La convergence, pour quoi faire?

«Converger pour faire quoi, pour aller où sur le plan national?» demande Denis Monière.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Converger pour faire quoi, pour aller où sur le plan national?» demande Denis Monière.

Depuis quelques mois, certains ténors du mouvement souverainiste lancent de vibrants appels à la convergence des partis indépendantistes. On invoque deux raisons impérieuses pour l’unification des indépendantistes, soit la nécessité de battre le gouvernement Couillard, qui démolit systématiquement les acquis du modèle québécois, et la nécessité de prendre le pouvoir pour réaliser l’indépendance. Cette stratégie de la convergence serait incontournable en raison de notre mode de scrutin qui ne permet pas aux petits partis de faire élire des députés et qui favorise plutôt la concentration des votes pour les deux principales formations politiques. Comme le changement de mode de scrutin n’est pas pour demain, il faut donc trouver une solution concrète pour maximiser l’influence des électeurs indépendantistes.

Ces divers arguments peuvent sembler logiques, mais relèvent de la pensée magique si on ne prend pas en compte les réalités idéologiques et institutionnelles du mouvement souverainiste. Converger veut dire aller dans la même direction. Or, c’est précisément le coeur du problème. Converger pour faire quoi, pour aller où sur le plan national ?

Il faut d’abord reconnaître l’origine des divergences qui touchent le mouvement souverainiste depuis les années 2000 si on veut déterminer un objectif commun. C’est l’évolution idéologique du Parti québécois qui est responsable de la divergence qui s’est installée dans le mouvement souverainiste. En abandonnant par électoralisme son orientation sociale-démocrate et en renonçant à faire de l’indépendance un enjeu électoral, le Parti québécois a fractionné sa base militante et poussé dans le premier cas ses militants progressistes à fonder Québec solidaire, et dans le second cas, il a obligé les indépendantistes à se mobiliser avec Option nationale pour faire la promotion de l’indépendance, ce que le Parti québécois se refusait à faire.

Comme l’objectif du PQ s’était réduit à gouverner une province dans le cadre du fédéralisme et du néolibéralisme et convergeait vers le maintien du statu quo social et politique du Québec, il était inévitable que ce positionnement ouvre la porte à l’émergence de nouvelles formations politiques qui expriment une idéologie de contestation. Cette histoire récente de la division des forces indépendantistes montre que l’objectif de la seule prise du pouvoir provincial pour battre les libéraux ne peut fonder la réunification des indépendantistes, puisque c’est la cause même de leur division.

La première condition idéologique à la convergence est la révision de la stratégie électoraliste du PQ, qui devra faire de l’accession à l’indépendance un enjeu électoral. Cette condition nécessaire n’est toutefois pas suffisante si elle ne s’accompagne pas d’une réorientation du projet de société vers une plus grande démocratie sociale. Le PQ doit redevenir un parti de conviction et non pas un simple parti d’ambition à court terme voué au courtage d’intérêts sectoriels. Il doit aussi redevenir un parti de militants et non pas demeurer un parti asservi aux fabricants d’image. La valorisation du travail des militants sur le terrain sera une façon concrète de rétablir la confiance des citoyens envers les dirigeants du Parti québécois, qui aura besoin de reconstruire son réseau de relais dans la société civile s’il veut compenser sa faible influence médiatique.

Ces prémisses posées, il faudra ensuite que les trois partis souverainistes s’entendent sur un programme commun de gouvernement, ce qui est une condition indispensable à toute alliance électorale. Prendre le pouvoir n’est pas une fin en soi, c’est la direction de l’action gouvernementale qui compte et qui peut ressusciter la confiance des électeurs. Ce programme commun doit donner des gages de fiabilité aux divers électorats que rejoignent ces partis et inspirer une dynamique qui attirera de nouveaux électeurs.

La question la plus épineuse demeure : comment organiser cette convergence sur le terrain électoral ? Comme il est peu probable que la fusion des trois partis se matérialise, il faut prévoir des modalités d’ententes électorales qui maximisent les chances de faire élire le plus de députés tout en préservant l’équilibre des forces. On a déjà envisagé dans le passé la solution des primaires, mais celle-ci s’avère impraticable, puisqu’elle avantagerait systématiquement le parti qui a le plus de membres ou qui est le mieux organisé. Cette compétition préélectorale dans le cadre d’assemblées d’investiture conjointes ne produirait que plus de division et d’acrimonie et serait contre-productive sur le plan électoral.

Il faut penser un système de distribution des circonscriptions transparent, équitable et qui minimise les pertes de votes en raison de la concurrence de candidatures indépendantistes. Il faut d’abord protéger les acquis de chaque parti, ce qui veut dire qu’il y aurait 33 circonscriptions protégées : trente pour le PQ et trois pour QS. Dans ces circonscriptions, les partis de la coalition ne se feraient pas concurrence, chaque parti ayant été élu en 2014 organisant le choix de son propre candidat et les deux autres partis acceptant de travailler à son élection. Il reste 92 autres circonscriptions à pouvoir qui étaient représentées soit par des libéraux ou par des caquistes. Si on utilise comme barème de distribution le pourcentage du vote obtenu par les différents partis indépendantistes à l’élection de 2014, le PQ pourrait présenter un candidat dans 69 circonscriptions, QS dans 19 et Option nationale dans 4. Ces circonscriptions pourraient être attribuées par tirage au sort.

On peut aussi imaginer un système moins contraignant et ouvrant une compétition limitée entre partis indépendantistes en réservant une banque d’une vingtaine de circonscriptions où les partis fédéralistes ont eu le plus grand nombre de votes et où les chances de faire élire un indépendantiste sont quasi nulles. Dans ces circonscriptions imprenables, il y aurait lutte entre les partis indépendantistes.

Quel que soit le mécanisme de répartition choisi, il n’en demeure pas moins que l’adoption d’une stratégie de convergence dans le cadre de notre système électoral est en soi un défi qui suppose qu’on change de culture politique et qu’on mette l’intérêt national avant l’intérêt des partis. Il faudra que la bonne foi et l’ouverture d’esprit soient au rendez-vous.

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27 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 17 février 2016 06 h 31

    La stratégie électoraliste était commandée par le processus étapiste!

    M. Molière, vous brossez un remarquable tableau des enjeux et des défis de la nécessaire convergence indépendantiste. Toutefos je conteste que vous mettiez au ban des accusés la stratégie électoraliste du PQ pour évoquer un certain renoncement à son idéal socio-démocrate - ce qui est fort discutable - et pour expliquer l'impasse actuelle. Le Parti québécois devait d'abord se faire élire, ce qui n'est pas une sinécure, puis dans des conditions infernales - qu'il suffise de rappeler les coupes sauvages de Jean Chrérien alors même que le ministre Rochon procédait à une réforme majeure du système de santé! -, et aussi il devait bien gérer une province toujours en danger de sombrer dans un gouffre financier, toujours condamnée à combattre une pression médiatique prête à se déchaîner!

    La faute en revient avant tout à l'étapisme. Ce processus se voulait doux, rassurant et progressif, cherchait à gagner du temps pour préparer les mentalités, à convaincre les gens de la compétence d'un bon gouvernement, mais il était aussi empreint de naîveté à l'égard de la force de l'autre armée, peu consciente des dangers que beaucoup de temps lui laissait pour se mobiliser et attaquer! Dans l'étapisme se cachait une prétention, une candeur ou un manque d'un réalisme à l'égard de ceux qui ne feraient pas à la souverainté de quartier. Mais malgré tout, la victoire de l'un et la défaite ne tiendront qu'à quelques votes qui auraient été substitués!

    L'étapisme a failli gagner! Mais il a fait voler une formation en éclats et dressé les uns contre les autres des gens qui menaient le même combat ! Recoller les morceaux en devient un autre tout aussi exigeant que le premier! Des alliés à couteaux tirés, c'est plus que ce que l'adversaire en avait espéré!

    L'élection d'un gouvernement résolument indépendantiste, peu importe les modalités de l'union, me semble l'ultime option! Un dernier choix!

  • Patrick Boulanger - Abonné 17 février 2016 07 h 08

    " Ces prémisses posées, il faudra ensuite que les trois partis souverainistes s’entendent sur un programme commun de gouvernement, ce qui est une condition indispensable à toute alliance électorale. "

    Concrétiser cette idée-là me semble passablement difficile. Il va falloir que ce programme commun soit particulièrement écologiste et progressiste pour que QS embarque. Mais bon... Peut-être que le PQ est prêt à verdir et gauchir ses positions pour prendre le pouvoir?

  • - Inscrit 17 février 2016 07 h 53

    Quelques bonnes idées, mais quelques couacs.

    La première bonne idée, c’est que le Parti Québécois doit redoubler d’énergie pour redevenir un parti de militants, un parti qui établit des contacts solides avec les groupes sociaux qu’il a servi dans le passé et les électeurs progressistes. La deuxième bonne idée bonne idées a trait aux modalités électorales de la distribution des comtés.

    Or ces bonnes idées ne vallent que pour Option nationale. Elle peut difficilement fonctionner dans le cas de Québec Solidaire.

    Le premier couac est que QS n’a pas été fondé parce que le PQ a cessé d’être social-démocrate. QS n’est pas composé de péquistes de gauche, mais de militants appartenant aux divers mouvements communautaristes se considérant marginalisés (femmes, pauvres, travailleurs communautaires, et exclus divers). D’ailleurs ce « communautarisme » proche de Charles Taylor apparait clairement dans l’opposition au projet de charte de la laïcité. Pour QS, une société n’est pas un ensemble de citoyens, mais un ensemble de communautés (groupes sociaux, genres, ethnies, etc.).

    Le deuxième couac est que M. Monière reconnait d’emblée ce parti comme un parti indépendantiste. Or à plus d’une occasion, les leaders de ce parti on tenu des positions pour le moins équivoques en regard de l’indépendance. En appuyant le NPD lors des élections fédérales, en dédaignant la main tendue pour le dialogue inter-parti souverainistes, en ménageant ses critiques les plus acerbes au Parti Québécois dans la joute parlementaire.

    L’avenir nous dira si le pari de M. Monière peut être tenu, mais personnellement, j’en doute fortement.

  • Bertrand Ducharme - Inscrit 17 février 2016 08 h 06

    Le partage de circonscriptions n'est pas possible

    Avec le financement des partis politiques en fonction du nombre de votes obtenus, il est devenu irréaliste de penser partager certaines circonscriptions entre des partis pour les élections. Indépendamment de ce qu'on peut penser de la «convergence» des indépendantistes.

    • Patrick Boulanger - Abonné 17 février 2016 11 h 09

      Le partage va être plus difficile, mais pas " irréaliste " à mon sens. C'est juste une difficulté supplémentaire pour en arriver à un accord entre les différents partis indépendantistes.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 57

    Truc

    Je viens de lire votre truc et ce que j'en retiens est : La convergence que vous avancez ne porte que vers une seule conclusion : Après «l'indépendance», il ne restera qu'un seul parti. Et un «pays» où ne règne qu'un seul parti «n'est pas le mien», j'ai besoin de plus de marge de manœuvre. Ça fait très «joli», mais je ne suis pas aveuglé.

    Après «l'indépendance» je veux avoir encore le «choix».

    Bonne journée.

    PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 février 2016 11 h 20

      Où lisez-vous cela?

    • Aline Tremblay - Abonnée 17 février 2016 14 h 03

      Monsieur, je fais du millage sur votre TRUC

      La convergence pour quoi ?

      Votre article soulève trois enjeux à ne pas amalgamer. En ce sens votre analyse me semble maintenant dépassée pour les indépendantistes militants.

      1. Se débarrasser du gouvernement Couillard pour sauver le construit déjà réalisé de notre projet de société.
      2. L’indépendance du Québec
      3. Le type de société dans lequel nous voulons vivre.
      4.
      Le premier nécessite de développer une culture d’alliance qui n’a rien à voir avec le fait indépendantiste.

      Le second est en soi un projet. La création du mouvement «OUI pour le Québec» n’a été possible qu’en faisant cette distinction et la convergence des partis y fait des progrès, mais la principale convergence est celle de tous celles et ceux qui souhaitent un maximum de pouvoir pour l’émancipation de la nation québécoise. Point d’arrivée : une élection référendaire ? ou …?

      Le dernier est un projet démocratique en mouvement constant. Après l’indépendance, le type de société dans lequel nous voulons vivre constitue un projet en développement constant avec des visions idéologiques mises en débat. Tout comme monsieur Lefebvre, après l’indépendance, je veux des choix.

      Impossible d’avancer sans diviser indépendance et projet de société. La Catalogne nous en donne un bel exemple.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 février 2016 04 h 52

      «Où lisez-vous cela ?»
      Entre les mots, là où se cachent les non-dits et les intentions cachées.
      Le truc pour les voir : Lire plus qu'au premier degré. Quand j'allais à l'école, ça se nommait : étude de texte; «Que veut dire l'auteur ?» Ça fonctionne à tout coup.

      PL

    • Aline Tremblay - Abonnée 18 février 2016 18 h 22

      Monsieur le Professeur,

      Ce propos est le mien et non le vôtre. Retirer la première phrase et si ça vous gêne retirer l'appui qui fait référence à vous dans le texte. Considérez-le mon commentaire comme volant de ses propres ailes.

      À l'école, on m'a appris à aller au-delà des mots pour me questionner sur l'intention. «Quelle est l'intention ?» Ça ne fonctionne pas à tout coup, mais ça oblige à une réaction qui va au-delà du premier degré. Je n'avais nullement l'intention de vous faire dire quoi que ce soit. Au lieu de vous offusquer du haut de votre tribune et de me faire la leçon sur «comment lire un texte», il aurait été constructif que vous réagissiez à mon propos.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 février 2016 08 h 13

      Madame, ma «réponse» sur «Où lisez-vous cela ?» ne s'applique pas à vous, elle s'applique à celui qui l'a énoncé. Je ne «réagis» donc pas à votre propos (que je respecte malgré que je ne sois pas complètement d'accord avec lui).

      Malheureusement, après avoir relu votre position, je ne peux définir vers qui elle porte car il s'y trouve qu'un seul endroit où je suis nommé et vous êtes d'accord avec ma position et que votre réponse de 18 h 22 m'interpelle. Je demeure, madame, perplexe et même à vous relire, ne sais sur quel pied danser. Loin de moi l'idée de vous attaquer, vous n'étiez pas visée. Donc : À qui m'a posé une question, je réponds. Et la question était «Où lisez-vous cela ?»

      Vous pouvez «faire du millage» sur mon truc autant que vous voulez, ce n'est que de la politique. Je n'ai pas à «réagir» à votre propos, je l'accepte tel qu'il est : Valable.

      Faute de vous monter «comment lire un texte», je vous réoriente vers «à qui il est adressé». Ceci dit sans désobligeance aucune.

      Bonne journée.

      PL