Pour un dialogue direct avec les Kurdes

Les peshmergas kurdes ont offert une des plus robustes résistances aux forces du groupe État islamique.
Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Les peshmergas kurdes ont offert une des plus robustes résistances aux forces du groupe État islamique.

En février dernier, le secrétaire à la défense des États-Unis, Ash Carter, remerciait le Canada d’avoir triplé le nombre de ses conseillers militaires en Irak. En effet, si le retrait des CF-18 canadiens du front syrien a pu être interprété comme un désengagement dans la lutte contre le groupe État islamique, force est d’admettre que le Canada a décidé d’envoyer un signal clair et d’intensifier sa lutte en Irak.

Chaque pays membre de la coalition qui lutte contre le groupe État islamique doit jouer son rôle, et il est de notre responsabilité collective de fournir notre part d’efforts pour endiguer ce fléau. Toutefois, le Canada ayant choisi de concentrer ses efforts en Irak, il est important qu’il fasse des changements sur le terrain pour refléter cette nouvelle orientation politique.

Les peshmergas kurdes ont offert une des plus robustes résistances aux forces du groupe État islamique. Au moment où les troupes fédérales irakiennes ont été contraintes d’abandonner une partie importante du nord de l’Irak, les guerriers kurdes ont su tenir tête. L’automne dernier, ceux-ci ont même repris la ville de Sinjar, coupant ainsi un lien important entre la capitale du groupe État islamique en Irak, Mossoul, et sa principale place forte en Syrie, Raqqa.

Le Canada dispose d’une mission diplomatique à Bagdad, mais n’a toujours pas de représentation diplomatique à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Cette situation est problématique et doit être corrigée. Si, comme annoncé par le gouvernement Trudeau, l’objectif est d’accroître l’effort en Irak et la formation aux forces fédérales irakiennes et kurdes, il est logique d’établir une ligne de communication civile directe avec ces acteurs sur le terrain.

Cela n’a rien de révolutionnaire, les États-Unis disposent déjà d’un consulat à Erbil et le Canada devrait faire de même. On ne peut adéquatement mesurer les besoins d’un allié comme les Kurdes si on n’établit pas des canaux de communication clairs avec ceux-ci.

Il est certain qu’il faut ménager les sentiments d’un Irak qui a perdu le contrôle de larges parties de son territoire, mais les Kurdes font partie de la solution pour que cette région retrouve un peu de stabilité. Le ministre des Affaires étrangères du Kurdistan irakien, Falah Mustafa Bakir, a visité le Canada en novembre dernier et il était très clair que le Kurdistan est à la recherche d’investisseurs, et l’aide canadienne est appréciée et doit continuer.

Les besoins du Kurdistan irakien ne sont pas que militaires. Il n’est donc pas adéquat que le seul lien de communication entre le gouvernement canadien et le Kurdistan irakien soit de nature militaire. Il serait logique d’avoir un représentant diplomatique civil canadien sur le terrain.

Le Canada doit aussi déjà penser à l’Irak après le groupe État islamique. La violence interethnique qui a sévi dans le nord de l’Irak et qui continue en ce moment rend les perspectives sombres sur l’avenir d’un Irak uni. Si jamais la dislocation de fait de l’Irak venait à se confirmer en droit, il sera important à ce moment que le Canada soit déjà présent sur le terrain.

L’ouverture d’un consulat ou d’une autre forme de représentation diplomatique à Erbil est une piste que le Canada devrait sérieusement envisager compte tenu de sa nouvelle stratégie en Irak et des efforts qu’il compte déployer là-bas. Également, il s’agirait d’un geste concret et fort qui montrerait que le Canada est de retour et qu’il compte bien jouer un rôle actif pour contribuer à sa manière à résoudre la crise occasionnée par la montée en puissance du groupe État islamique.

7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 4 mars 2016 08 h 13

    Encourager le séparatisme kurde ?

    Sympas, le Kurdes. Mais nos alliés officiels turcs et irakiens n'aimeront pas! Y aurait-il de "bons" séparatistes, quand tout le monde sait qu'on est à l'ère de la mondialisation et de l'effacement en douce des particularismes pour se fondre, pour le bien de l'humanité, en une culture commune propagée par internet et utilisant la langue universelle, l'anglais, comme le latin à une autre époque?

    • Raymond Labelle - Abonné 4 mars 2016 09 h 51

      Les Kurdes d'Irak ont obtenu une certaine autonomie qui semble les satsifaire. Ils ne réclament pas la sécession.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 mars 2016 15 h 58

      Raymond Labelle écrit : 'Les Kurdes d'Irak ont obtenu une certaine autonomie qui semble les satisfaire. Ils ne réclament pas la sécession.'

      Semble les satisfaire, dites vous ? Je me demande où vous tenez ça, M Labelle. Les revendications des Kurdes ne sont tout simplement pas relayés par les agences de presse occidentales, ce qui explique leur silence apparent à nos yeux.

      Objet d'un génocide officieux en Turquie et de persécutions en Irak, les Kurdes veulent depuis des décennies leur indépendance.

      Le Kurdistan est à cheval entre quatre pays (Turquie, Syrie, Irak et Iran), ce qui complique les choses. Aucune puissance occidentale ne veut bouleverser les frontières de cette partie du monde. À simplement renverser trois des régimes alliés de Moscou (Libye, Syrie et Irak) leur en met déjà plein les bras. Alors imaginez s'attaquer au tracé des frontières...

    • Raymond Labelle - Abonné 4 mars 2016 22 h 14

      Il y a un gouvernement régional kurde très autonome, reconnu par l'État irakien. Le gouvernement régional kurde dispose même d'une armée.

      Il est vrai que des Kurdes irakiens aspirent à l'indépendance.

      Un référendum à cet effet est même envisagé.

      Il semble y avoir une certaine compréhension face à cette aspiration, même du gouvernement central irakien, et aussi des États-Unis de d'autres puissances occidentales.

      "Semble les satisfaire", c'est sans doute trop fort, mais disons qu'il y a cohabitation et respect raisonnables avec et envers les Kurdes d'Irak. Surtout si on compare avec l'attitude de la Turquie.

      Détails sur le Kurdistan irakien ici (Wikipedia, il y a plus à l'article en anglais qu'à celui en français): https://en.wikipedia.org/wiki/Kurdistan_Regional_Government

  • Raymond Labelle - Abonné 4 mars 2016 09 h 49

    Alliée turque: svp ne pas bombarder les Kurdes.

    Les alliés anti-Daesh devraient peut-être inciter la Turquie, supposément notre alliée, à ne pas bombarder ou attaquer les Kurdes.

    Le Canada, en mission auprès des Kurdes, seraient bien placé pour insister.

    • Raymond Labelle - Abonné 4 mars 2016 12 h 40

      Petite coquille: Le Canada serait bien placé pour insister.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 mars 2016 16 h 08

      La Turquie s'est fait déléguer la sous-traitance du respect des frontières européennes. Elle tient l'Europe par là où ça fait mal.

      Or il n'y a pas de fin à la crise des réfugiés sans paix en Syrie. Ne comptez donc pas sur la Turquie pour travailler à la paix; c'est cette guerre qui la rend influente en Europe.

      N'oublions pas que la guerre en Syrie est alimentée de l'Étanger par trois pays; la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar. Tirez la plogue et la guerre s'arrête. Mais le complexe militaro-industriel de nos pays tiend ces trois bons clients en haute estime. On préfère leur vendre des armes (quitte à faire quelques centaines de milliers de morts) plutôt que de leur déplaire...