Requiem pour Radio-Canada

Radio-Canada fait aujourd'hui beaucoup moins de productions originales, selon Simon Durivage.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Radio-Canada fait aujourd'hui beaucoup moins de productions originales, selon Simon Durivage.
Voilà maintenant huit mois que j’ai quitté Radio-Canada. J’y ai oeuvré assez longtemps pour avoir travaillé dans l’ « ancien Radio-Canada », au centre-ville et pour avoir vécu l’engouement et la fierté de déménager dans la Tour, cette « boîte de jiffy » qui allait devenir le navire amiral de la Cité des Ondes dont rêvait Jean Drapeau. Quarante-trois ans plus tard, ce secteur de Montréal est toujours loin du centre et aujourd’hui bien plus fameux pour son Village que pour sa Cité, mais ce n’est pas là l’essentiel. On travaille bien davantage dans une entreprise qu’autour d’elle. Et j’ai vécu dans ces murs les années les plus passionnantes, les plus riches de ma vie professionnelle: Présent, Consommateurs avertis, Le point, Justice, Montréal ce soir, Enjeux, le Club des Ex, pour ne nommer que ces émissions. J‘ai été privilégié, certes, mais je savais surtout, jusqu’à ces dernières années en tout cas, que je pouvais compter sur des patrons aussi passionnés que moi. 

La direction actuelle de notre Société d’État met donc à vendre la tour et ses parkings: coût trop élevé de la rénovation d’un immeuble mal isolé et devenu désuet, besoin que du tiers de l’espace existant, Radio-Canada faisant aujourd'hui beaucoup moins de productions originales. Facile!

Les dirigeants veulent-ils donc achever le travail de sape qu’a mené le gouvernement Harper pendant près de dix ans contre CBC/Radio-Canada ? Ont-ils si peu d’imagination et de créativité pour ne pas avoir su s’adapter à la nouvelle réalité ? Pour ne pas avoir su renouveler notre télévision publique ? Pour n’avoir pas su trouver des partenaires pour occuper tout l’espace dont ils disposaient quand on songe au bouillonnement de l’industrie des médias anciens et nouveaux à Montréal depuis quinze ans ? Pour n’avoir pas compris, surtout, que Radio-Canada est essentiel dans notre univers culturel ? Avez-vous une seule fois entendu ces dirigeants réclamer d’Ottawa un meilleur financement pour Radio-Canada ? Pas moi. Je les ai beaucoup plus entendus tenter de justifier les coupes qu’ils acceptaient de subir. Il y a vingt-cinq ans, le Parlement fédéral versait un milliard de dollars à CBC/Radio-Canada. Aujourd’hui ? Toujours un milliard. Soustrayez l’inflation et vous aurez tout compris.  

L’annonce de cette semaine ne m’étonne donc pas. Voilà bien quelques années que nous nous disions, entre collègues, qu’il ne fallait pas compter sur ces gens-là pour assurer l’essor de notre radio-télévision publique. Après la fermeture du service des costumes, ô combien symbolique, il y a trois ans, ce deuxième acte annoncé coulait de source. Quel manque de vision!

Il y a soixante ans, plusieurs craignaient que l’arrivée de la télévision tue la radio et le cinéma. Mais non. La radio et le cinéma se sont adaptés, ils se sont renouvelés et ils sont aujourd’hui plus florissants que jamais. Messieurs Lacroix et Lalande n’ont visiblement pas envie de choisir cette voie. 

Vivement un coup de barre, Madame Joly, Monsieur Trudeau. ICI et tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard. J’ai mal à mon Radio-Canada et je ne suis pas le seul.

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