Le PQ n’a plus la moindre crédibilité

Le premier ministre du Québec, René Lévesque, le 15 novembre 1976
Photo: Alain Renaud Le Devoir Le premier ministre du Québec, René Lévesque, le 15 novembre 1976

Au Conseil national du Parti québécois, tenu la fin de semaine dernière pour lancer la machine électorale en vue du scrutin de 2018, son chef, Pierre Karl Péladeau, a fait de timides appels de phare à Québec solidaire pour qu’il adhère à la convergence souverainiste. Il a alors entrouvert la porte à la réforme du mode de scrutin majoritaire actuel pour y inclure une composante proportionnelle en invitant les délégués à examiner la question. Mais M. Péladeau n’est pas allé jusqu’à se prononcer lui-même en faveur de cette réforme comme l’a précisé par la suite la députée Véronique Hivon, qui est responsable du dossier de la convergence au PQ. Le passé étant garant de l’avenir, un petit rappel historique s’impose pour pouvoir évaluer la crédibilité du PQ en cette matière.

À l’instigation de son fondateur René Lévesque, qui qualifiait de « démocratiquement infect » le mode de scrutin majoritaire actuel, le Parti québécois a fait de cette question un des principaux points de son programme dès son congrès de 1969. Et il l’y a maintenu jusqu’à son congrès de 2011, année où il l’a passé à la trappe. Mais que s’est-il passé pendant cette période de 42 ans, pendant laquelle il a été au pouvoir 19 ans, pour que le PQ fasse chou blanc dans un dossier aussi important pour la revitalisation de notre vie démocratique ?

À la veille de prendre le pouvoir en 1976, le PQ a inscrit dans sa plateforme électorale l’engagement de mettre en marche le processus pour instaurer un scrutin proportionnel dès sa première année au pouvoir. Un livre vert sur la question, présenté en 1977 par le ministre à la Réforme électorale, Robert Burns, a cependant été mis de côté pour permettre de concentrer toutes les énergies sur la campagne référendaire qui s’amorçait.

De retour au pouvoir en 1981, Lévesque s’est engagé à faire adopter sa réforme avant les élections suivantes. La conjoncture était particulièrement favorable parce que le chef de l’opposition libérale, Claude Ryan, était aussi favorable à l’instauration d’un scrutin proportionnel. Malheureusement, les deux partis ne se sont pas entendus sur le genre de système à mettre en place et le dossier a stagné pendant de longs mois. L’Assemblée nationale a finalement confié le mandat à la Commission de la représentation électorale de proposer un nouveau mode de scrutin après avoir évalué le système actuel et avoir étudié les divers projets possibles.

Après une vaste consultation, cette dernière a proposé, en 1983, un système proportionnel de type régional. Lévesque a fait immédiatement rédiger un projet de loi conforme aux recommandations de la commission. Puis il a présenté ce dernier au Conseil des ministres, annonçant son dépôt à l’Assemblée nationale quelques jours plus tard. Mais il a été pris de court par la convocation d’une réunion d’urgence du caucus des députés péquistes à Drummondville. Une majorité de ces derniers, dont les principaux leaders de l’aile supposée réformiste du parti, ont alors infligé à leur chef une des gifles les plus humiliantes de sa vie politique en l’obligeant à renoncer à présenter le projet de loi. Le brouillon du compte-rendu de la réunion contenait même le commentaire suivant : « Faisons la souveraineté d’abord ; on s’occupera de la démocratie après. » En colère, Lévesque a fait biffer ce passage.

Une éclipse de 15 ans

Ce malheureux épisode a marqué le renvoi du dossier aux calendes grecques pour 15 ans. Même si elle est demeurée par la suite dans le programme du parti et a figuré de nouveau sous forme d’un engagement censé être prioritaire dans la plateforme électorale de 1994, la réforme du mode de scrutin n’a plus vraiment suscité plus d’intérêt dans le parti. Au pouvoir, le premier ministre Jacques Parizeau, absorbé par la préparation du référendum, a écarté l’engagement électoral du revers de la main se disant tout de go « confortable » avec le mode de scrutin majoritaire. Puis, au congrès du PQ de mai 1998, le premier ministre Lucien Bouchard a fait reporter l’instauration d’un scrutin proportionnel « après l’accession à la souveraineté ».

La tenue d’états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, déclenchée par le ministre Jean-Pierre Charbonneau en 2002, a cependant ravivé l’espoir. Les participants à ces assises se sont prononcés à plus de 80 % pour l’instauration d’un scrutin proportionnel lors de la séance de clôture en février 2003. Puis, au cours de la campagne électorale qui a suivi, le premier ministre Bernard Landry a déclaré que s’il était reporté au pouvoir, il s’agissait des dernières élections à se tenir selon le mode de scrutin majoritaire. Mais le PQ a été défait par les libéraux de Jean Charest.

Lors du débat qui a suivi la présentation, en 2004, d’un avant-projet de loi par le gouvernement Charest proposant l’instauration d’une proportionnelle mixte avec compensation, le PQ a entravé le processus jusqu’à l’abandon du projet, en 2006, à la suite des pressions exercées par le caucus des députés libéraux. Le parti d’opposition était revenu à sa position de 1998 voulant reporter la réforme après l’accession du Québec à la souveraineté. Puis, au congrès de 2011, coup d’éclat, le PQ biffe d’un coup de plume 42 ans de son histoire en faisant passer le projet de réforme électoral à la trappe, laissant un trou béant dans son programme.

La conclusion de ce rappel historique est évidente. L’histoire du PQ démontre qu’on ne peut absolument pas lui faire confiance lorsqu’il est question d’instaurer un scrutin proportionnel.

20 commentaires
  • Benoit Simoneau - Abonné 2 mars 2016 05 h 36

    Une fausse conclusion

    M. Cliche dresse un portrait assez juste des tergiversations péquistes, mais sa conclusion manque de rigueur.

    "L’histoire du PQ démontre qu’on ne peut absolument pas lui faire confiance lorsqu’il est question d’instaurer un scrutin proportionnel," écrit-il. C'est curieux, j'en arrive pourtant à une autre conclusion, à savoir: "vouloir" n'est pas "pouvoir".

    Il arrive qu'un parti politique n'ait pas toute la latitude requise pour faire adopter son programme - même s'il est au gouvernement, et même s'il est majoritaire. On peut reprocher beaucoup à M. Péladeau, mais il a le mérite de parler franc et il montre une ouverture à débattre de la question.

    Lui faire porter le poids entier d'échecs successifs sonne faux. Je comprends mal un tel cynisme; il s'agit presque d'acharnement.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mars 2016 07 h 00

    Si

    Si QS serait dans la même position que le PQ ou tout autre parti qui a déjà goûté au pouvoir, il réagirait de la même façon. Reculer dans l'histoire pour établir la crédibilité d'un parti au pouvoir ne peut donc pas s'appliquer au QS, vu qu'il ne l'a jamais été. Ce qui, d'un autre côté, ne «garanti» nullement sa probité. La seule garantie qu'il ne réagira pas comme aucun parti au «pouvoir» est qu'il ne le soit jamais. Encore plus dangereux serait un QS majoritaire. Nous avons vu et voyons tous ce qu’un parti majoritaire est capable de faire. QS n’est pas à l’épreuve des balles. Nous n’aurions que leur «promesse» de mieux faire, mais nous avons tous l’expérience des «promesses» et de leurs valeurs. Ce n’est pas que j’ai moins confiance en QS que les autres, c’est que je n’ai pas «plus» confiance en eux qu’à n’importe qui d’autre. Ce n’est pas pour rien que ça se nomme de la «politique». Si nous voulons que notre QS demeure «pur», ne le mettons jamais dans la situation où il pourrait ne plus l’être : «au pouvoir», car… le pouvoir corrompt (à tout coup); les preuves sont mondiales et de tout temps.

    Bonne journée.

    PL

    • Josée Duplessis - Abonnée 2 mars 2016 08 h 42

      Vu comme ça, ça donne une autre raison de ne pas voter pour QS

    • Benoît Landry - Abonné 2 mars 2016 09 h 25

      En somme ce que vous dites c'est: Québec solidaire ne ferait pas mieux que le PQ ou le PLQ alors continuons de voter PQ ou PLQ.....

      Avec une telle philosophie il est surprenant qu'on soit encore vivant, que le PQ ait même pris le pouvoir en 76...... Une chance que de temps en temps il y a du monde qui ose

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mars 2016 09 h 54

      «il y a du monde qui ose»
      Regardez la plateforme et choisissez; le vote est libre.

      Bonne journée.

      PL

    • Raymond Labelle - Abonné 3 mars 2016 03 h 56

      Dans le système actuel, QS pourrait théoriquement former un gouvernement (même majoritaire) avec 38% ou 40% du vote. Former un gouvernement lui permettrait d'adopter des mesures qui lui tiennent à cœur: pharma-Québec, nationalisation des mines, rétablissement de l'impôt sur le capital, etc.

      Avec une proportionnelle, QS ou une coalition de partis représentant sa clientèle actuelle devrait accepter d'être la loyale opposition d'un gouvernement dirigé par des partis représentant la clientèle actuelle du PLQ et de la CAQ.

      Dans cette situation, on pourrait comprendre QS d'être tenté de ne pas introduire la proportionnelle. Pas pour des raisons de corruption, mais simplement par goût de réaliser les choses qu'il juge essentielles et aussi pour faire en sorte que le Québec ne soit pas gouverné comme il préfère qu'il ne le soit pas.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 mars 2016 08 h 24

      Déjà, dans un passé pas si lointain, j'avais un câble pour attacher mon bateau. Un jour est arrivé un pointilleux qui a voulu éficher mon câble afin de savoir ce qu'il y avait dedans. Je me retrouve maintenant sur le quai avec un tas de brindilles à mes pieds et un bateau à la dérive.

      Bonne journée.

      PL

  • Claude Bariteau - Abonné 2 mars 2016 07 h 27

    Monsieur Cliche.

    Si je vous comprends, dans ce dossier, le PQ sous PKP, s'étant ouvert à revoir le mode de scrutin avec une attention à la proportionnelle, ne vous incite pas confiance, car, à vos yeux, le passé récent de ce parti fit la démonstration du contraire.

    Comme le PLQ rejette l'idée de rouvrir ce dossier, par ailleurs fort bien documenté par l'ex-DG Côté, je ne comprends pas votre position puisque l'actuel président du PQ s'éloigne des tergiversations antérieures et veut réintroduire un point extrait du programme par madame Marois, aussi d'autres touchant le régime politique.

    Si votre propos est d'être en entente de ces inscription au programme, je saisirais mieux, mais dit comme vous l'écrivez, je saisis mal.

    Je saisis mal, car, pour moi -et vous le savez- introduire le scrutin proportionnel n'est pas suffisant, Il faut aller au-delà des modèles actuellement documentés et, surtout, intégrer le tout dans une réforme globale du régime politique, ce que le chef du PQ a en tête puisqu'il a dit et écrit qu'il entend doter le Québec d'un régime républicain

    Mettre en place un régime républicain ne peut pas se faire sans redéfinir les pouvoirs législatif et exécutif en cherchant à hausser leur contrôle par le peuple. Sous cet angle, le recours à un scrutin proportionnel, qui se retrouve dans les systèmes monarchique et républicain, peut s'avérer l'approche la plus proche de cet objectif.

    Or, le rapport Côté n’a pas pris en compte la question de la république, son mandat portant sur le mode de scrutin. PAr ailleurs, la Commission Béland (2002) le fit à l’instigation de M Charbonneau, ce qui fut bien reçu.

    Dois-je penser que votre position élague l’idée de revoir le tout dans la perspective d’une république ? Je vous avoue que ça me surprendrait que vous préfériez un régime monarchique.

  • Pierre Desautels - Abonné 2 mars 2016 08 h 00

    Grands parleurs...


    Monsieur Cliche nous livre un bon historique de ce dossier. Ce qu'il faut retenir, c'est que ce n'est jamais le bon moment et une fois dans le confort du pouvoir, les partis passent à autre chose. Toutefois, l'idée avancée par Québec solidaire fait des adeptes au PQ, même si les doutes subsistent sur la sincérité de PKP. Parmi la députation péquiste, Véronique Hivon pourrait très bien piloter ce dossier. Il faudra bien un jour que tous les partis au Québec se tournent vers la modernité dans au moins une institution. Ce serait un premier pas pour dépoussiérer un système à l'anglaise qui nous contraint au serment à la reine et au Sénat non élu. En attendant l'indépendance...

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2016 08 h 03

    L'ILLUSION DE LA REPRÉSENTATIVITÉ

    Que sur cette question là, comme sur bon nombre d'autres questions, on ne puisse pas faire confiance au PQ, ce n'est pas un secret de polichinelle. Ceci dit je ne partage pas l'engouement que la gauche au Québec a pour le mode de scrutin proportionnel. Le premier constat qu'on peut faire est que, dans l'histoire moderne, l'effet d'un scrutin proportionnel aurait tout au plus modifié l'alternance au pouvoir des partis traditionnels. La deuxième évidence est qu'un scrutin proportionnel ne remet pas en cause le fontionnement majoritaire des prises de décisions au parlement. Le seul aventage est qu'il permet à des petits partis d'être entendus à défaut d'être écoutés .

    Plus généralement,outre les multiples inconvénients d'ordre pratique que ce mode de scrutin introduit ( perte de proximité représentant-représenté, quelle forme de proportionnalité appliquer, risque d'une sur-évaluation de l'influence des petits groupes..... ) le mode de scrutin proportionnel redonne du lustre à l'illusion de représentativité sur laquelle fonctionne notre démocratie. Toute notre démocratie est suspendue à l'illusion que la sanction que représentent les élections permet aux représentés de faire entendre leurs voix . Pourtant n'est-il pas de plus en plus visible que la scène politique est devenue ( à-t-elle jamais été autre chose ?) un théâtre dont nous sommes les spectateurs et au mieux les figurants.
    Pierre Leyraud

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mars 2016 08 h 52

      Et que proposez-vous pour faire disparaître l'illusion et faire que les figurants deviennent des acteurs au sens d'Alain Touraine ?