis quelques jours, en lisant tout ce qui s'est dit et écrit sur le féminisme, je réfléchissais à ce qui m'apparaissait passer à côté...Votre commentaire me rejoint dans le point de vue qui était le mien: si le mouvement féministe s'occupe de toutes les injustices, s'il met l'accent sur l'égalité formelle de tous, qui travaillera à partir de la "particularité" de l'inégalité, de l'injustice, de la dévalorisation, de l'oppression des femmes comme femmes? C'es tout à fait justifier de lier toutes les injustices, mais le travail du mouvement féministe s'applique à au problème du sexisme avant tout.

    • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 8 mars 2016 11 h 25

      Excellent commentaire, Mme Guilbault. Le féminisme intersectionnel en défendant la race et la religion et beaucoup d'autres causes passe à côté de l'essentiel, les luttes pour l'égalité des sexes et celles contre le patriarcat et ses violences.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 9 mars 2016 07 h 44

      Le féminisme intersectionnel est un féminisme de division, de reproches. Combien de fois, sur les réseaux sociaux, j'ai constaté qu'on accusait des femmes québécoises qui ont donné leur vie à la cause des femmes se faire traiter « de blanches». On leur attribue cet adjectif pour dénigrer certaines positions politiques, comme si la couleur de la peau pouvait tout expliquer.

      On a aussi vu dernièrement Aurélie Lanctôt dénigrer les femmes d'affaires de « l'Effet A »? Des femmes d'affaires courageuses, ambitieuses et qui ont décidé de donner de leur temps pour aider d'autres femmes.

      Et c'est bien à Médium Large, lors d'une entrevue avec Aurélie Lanctôt justement, qu'on a parlé de « féministes de luxe »??? Cette analyse intersectionnelle énonce des catégories de discrimination et permet de dénigrer celles qui n'entrent pas dans l'une d'elles.

      Également, ces femmes ne défendent qu'UNE partie des femmes musulmanes, celles qui tiennent à une vision rétrograde de leur religion et à ses symboles sexistes. Elles ne défendent pas TOUTES les musulmanes. Cette adhésion d'un certain féminisme à des religions (toutes misogynes et sexistes) est surprenante, puisque jamais elle ne l'a été pour la religion catholique.

      Concernant la dénonciation de féministes sensées être proches d'une allégeance politique, on assiste ces dernières années à un certain « révisionnisme » ou rejet de l'histoire du féminisme au Québec, particulièrement des années 70.

      Dans le cahier spécial du Devoir quelques semaines avant les États généraux de 2013, déjà, on avait tenté d'associer le mouvement de libération des femmes au FLQ semblant associer leur violence au mouvement des femmes. On démontrait une méconnaissance de l’histoire du Québec et de l’évolution du féminisme dans le contexte de ces années de changements révolutionnaires.

      Tous les moyens sont bons pour imposer ses politiques, ses analyses, sa vision notamment de la laïcité.

    • Gilbert Turp - Abonné 9 mars 2016 08 h 03

      Intersection ou éparpillement ?

    • Johanne St-Amour - Inscrite 9 mars 2016 09 h 39

      Non seulement éparpillement M. Turp, mais surtout sélectivité et rejet de ce qui ne cadre pas avec les « sections ». Et certaines sections ont priorité sur d'autres: embêtant quand on est une femme pauvre, mais blanche. Une femme homosexuelle, mais laïque. Une femme victime de sexisme ou de violence, mais étant très à l'aise financièrement.....

      Plutôt comique que ce féminisme dénonce la supposée appartenance partisane de certaines féministes, alors que ces femmes copient certaines de leurs analyses sur celles d'un certain parti de gauche et dont plusieurs ne cachent nullement cette adhésion.

      Si l'intersectionnalité a vu le jour aux États-Unis par des « féministes blacks » ici, entre autres, l'intersectionnalité a davantage crû suite au combat de ces féministes intersectionnelles face à une laïcité « ouverte » (à des religions qui elles, sont fermées, sauf aux dogmes qu'elles prônent et qui discriminent les femmes).

  • Sylvain Deschênes - Abonné 8 mars 2016 07 h 52

    Féminisme maternaliste

    Curieux de voir que sous le couvert de la modernité, certaines femmes mettent de l'avant l'ancien féminisme maternaliste que l'on croyait révolu.
    Sylvie Ménard

  • Sylvain Deschênes - Abonné 8 mars 2016 08 h 38

    Féminisme de demain??

    Je vois surtout une nette régression dans le féminisme proposé par les signataires. Et une désolarité pour des raisons bassement politiques.
    Sylvie Ménard

  • Louise Mailloux - Abonné 8 mars 2016 09 h 13

    Et le mariage religieux?

    En quoi ce féminisme multiculturaliste permet-il d'avoir une analyse qui dénoncerait les injustices faites aux femmes à propos de la confusion actuelle entourant le mariage religieux? Et sur quelle position déboucherait-il? L'une ou l'un des signataires pourrait-il nous expliquer?

  • Hélène Paulette - Abonnée 8 mars 2016 10 h 09

    Bon 8 mars quand même, les filles!

    Vous êtes sans doute les nouvelles "radicales": rejet des "traditionnelles" au profit des "égalitaires", comme c'est "rassembleur"...