Lettres: La séduction du sous-titrage

Martin Bilodeau a bien raison de se réjouir du succès du film de Jean-François Pouliot, La Grande Séduction, qui a non seulement été reconnu à Cannes et récemment au Festival Sundance, mais qui jouit d'une grande popularité ici aussi.

Je voudrais cependant souligner que, si La Grande Séduction a justement pu séduire le public américain, c'est sûrement en partie grâce au talent de Robert Gray qui en a fait les sous-titres. Le travail créateur de la personne qui traduit et adapte les dialogues d'un film pour en faire une version sous-titrée ou doublée compte très certainement pour quelque chose dans son succès. Robert Gray a sous-titré en anglais presque tous les succès du cinéma québécois, Les Invasions barbares, Le Déclin de l'empire américain, Québec-Montréal, Mambo Italiano, pour n'en nommer que quelques-uns.

En général on remarque seulement le sous-titrage lorsqu'il ne marche pas. Le but du sous-titreur est de créer chez le public l'illusion qu'il comprend la langue de l'original. Le sous-titre parle à une autre partie du cerveau du spectateur. Ce dernier entend les sons étrangers et l'intonation des acteurs, il voit leurs gestes, leurs mimiques et, à un autre niveau, par la lecture, il arrive à comprendre ce qui se dit à l'écran. [...]

Le sous-titre doit être le plus discret possible, tout en fournissant l'information essentielle. Le cinéaste traduit un scénario écrit en images et en sons. Le sous-titreur traduit les sons du langage en écriture succincte dans une autre langue.[...]