Libre opinion: Pour une éducation politique au secondaire

Il y a déjà quelques semaines, j'animais un débat dans un cours de morale en 4e secondaire, qui portait sur les jeunes et le pouvoir politique. J'ai été frappé de voir à quel point les élèves étaient désabusés et aigris à ce sujet. Pour tout dire, c'était même un spectacle tout à fait désolant, mais très représentatif de la société d'aujourd'hui.

De cette discussion est ressorti avec une grande netteté que les jeunes ne se considéraient pas comme des acteurs du changement social, qu'ils n'avaient pas l'impression d'être représentés par les élus et qu'ils n'avaient aucune idée des voies par lesquelles il était possible de se faire entendre. Ce qui est regrettable, c'est que cette perception risque de ne pas changer d'ici à la fin de leur scolarisation. Beaucoup termineront leurs études secondaires pour prendre un métier sans avoir appris les rudiments de l'exercice d'une citoyenneté responsable.

Pire encore, ils deviendront des parents qui perpétueront ce cynisme et cette vision de l'individu agressé par l'État et la classe dirigeante. C'est pourquoi j'estime qu'il est du rôle de l'école québécoise de faire une éducation politique beaucoup plus complète que celle qui est dispensée dans les cours d'histoire.

L'argument selon lequel il vaut mieux laisser le soin à l'enseignement supérieur de s'en charger et qui s'appuie sur le présupposé que les jeunes n'ont pas les capacités cognitives pour ce genre d'enseignement ne tient pas la route. Ce ne sont pas tous les jeunes qui se rendent au cégep ou à l'université, c'est pourquoi cette formation devrait être dispensée au secondaire puisque c'est le passage obligé de tous les jeunes vers la vie active.

Avec la réforme, il m'apparaît plus que jamais possible de former un citoyen responsable en intégrant l'éducation à la citoyenneté dans toutes les matières, du français jusqu'à la gymnastique, question de montrer aux élèves que la chose politique rejoint tous les domaines de la vie en société.

Il est anormal qu'à l'école, on n'apprenne pas le fonctionnement des médias, le rôle et le fonctionnement des partis politiques, les applications concrètes des grandes doctrines économiques comme le libéralisme et la sociale démocratie, de même que les modes alternatifs d'expression du citoyen ou des groupes sociaux.

Depuis quelques années, beaucoup d'écoles et d'enseignants ont fait un pas dans la bonne direction en sensibilisant les élèves à l'impact de la consommation, en faisant la promotion d'une attitude responsable et citoyenne liée au respect des gens et de l'environnement. Mais encore là, ce n'est qu'un engagement superficiel et souvent mal structuré, non pas attribuable à une volonté institutionnelle, mais plutôt à un courant social nouveau dans lequel baignent les acteurs du système d'éducation. L'air du temps quoi, et non le fruit d'une volonté politique.

Il faut briser de toute urgence la conception selon laquelle la politique n'a pas sa place dans les écoles et que ce n'est pas le rôle du système d'éducation que d'amener les élèves à prendre position dans les débats sociaux et politiques de façon autonome. Si rien n'est fait, nos enfants deviendront facilement les Bougon de demain.

Il me vient une nouvelle idée pour un futur débat dans ma classe: à qui profite le désengagement des jeunes face à l'égard de la politique? La réponse se trouvera sûrement dans ce que les jeunes reprochent à ce système «pourri». S'ils pouvaient seulement tirer la leçon que si l'on ne s'organise pas nous-mêmes, quelqu'un s'en chargera à notre place, je n'aurai pas perdu mon temps!