Oui, la centrale du Suroît est nécessaire

On me permettra de porter à l'attention de vos lecteurs quelques informations importantes dans le débat actuel où certains remettent en cause la nécessité de construire la centrale du Suroît.

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a mené à l'automne 2002 les audiences publiques sur ce projet. Toutes les parties intéressées ont été entendues par les commissaires. En février dernier, la commission rendait publiques ses recommandations. Parmi ses conclusions, la commission acceptait la justification du projet. Elle reconnaissait notamment:
- «qu'à défaut d'une nouvelle capacité de production en 2006 la marge de manoeuvre d'Hydro-Québec pour répondre [aux besoins futurs du] marché québécois, serait réduite jusqu'à la concrétisation des projets hydroélectriques à l'étude ou annoncés». (Rapport du BAPE, page 26.)
- «qu'un tel projet s'inscrit favorablement dans le contexte de développement énergétique en Amérique du Nord. En effet, dans la pire des hypothèses, il concurrencerait des projets de même nature à l'extérieur du Québec». (Idem, page 97.)

Depuis les audiences du BAPE en 2002:
- La consommation d'électricité a connu une croissance de 5,5 % en 2003, une croissance dépassant toutes les prévisions. Cette croissance est notamment attribuable à une progression sans précédent de la nouvelle construction résidentielle au Québec (80 000 nouvelles habitations construites depuis deux ans).
- S'est ajoutée la demande en énergie nécessaire pour une nouvelle aluminerie, Alouette-2, soit 500 MW. Cette nouvelle aluminerie consommera à elle seule l'équivalent de la demande résidentielle d'une ville comme Laval.

En somme, le projet du Suroît est aujourd'hui nécessaire parce que la demande d'électricité au Québec dépasse toutes les prévisions.

Une exception

Cela étant dit, le projet du Suroît est proposé à titre exceptionnel. Il ne s'agit pas d'un virage thermique de l'entreprise, mais bien d'une exception. Le plan stratégique 2004-2008 qui a été présenté aux parlementaires de l'Assemblée nationale la semaine dernière est clair à cet égard. La priorité de l'entreprise demeure la mise en valeur du potentiel hydroélectrique du Québec, dans le respect de l'environnement, en accord avec les communautés locales et de manière rentable.

On a aussi beaucoup parlé de gaz à effet de serre (les GES). En tant que producteur d'énergie renouvelable, Hydro-Québec partage ces préoccupations. Mais qu'en est-il du bilan énergétique québécois en matière d'émissions de GES? Nos émissions de GES pour la production d'électricité sont 68 fois moins élevées que celle du reste du Canada. De 1992 à 2000, les exportations d'électricité du Québec ont permis d'éviter des émissions de GES de près de 130 millions de tonnes (le projet du Suroît en émettra 2,25 millions de tonnes par année). Dans les négociations qui s'engagent sur la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto, il faudra reconnaître la grande contribution de l'hydroélectricité québécoise.

Certains arguments aussi reviennent souvent lorsqu'il est question du Suroît: Hydro-Québec devrait faire plus pour le développement de l'éolien, Hydro-Québec devrait être plus active en matière d'économie d'énergie, ou encore, Hydro-Québec devrait prendre exemple de ce qui se fait en matière d'énergie dans des pays comme l'Allemagne.

Hydro-Québec Production est aujourd'hui le plus important acheteur d'énergie éolienne au Canada. Au cours de la dernière année, elle a également acheté toute la production future des projets éoliens des monts Miller et Copper à Murdochville. La division Hydro-Québec Distribution a quant à elle lancé un appel d'offres qui devrait fournir, à terme, 1000 MW supplémentaires d'électricité de source éolienne au Québec. L'entreprise a indiqué que d'autres achats de source éolienne pourraient s'ajouter à la lumière des résultats de l'exercice en cours.

En clair, Hydro-Québec souscrit pleinement à l'idée d'un développement équilibré de ressources renouvelables et complémentaires comme l'hydroélectricité et l'éolien. Mais l'éolien, une énergie de nature intermittente, ne peut à elle seule assurer tous les besoins futurs d'un marché comme le Québec. L'éolien installé aujourd'hui à l'échelle mondiale ne réussirait à fournir qu'une fraction des besoins de puissance électrique du Québec durant la saison de chauffage du 1er novembre au 31 mars.

Économies d'énergie

En matière d'efficacité énergétique, plusieurs initiatives ont été mises en place au cours des dernières années. Les gains ont été appréciables. En ce qui concerne les activités d'Hydro-Québec, sur l'horizon 1990-2008, c'est plus de 26 TWh qui auront été économisés, 26 milliards de kilowattheures, l'équivalent de trois centrales Manic 5.

Par ailleurs, les économies d'énergie coûtent de plus en plus cher. Ainsi, les derniers programmes d'efficacité approuvés par la Régie coûteront globalement plus de 200 millions pour atteindre des gains en efficacité qui représentent 10 fois moins que la seule croissance de la demande en 2003. Il faut sans doute faire plus en matière d'efficacité énergétique, mais on ne peut se fier à des gains incertains pour assurer notre sécurité énergétique.

Enfin, on nous cite souvent l'Allemagne comme exemple de ce qui se fait de mieux en matière énergétique. Voici quelques faits: plus de la moitié de l'électricité en Allemagne est produite à partir du charbon, le nucléaire représente le quart de la production. L'éolien atteignait à peine 2 % en 2001, soit cinq fois moins que leurs centrales au gaz naturel. Nous n'avons donc pas à rougir de notre bilan. La centrale du Suroît est nécessaire. Nous espérons que les précisions fournies auront été utiles.