Ne pas avoir peur de dénoncer

Photo: iStock

« N'ayez pas peur et dénoncez. » C’est le message qu’a tenu à livrer l’une des présumées victimes de Jian Ghomeshi, après un contre-interrogatoire qu’on a décrit comme « musclé », et pendant lequel la crédibilité d’une femme a encore une fois été remise en question non seulement au Tribunal, mais dans l’opinion publique.

Je partage l’avis de cette femme, que je continue à croire, et je tiens à livrer le même message. J’ai toujours refusé de me comporter en victime, mais la vérité, c’est que j’en ai été une. Je m’en suis sortie affaiblie, écorchée, écoeurée, mais je m’en suis sortie. J’ai dénoncé, et ce, deux fois plutôt qu’une. Ma parole contre la sienne. J’ai été crue par certains, d’autres estiment encore que je suis mentalement instable. Encore une fois, ma parole contre la sienne.

Deux ans après les faits, mon conjoint a croisé mon agresseur dans le cadre de son travail. Tout bonnement, le « gentleman » a demandé à mon mari comment je me portais. Mon réflexe ? Le même que celui qu’a eu la femme venue témoigner cette semaine : j’ai écrit un long courriel à mon agresseur. Dix pages de lieux, de dates et le rappel cruel de cette terrible intrusion dans mon intimité. Comme cette femme, je voudrais comprendre pourquoi il a fait ça. Malgré le temps, malgré les efforts pour passer à autre chose, malgré la longue thérapie, aussi.

Mon agresseur me faisait pitié quand je le côtoyais. Ce n’était pas qu’un monstre. J’étais même attachée à lui. Il me faisait penser à mon père. J’ai toujours cru que c’était un homme malade. J’espère sincèrement qu’il se soigne.

Si par hasard il m’invitait à prendre un café, j’accepterais d’y aller. Dans un endroit public, évidemment. Je tremblerais de tous mes membres, mais je lui offrirais la chance de s’expliquer. Malgré les années, malgré les espoirs perdus, des fois que ça me permettrait enfin de comprendre.

Ma dénonciation ne m’aura apporté que de l’insomnie, des angoisses, des menaces de poursuites judiciaires, etc. Malgré tout, j’encourage toutes les victimes à dénoncer toute forme d’inconduite ou d’agression sexuelle. Je ne comprendrai probablement jamais, je ne pardonnerai pas non plus, mais je ne porte pas de silence coupable en moi. Si mon agresseur venait à faire d’autres victimes, ce ne sera pas en raison de ma lâcheté ou de ma complaisance.

Que Jian Ghomeshi soit condamné ou non n’a pas vraiment d’importance à mes yeux. Ce que je retiens de cette histoire, c’est que grâce au courage de trois femmes, beaucoup d’autres éviteront probablement d’être brisées et humiliées.

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3 commentaires
  • Alain Lavoie - Inscrit 4 février 2016 07 h 32

    Cela s'appelle, madame, tourner le fer dans la plaie.

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 4 février 2016 13 h 10

      ?

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 4 février 2016 13 h 13

      Parlez-vous par expérience?