Il faut à tout prix maintenir la loi 101

Le maintien et le développement d’une société «massivement française» au Québec est une entreprise à long terme.
Photo: Getty Images Le maintien et le développement d’une société «massivement française» au Québec est une entreprise à long terme.

Sur la question du français, j’ai trois choses à dire. Premièrement, j’adhère pleinement à l’affirmation voulant que le Québec doive être aussi français que l’Ontario est anglais. Il doit s’agir d’un engagement non partisan de toute l’Assemblée nationale. Il doit appartenir à tous les partis politiques, sans exception, et pas seulement aux partis souverainistes. L’engagement du gouvernement actuel en faveur du français doit être aussi clair et ferme que son engagement à protéger les cerfs de Virginie sur l’île d’Anticosti.

Deuxièmement, le défaut du système actuel est dans sa négligence ou son incapacité à encadrer les immigrants qui ne connaissent pas le français pour qu’ils puissent apprendre la langue une fois arrivés au pays. J’adhère sans détour à la demande des milieux d’affaires qu’on fasse preuve de flexibilité pour accueillir les immigrants dont les compétences sont recherchées, même si, dans bien des cas, ils ne parlent pas français. Mais il doit y avoir une contrepartie : la francisation en entreprise.

Il faut appuyer fermement la demande commune à M. Dorval, Mme Bertrand, M. Leblanc et M. Tétrault qu’on offre à ces immigrants qui ne connaissent pas notre langue toutes les ressources nécessaires en entreprise pour qu’ils se francisent comme il faut. Nos dirigeants d’associations d’entreprises ont parfaitement raison d’exiger que le gouvernement investisse bien davantage dans une stratégie d’accompagnement efficace pour la francisation en entreprise. Il doit démontrer sa conviction que l’avenir du français au Québec est aussi important pour lui que l’avenir de notre industrie de l’aéronautique.

Troisièmement, il faut éviter de juger de l’équilibre linguistique au Québec et de son avenir en se basant uniquement sur les dernières statistiques favorables ou défavorables au français. Le maintien et le développement d’une société « massivement française » au Québec sont une entreprise à long terme. L’objet de cette entreprise, ce sont bien plus les enfants des immigrants que les parents eux-mêmes, et son fer de lance, c’est la loi 101.

Quand j’étais administrateur de l’entreprise Camoplast, en Estrie, nous avons dépêché l’un de nos directeurs d’usine à Poznan, en Pologne, où il a déniché les usineurs de pièces dont nous avions besoin. Ces hommes de métier compétents qui ne connaissaient pas un mot d’anglais ou de français ; nous les avons immédiatement mis au travail. Ils ont évidemment dû apprendre le français pour se débrouiller à l’usine comme à l’épicerie.

Mais ce qui importe le plus dans cette histoire, c’est que la loi 101 a pris leurs enfants en charge. Ces « flos » sont aujourd’hui des Franco-Québécois à part entière. Même chose pour les quelque 80 étudiants d’origine immigrante sur les 120 qui étaient inscrits chaque session à mon cours Macroéconomie 1022 à l’UQAM. Même chose pour les enfants de ces immigrants investisseurs millionnaires dont on se plaint qu’ils sont trop souvent absents du Québec. (A-t-on jamais menacé Paul Desmarais de le priver de sa citoyenneté parce qu’il passait trop de temps en Europe ?)

Il faut donc à tout prix maintenir la loi 101 et s’appuyer sur une vision longue de la francisation, pas sur la dernière statistique en ligne. C’est à cette condition que nous allons pouvoir démontrer que les pessimistes qui prédisent la disparition du peuple franco-québécois d’ici 100 ans se seront trompés.

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