Chantier ou champ de ruines?

Dernièrement, juste avant la « crise Jutra », une nouvelle culturelle s’est trouvée écartée des projecteurs, alors qu’elle méritait une meilleure attention. La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, annonçait une vaste consultation publique, dans toutes les régions, pour doter Québec d’une nouvelle politique culturelle en 2017. Pour justifier cette entreprise participative d’envergure, on a cru bon de rappeler aux citoyens et aux médias que la politique en vigueur actuellement date de 1992 ! On en conviendra, évoquer l’époque des vieux modems qui grésillaient comme des télégraphes suffit, pour plusieurs, à susciter la pitié et à décréter l’état d’urgence.

Les artistes, travailleurs et gestionnaires du milieu culturel ont généralement le réflexe d’applaudir (c’est poli) et de se plier à l’exercice. Quelques cyniques sourient tristement en voyant peut-être là un stratagème usé, mais efficace, pour reporter les investissements à plus tard, pour faire taire les revendications sous prétexte qu’on consulte et qu’on écoute, surtout, pour pouvoir dire qu’on a travaillé très fort AVEC les gens. Ce discours, en temps opportun, sera musique aux oreilles des électeurs.

Ces cyniques se souviennent certainement de l’Agenda 21 de la culture. Pas vous ? Même pas un peu ? Pourtant, on parlait alors d’un « chantier » de la culture. Sur le site Web, conçu justement pour favoriser la participation citoyenne, mais laissé en plan depuis 2013, on peut notamment lire ceci : « De novembre 2010 à avril 2011, un total de 98 rencontres ont été organisées dans 44 municipalités, auxquelles ont participé plus de 5000 personnes. Le 6 mai 2011, un forum interministériel s’est tenu et, le 30 mai suivant, un forum national a réuni 220 participants de toutes les régions sur le thème “L’avenir de la culture au Québec, un engagement de tous les secteurs de la société”. » On parle de cadre de référence, de trois principes, de 21 objectifs, de renouvellement, d’une adhésion à une charte, etc.

Chic et pratique

Pour les fins stratèges des relations publiques qui travaillent pour le gouvernement (n’est-ce pas le ministère de la Culture et des Communications), parler de « chantier » et de vaste consultation publique, c’est chic et pratique. « Vous comprenez, nous ne pouvons annoncer d’investissements, nous attendons la fin des consultations… » « Vous savez, si vous vouliez nous faire part de votre point de vue, vous auriez pu rédiger un mémoire et participer à notre vaste consultation… » « Vos préoccupations sont importantes pour nous, nous pourrons y répondre dès que nous terminerons nos consultations. »

Un chantier, ça évoque le labeur, le terrain concret, la sueur. Pour peu, on imagine les excavatrices, les F-150 qui tirent de la roche et Bob le Bricoleur qui pousse son cri de ralliement : « On peut le faire ? » Ceux qui connaissent le refrain répondront, avec un enthousiasme réel ou feint : « Oui, on peut ! » Or, un chantier, par définition, est un espace généralement fermé au public pour des raisons de sécurité… On y construit et on y démolit.

Peut-être suis-je cynique, mais y a-t-il quelqu’un, parmi les 5000 personnes des 44 municipalités ayant participé à l’une des 98 rencontres d’il y a 5 ans à peine, qui peut me dire ce que le chantier de consultation a vraiment construit en culture ?

Et de manière générale, à la fin de son mandat, qui peut me dire si les réformes et travaux que ce gouvernement a entrepris en santé, en éducation, par exemple, ne nous laisseront pas dans un champ de ruines ?

2 commentaires
  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 7 mars 2016 09 h 31

    Des consultations (à l'occasion) et, surtout, aucune écoute des besoins de la population par ce gouvernement libéral

    Une analyse lucide du modus operandi d'un gouvernement manipulateur et hypocrite.

  • Benoit Thibault - Abonné 7 mars 2016 19 h 43

    Un chantier...

    ... ça a un début et une fin. Je comprend votre texte. En 2011 ce devait être de belles paroles.