Lettres: Un bon exemple de moralisme

Vous souvenez-vous de la collection de livres «Un bon exemple de...» éditée par Grolier, qui célébrait les vertus de personnalités bien connues telles que Maurice Richard et Marie Curie? Les temps ont bien changé depuis. Ce n'est pas le bon exemple qu'on encense, mais le mauvais exemple qu'on craint.

Par exemple, la section jeunesse de l'Association pulmonaire de l'Ontario recommande au gouvernement de cette province de restreindre l'accès des adolescents aux films comportant des scènes où les acteurs grillent une cigarette. Il faut donner le bon exemple aux jeunes, estime-t-on, afin de ne pas les inciter à inhaler leurs premières volutes de cette fumée nocive. Il faut également donner le bon exemple à la télévision au Québec, semblerait-il, à en croire les craintes souvent exprimées à l'égard du nouveau téléroman mettant en vedette la famille Bougon. Comme si les fraudes à petite échelle et des menus larcins commis par ce clan tissé serré pouvaient «donner des idées» aux téléspectateurs et les inciter à reproduire ces comportements.

Aux yeux de ces nouveaux moralistes, le «citoyen moyen» serait un individu passif, vulnérable, influençable, irresponsable. En chacun de nous se cacherait un fumeur ou un fraudeur potentiel, croient-ils, soucieux de notre bien et désireux de nous soustraire à ces influences néfastes.. Je tiens aujourd'hui à rassurer ces nobles gardiens de la vertu et de la chasteté télévisuelle: les citoyens possèdent, contrairement à vous, le sens de la mesure, la capacité de juger et de faire la part des choses. Faites-nous confiance.