Controns l’invisibilité toponymique des femmes

Sur l’ensemble du territoire québécois, une infime part des toponymes formés d’après des noms de personnes honore la mémoire de femmes.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Sur l’ensemble du territoire québécois, une infime part des toponymes formés d’après des noms de personnes honore la mémoire de femmes.

Les toponymes, c’est-à-dire les noms de rues, de parcs et d’édifices publics, jouent au Québec un rôle patrimonial indéniable. Des lieux comme la place Jacques-Cartier, le boulevard De Maisonneuve ou la rue Gilford, à titre d’exemples, pérennisent le souvenir de personnalités marquantes de notre grande et petite histoire. Toutefois, une part de cette histoire demeure voilée, pour ne pas dire occultée. En effet, sur l’ensemble du territoire québécois, une infime part des toponymes formés d’après des noms de personnes honore la mémoire de femmes. Pour neuf toponymes rappelant des noms d’hommes, on en retrouve seulement un rappelant le nom d’une femme.

Si nous désirons véritablement faire du Québec une société égalitaire, nous devons nous attaquer à ce problème. C’est pourquoi, dans le cadre de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2016, nous appelons l’ensemble des municipalités de la province, ainsi que la Commission de toponymie du Québec, à prendre des mesures concrètes pour remédier à la situation. Nous invitons également toute personne se sentant concernée par cette question à se présenter devant son conseil municipal afin de l’inciter à signer la Charte québécoise pour une toponymie paritaire. Ce document peut être téléchargé à partir du site Web du collectif (www.feminisation.ca).

Parmi nos premières constatations, notons d’abord que de nombreuses municipalités, encore aujourd’hui, retiennent plus souvent des noms d’hommes que de femmes pour nommer de nouveaux lieux. En conséquence…

Nous demandons aux municipalités d’adopter des politiques visant à atteindre la parité toponymique. Nous proposons plus précisément aux municipalités de s’engager, par voie de résolution, à dorénavant adopter deux nouveaux toponymes féminins pour chaque nouveau toponyme masculin.

Par ailleurs, nous remarquons que les grandes artères des principales villes du Québec, comme le boulevard René-Lévesque et l’autoroute Robert-Bourassa, sont nommées d’après des hommes. En conséquence…

Nous demandons aux municipalités de s’engager, par voie de résolution, à prioriser les noms de femmes dans l’adoption de nouveaux toponymes de lieux d’importance.

Dresser un portrait global

En outre, nous observons que la toponymie du Québec, avec des dénominations comme la rue du Président-Kennedy ou le parc Albert-Einstein, honore de nombreux hommes qui ne sont pas directement liés à l’histoire nationale, alors qu’elle le fait plus rarement pour les femmes. En conséquence…

Nous incitons les municipalités à ne pas se cantonner à l’histoire locale pour trouver de nouveaux toponymes féminins et d’ainsi oser se tourner également vers l’histoire mondiale.

Dans la même veine, mentionnons que la toponymie du Québec ne rappelle pas uniquement des noms de personnes ; elle évoque aussi la mémoire de groupes, d’oeuvres et d’événements marquants de l’histoire, comme le font la rue des Montagnais, la rue du Soir-d’Hiver et la rue du 24-Juin. En conséquence…

Nous invitons les municipalités à faire preuve de créativité, en officialisant des toponymes composés de gentilés féminins, de noms d’oeuvres artistiques ou encore de dates d’événements marquants, comme pourraient le faire un boulevard des Estriennes, une rue de l’Euguélionne ou encore un parc du 18-avril-1940.

Sur un plan plus général, nous constatons qu’il n’existe à ce jour aucune étude publique dressant un portrait global de la place des femmes dans la toponymie québécoise. En conséquence…

Nous demandons à la Commission de toponymie du Québec de dresser un portrait global de la situation et de rendre son rapport public d’ici le 8 mars 2017.

Sans de telles mesures, les femmes demeureront sous-représentées dans la toponymie québécoise et seront donc reléguées au rôle de femmes-alibis, présentes tout au plus pour donner belle apparence et donner bonne conscience. Citoyens et citoyennes du Québec, exigeons une égalité de faits, exigeons une toponymie paritaire et exigeons que la mémoire collective rende justice à l’oeuvre acharnée de nombreuses femmes qui méritent pleinement d’être reconnues.

4 commentaires
  • Gaétan Fortin - Inscrit 5 mars 2016 09 h 15

    Égalité hommes-femmes...

    Et si c'était parce que les femmes étaient autrefois cantonnées
    à la maison ? Et donc moins présentes dans l'histoire officielle.

  • Gilles Théberge - Abonné 5 mars 2016 09 h 27

    Débarasson-nous par la même occasion...

    De l'infâme Amherst...

    Et de d'autres dont on ne connaît que le nom.

    Sherbrooke par exemple, vous savez ce qu'il a fait pour nous...?

    Et bien d'autres!

  • Jean Richard - Abonné 5 mars 2016 17 h 49

    Et pourquoi pas l'équité biosphérique ?

    L'homme, y compris la femme, est très majoritairement représenté dans la toponymie urbaine. On y voit toutefois quelques noms venant du règne végétal. L'avenue des Pins, la rue des Lilas, la rue des Peupliers... Les représentants du monde animal, hormi l'homme, y sont toutefois pratiquement absents.

    S'il faut débaptiser, faisons-le. La rue Saint-Hubert là où il y a le mail, pourrait devenir la rue des Pigeons-Bisets – la plaza Pigeons-Bisets, ça fait joli. Il y a sûrement de la place pour un boulevard des Goélands, une promenade des Moineaux, une avenue des Truites, un pont des Brochets, une rue des Chiens et une autre des Chats, un parc des Canards et tiens, on a déjà un lac des Castors. Il reste par ailleurs bien des ruelles sans nom, qui pourraient devenir ruelle des Moufettes, ruelle des Ratons-Laveurs, ruelle des Campagnols.

    Nous vivons dans la biosphère. Les principes fondamentaux de l'écologie exigent que nous cohabitions dans cet espace avec les autres espèces. L'homme s'est inventé une humanosphère de laquelle on a évacué les autres espèces et les féministes de leur côté tentent de vouloir s'exclure en créant une féminosphère à l'intérieur de l'humanosphère mais indépendante non seulement de cette dernière, mais aussi de la biosphère.

    Il est peut-être temps de redécouvrir ou pour certains, de découvrir la biosphère. Et si les rues doivent être baptisées pour conserver une certaine mémoire, incluons au répertoire toponymique la mémoire des espèces disparue, de la rue des Tourtes à la rue des Dinosaures.

    Et si le nom des rues doit nous éduquer, pensons science et culture : la rue de la Gravité, la rue de la Météo, la rue des Ions, la rue du Théâtre, la rue Long-Métrage, la rue Clarinette, la rue Rock, l'avenue de la Turlute, le boulevard de la Guimbarde...

    Tant qu'à faire des montagnes avec une pelletée de sable...

  • Alice Savage - Inscrit 6 mars 2016 16 h 16

    D'accord, mais...

    Gilford... je n'en crois pas mes yeux! En hommage au fonctionnaire anglophone qui ne voulait pas écrire le nom du libre-penseur Joseph Guibord?