Un amalgame erroné et inacceptable

Dans les grands combats menés par les personnes LGBT, il y a certainement eu celui de déconstruire cette fausse perception qui associait l’homosexualité à la déviance sexuelle et à la pédophilie.
Photo: iStock Dans les grands combats menés par les personnes LGBT, il y a certainement eu celui de déconstruire cette fausse perception qui associait l’homosexualité à la déviance sexuelle et à la pédophilie.

Depuis l’affaire Jutra et le démantèlement d’un réseau organisé de pédophiles, plusieurs articles ont été publiés dans les médias québécois à propos de la pédophilie. La plupart de ces articles ont su parler de pédophilie sans faire de liens inappropriés avec l’orientation sexuelle des personnes accusées.

Toutefois, l’article de Mme Lise Payette nous incite à prendre la parole. Dans ce texte, où l’on sent que Mme Payette est particulièrement sensible au sort des hommes gais dans les années 40 et aux avancées des droits LGBT, il y a une confusion certaine et inacceptable entre homosexualité et pédophilie. Nous jugions donc important de rectifier le tir.

Le nom de Claude Jutra n’est pas dans les journaux parce qu’il était homosexuel. Il y est parce qu’une personne affirme avoir été agressée sexuellement par M. Jutra, et ce, de l’âge de 6 ans à 16 ans. À l’heure actuelle, personne ne traite Claude Jutra de « tapette ». On dit plutôt de lui qu’il était peut-être pédophile.

Mme Payette défend l’homosexualité de Claude Jutra alors que personne ne fait référence à son orientation sexuelle. Les pédophiles ne sont pas accusés d’être hétérosexuels ou homosexuels, ils sont accusés d’avoir forcé ou manipulé des enfants à avoir des rapports sexuels. Le passage à l’acte de pédophiles est un acte criminel qui brise des vies et qui n’a rien à voir avec les relations sexuelles entre adultes consentants. Et rappelons-le, même si l’âge de consentement était de 14 ans à l’époque et qu’il est de 16 ans depuis 2008, le consentement de l’adolescent n’est pas reconnu par la loi si l’activité sexuelle « se produit dans le cadre d’une relation d’autorité, de confiance ou de dépendance ».

Dans les grands combats menés par les personnes LGBT, il y a certainement eu celui de déconstruire cette fausse perception qui associait l’homosexualité à la déviance sexuelle et à la pédophilie. Nous nous devions donc de réagir à ce vieil amalgame qui surgit dans le texte de Mme Payette. Si Mme Payette ne croit pas M. Jutra coupable de pédophilie, il fallait écrire un texte à ce sujet plutôt qu’un texte sur son orientation sexuelle et sur les droits des personnes LGBT.

Heureusement, les réactions des Québécoises et des Québécois à l’article de Mme Payette confirment que notre société a évolué et qu’elle ne fait plus ce lien erroné et irresponsable entre pédophilie et homosexualité. Ainsi, nous en profitons pour remercier tous ceux et celles qui, par leurs prises de parole et leur indignation, participent à lutter contre ce vieux préjugé et contre tous les préjugés envers les personnes LGBT.

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Réplique

Je vous rassure, je fais bien la différence entre l’homosexualité et la pédophilie. Ce que ma chronique racontait, ce sont les confidences que Claude Jutra m’avait faites au sujet de son manque d’attirance pour les femmes et sa probable homosexualité, sujet tabou durant ces années quand j’avais 16 ans et lui, 17 ou 18.

J’ai eu tort de ne pas mentionner que, par la suite, nous nous sommes perdus de vue, car après mon mariage, j’ai beaucoup voyagé. Je l’ai retrouvé pour des entrevues après mon retour de Paris en 1964. Nous n’avons jamais eu le temps d’échanger des confidences par la suite et j’ignorais complètement qu’il avait pu s’adonner à la pédophilie.

Personne ne m’en avait jamais parlé, et j’avoue que vu la rapidité avec laquelle le lynchage s’annonçait, avec un seul plaignant, inconnu, j’ai cru que nous aurions intérêt à réfléchir pour que la justice puisse suivre son cours. Il y a eu un deuxième dénonciateur depuis, mais il reste à nous assurer que justice sera faite correctement.
Lise Payette
31 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 22 février 2016 03 h 00

    fifis ou tapettes,voila les mots que nous utilisions jeune

    En fait ils faisaient tous partis des marginaux, en fait le cousin ou l'oncle qui avaient les mains trop longues étaient a proscrire, certains parlent d'anciens enseignants ou enseignantes, a-t-on idée d'exiger le célibat a des individus normaux, dans les prisons ils ont compris cela, ils ont maintenant des roulottes que chacun son tour peut visiter,est ce qu'un couple gaie peut les visitées, meme avec un compagnon s'il est a l'interne ou un gardien

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 février 2016 08 h 53

      D'accord avec vous Mme Gervais.

      Mais je ne crois pas que Mme Payette ait amalgamé homosexualité et pédophilie. Par ailleurs, le timing n'était vraiment pas approprié pour encenser son ami. J'ai condamné son propos et je me demande pourquoi Le Devoir a publié ce texte. Je suppose qu'elle était sous le choc.

      Il y a ce matin un article très intéressant d'une médecin psychiatre qui dit:

      «Mais après une semaine d’allégations de pédophilie, est-ce le moment de défendre son œuvre ? Je ne me serais pas imaginé, au lendemain du meurtre des enfants de Guy Turcotte, écrire dans les médias qu’avant de prendre deux vies, M. Turcotte en a sauvé des dizaines comme cardiologue. Le contenu de mon propos n’aurait pourtant pas été faux. Mais son timing aurait été indécent. Notamment pour ses victimes qui, contrairement à celles de Jutra, n’auraient pas eu à subir la violence de me lire.»

      Comme pour ces présumés pédocriminels qu'on a arrêté à cause de pornographie juvénile, serait-ce le moment de les encenser maintenant ? Il est vrai qu'aucun ne semble populaire ou ne semble être un artiste qu'on a porté aux nues jadis.

      Oui, l'oeuvre doit demeurer, mais j'aime bien lorsque Marie-Ève Cotton, l'auteur de ce mot, dit que : «Je ne fais ce métier ni par pitié ni par devoir ni par altruisme. Je le fais par admiration. Survivre psychologiquement, et survivre tout court à des abus sexuels, c’est une grande œuvre, ça aussi. Qui n’a rien à envier à celle de Jutra.»

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 février 2016 05 h 14

    … pourquoi ?

    « … il y a une confusion certaine et inacceptable entre homosexualité et pédophilie. » (Pascal Vaillancourt, Robert Asselin, direction générale, présidence, Gai Écoute)

    Laquelle ?

    Après lecture et relecture dudit article, le mot « pédophilie » n’y apparaît même pas !

    De ce constat, une question :

    Comment fait-on pour découvrir une confusion inexistante, et …

    … pourquoi ? - 22 fév 2016 -

    • Francis Cossette - Abonné 22 février 2016 08 h 00

      Dans sa lettre, Mme Payette défend Claude Jutra en disant qu'il n'est pas question pour elle de condamner son ami. Elle cite ensuite le manque de tolérance envers l'homosexualité comme argument.

      Elle a clairement mélangé homosexualité et pédophilie. Agresser de jeunes enfants n'a rien à avoir avec l'orientation sexuelle.

      J'espère que ça vous éclaire.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 février 2016 08 h 24

      « J'espère que ça vous éclaire. » (FC)

      Bien sîr que oui, mais avez-vous la réplique de Mme Payette, juste au côyé du présent article ?

      Bref ! - 22 fév 2016 -

    • Johanne St-Amour - Inscrite 22 février 2016 10 h 08

      Je ne crois pas que Lise Payette ait fait un amalgame entre homosexualité et pédophilie, mais ce n'était juste pas le « bon timing » pour parler des difficultés des homosexuels, qui étaient et sont encore malheureusement véritables.

      C'est comme si une personne de la famille dit à un enfant victime de pédophilie ou d'inceste : « Mais tu comprends, ton père (ton oncle, ton frère, notre voisin...) a vécu des choses tellement difficiles! ».

      Très mauvais timing! Mais on voit ça aussi lors de dénonciations de cas d'inceste, de pédophilie, ceux qui par réflexe ou autres raisons, se portent d'abord à la défense du présumé agresseur. Cela semble une façon d'atténuer le choc. Mais bien sûr, il est difficile de comprendre toutes les raisons derrrière ces réflexes.

    • Louis - Inscrit 23 février 2016 21 h 53

      Marcel,
      messieurs Vaillancourt et Asselin font une mise au point très importante :

      ''Les pédophiles ne sont pas accusés d’être hétérosexuels ou
      homosexuels, ils sont accusés d’avoir forcé ou manipulé des enfants à avoir des rapports sexuels...''.
      -C'est le passage à l'acte qui fait qu'une personne
      (c'est presque tjrs des hommes) devient un pédophile.

      Ce que messieurs Vaillancourt et Asselin constatent,
      c'est que madame Payette a ''crée'' ''une confusion certaine et inacceptable entre homosexualité et pédophilie.''
      C'est ce qu'ils soulignent dans le deuxième paragraphe,
      mais il est évident que la confusion du premier article et la réplique
      du deuxième article de madame Payette était tout à fait involontaire.

      Madame Payette, tout comme notre société culturelle a constaté
      que monsieur Jutra était atteint de pédophilie et était passé
      à l'acte et qu'il y avait de facto des victimes.

  • François Beaulé - Abonné 22 février 2016 06 h 51

    Mise au point respectueuse

    Contrairement aux attaques sans nuances que Mme Payette a subies suite à la parution de sa dernière chronique, cette lettre met gentiment et clairement les points sur les i.

    Cela dit, MM Vaillancourt et Asselin écrivent: « On dit plutôt de lui qu’il était peut-être pédophile ». Ici ils interprètent mal ce qui s'est passé la semaine dernière, à partir de la parution de la chronique de Mario Girard dans LaPresse, avant même la parution du livre d'Yves Lever. M. Girard y concluait sans preuve que Jutra était pédophile. C'est à partir de là que le cirque médiatique s'est mis en branle. Et pas plus tard que mercredi matin, avant que le jour se lève, la ministre demandait que le nom de Claude Jutra soit retiré du paysage québécois et sommait Québec Cinéma de changer le nom de ses prix. Selon elle, la cause était entendue sans autre forme de procès, sans que la défense ne puisse interroger la présumée victime qui reste cachée dans l'ombre de son anonymat. Madame la ministre de la Culture, poussée par la vindicte populaire, venait de mettre à mort symboliquement un personnage important de la culture québécoise.

    Le procédé est inacceptable. Nous venions pourtant de mesurer le grand écart entre le faux procès médiatique fait à Jian Ghomeshi et le vrai procès tenu devant un vrai tribunal. Comme si la presse à sensation en interaction avec les média sociaux nous ramenaient au Moyen Âge.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 22 février 2016 16 h 22

      Il apparaît, encore un fois, que cette manoeuvre s'inscrit dans la campagne de dénigrement systématique menée par le dit média contre la société québécoise depuis près de cinquante ans. On s'attaque ici à un des beaux fleurons de sa culture en jetant le discrédit sur celui qui l'avait grandement enrichi! Aussi sur tous les autres artisans de l'industrie! Et sur tout le pays!

  • François Beaulé - Abonné 22 février 2016 08 h 00

    Jasmin Roy accuse Mme Payette de faire un amalgame

    Ce matin, sur les ondes de Radio-Canada (radio), Jasmin Roy a prétendu que Lise Payette a fait, dans sa chronique de jeudi dernier, un amalgame entre homosexualité et pédophilie et lui demande de s'en excuser.

    Or cela est faux, Mme Payette ne fait pas cet amalgame. Pourquoi faudrait-il qu'elle s'excuse pour quelque chose qu'elle n'a pas fait ? Ce qui est manifeste, dans cette chronique, est qu'elle n'admet pas, à cette date, que Jutra était pédophile. Et elle n'a pas tort d'adopter cette position puisque la preuve de cette pédophilie n'a pas encore été faite. Les déclarations faites anonymement à un journaliste ne suffisent pas à prouver la pédophilie de Jutra.

    Tous les autres témoignages, la plupart anonymes, dans ce qu'on appelle maintenant l'affaire Claude Jutra, évoquent des relations de Jutra avec des adolescents et non des enfants.

    La chronique de Lise Payette est un témoignage de son amitié avec Claude Jutra, un homme sensible et humain, non pas le monstre que certains inventent sans jamais l'avoir rencontré.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 février 2016 08 h 18

    Amalgame ? Non


    Ce que madame Payette disait dans sa réplique de samedi, c'est que notre société bien puritaine créait à l'époque non les homosexuels eux-mêmes, mais les homosexuels tourmentés, à la fois victimes d'une sévère répression... et de la « compassion » de certains religieux prédateurs qui tournaient autour. S'il y a un lien entre pédophilie et homosexualité, c'est bien celui-là. Il est lié aux circonstances sociales et non à un trait de nature des personnes concernées. Cela me paraissait évident dès l'article de vendredi.

    Il est bien malheureux que des personnes homosexuelles se sentent obligées de se dissocier d'une sortie qui, loin de leur être préjudiciable, nous invite au contraire à ne pas oublier que cette condition, que le consensus social reconnaît désormais pour parfaitement normale, est toujours à risque d'entraîner de tels amalgames, justement.

    Si les homosexuels eux-mêmes commencent à s'essuyer les pieds sur la bannière tombée de l'artiste déchu, peut-être faudra-t-il conclure qu'ils sont tout prêts à se ranger du côté de la normalité et à se fondre dans la masse des censeurs. Ce que disant, j'aurai bien sûr l'air de défendre les pédophiles. Ce que disant, je suggère seulement que l'approche légaliste et moralisatrice, on l'a très abondamment vécue dans notre bonne société canadienne-française, sans que cela ait soustrait quoi que ce soit à la misère des victimes, les tenant tout au contraire bien au chaud dans le terreau fertile de la honte et du silence. Où notre toujours bien pure société envoie Claude Jutra les rejoindre, enjoignant à tous, au passage, de bien marquer sa réprobation morale à l'égard de la pédophilie. Moi qui suis très loin de toujours partager les analyses de Lise Payette, j'estime que l'interpellation dont elle est l'objet depuis vendredi est totalement injuste. Comme c'est son honneur qu'on attaque, pour la bonne bouche, j'espère qu'elle continuera à se tenir debout et à expliquer, mieux encore, ce que personne ne veut entendr

    • Denis Marseille - Inscrit 22 février 2016 09 h 52

      Je pense que prétendre connaître les intentions de quelqu'un sans chercher à connaître sa vérité, c'est comme mettre la charrue devant les boeufs.

      On pourrait commencer par attendre pour voir si la principale interressée veut s'expliquer (Ici, je ne dis pas excuser, on a droit à nos opinions). Après, on sera en droit de juger de la pertinence de son propos. Pas avant. Qu'on soit pour ou qu'on soit contre ce qu'elle a dit résulte dans les deux cas en un jugement hâtif.

      Laissons le droit à la principale interressée de s'expliquer si elle le veut. Ce sera son choix.