Nous ne sommes pas des moustiques

Louis Morissette
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Louis Morissette

À la suite des commentaires de Louis Morissette sur le blackface et les #Moustiques la semaine dernière, et en ce début du Mois de l’histoire des Noirs, nous unissons nos voix pour :

Demander l’abolition de la pratique du blackface au Québec une fois pour toutes. Non, ce n’est pas seulement une pratique américaine. Il y a des Noirs au Québec depuis la Nouvelle-France, et la popularité de la pratique du blackface dans notre histoire est documentée. Que l’intention de certains ne soit pas de blesser ? Ça ne change rien. Le blackface symbolise un passé esclavagiste, il rappelle l’absence des personnes noires sur la scène et à l’écran, et incarne le pouvoir d’un groupe dominant de décider des représentations des minorités. Tenter de nous convaincre qu’on aurait tort de se sentir attaqués dans notre dignité ne mène nulle part. Il en va de même pour toute pratique dégradante où l’on caricature une minorité sans toutefois lui faire une place. Le yellowface dans le Bye Bye de cette année fournit malheureusement un autre bel exemple de ce genre de pratique.

Que les médias et les institutions des arts et de la culture québécoise réfléchissent à la place des minorités en leur sein, prennent des engagements pour pallier leur sous-représentation, et les respectent. Chaque fois qu’il y a eu débat sur la représentation de la diversité dans les dernières années, les échanges ont été lancés dans les médias sociaux par des minorités visibles qui n’ont pas d’autre tribune. Il y a une inégalité profonde dans les prises de parole.

De la même manière, on ne fait à peu près pas de place à l’histoire des Noirs et des minorités culturelles dans nos curriculums scolaires et nos médias. Il est ainsi beaucoup plus simple d’obtenir l’aval d’une grande partie du public pour une pratique pourtant complètement irrespectueuse.

Exiger de Louise Morissette des excuses publiques. M. Morissette a employé le mot « moustique » pour désigner la « minorité » d’individus qui décrient la pratique du blackface dans les médias sociaux et sous la pression desquels il a été « obligé » d’engager un comédien noir pour jouer François Bugingo lors du dernier Bye Bye.

Ce qu’on pourrait appeler l’« affaire des moustiques » s’inscrit dans un contexte plus large, où le talent des minorités québécoises échappe au grand public ou ne peut percer hors des médias sociaux. Une partie de la solution est pourtant là. Il faut faire amende honorable, mettre fin aux pratiques d’exclusion dans les médias et augmenter le nombre de personnes racisées dans l’espace médiatique et culturel québécois. Ainsi, on pourra mettre en oeuvre de véritables dialogues, avec toute la créativité qui peut en naître.

Que les gouvernements fédéral et provincial et les administrations municipales se dotent de plans clairs et à jour de lutte contre le racisme et la discrimination, et qu’ils se penchent explicitement sur la question de la représentation et de la diversité dans leurs politiques culturelles respectives.

Il n’est pas nécessaire d’avoir la force du nombre pour être écouté, respecté dans sa dignité humaine et être représenté justement dans la sphère publique québécoise.

Ce que nous demandons est important et légitime. Ce n’est pas du « chialage ».

Nous ne sommes pas des insectes.

* Emilie Nicolas
Marilou Craft
Kerlande Mibel
Ericka Alneus
Rachel Décoste
Marie-Hélène Dubé
Will Prosper
Patricia Jean
Keith Antoine
Joana Joachim
Maria Elena Stoodley
Debbi Paul
Belle Evenou
Kharoll-Ann Souffrant
Alexe Louisa
Charles Bottex
Fabiola Gay
Fabye Victor
Pascale Legros
Chad Walcott
Jean-Marcel Seck
Sylvie Bien-Aimé
Alexandre Julien
Tamara Brown
Rachel Saintus-Hypolitte
Tristan D. Lalla
Mutatayi Fuamba
Nicoleta Stoodley
Sameer Zuberi
Rim Mohsen
Olivier Brière
Asmaa Ibnouzahir
Toula Drimonis
Alexa Conradi
Fanny Guérin
Chan Tep
Eddy Perez
Cathy Wong
Ryoa Chung
Bochra Manaï
Andréanne Pâquet
Haroun Bouazzi
Daisy Boustany
Nicolas Face
Alena Smith
Takwa Souissi
Angela Sierra
Jérémy Boulanger-Bonnelly
Coline Bellefleur
Jérôme Pruneau
Julia Barbaresi
Anne Julien
Ligia Borges Matias Carbonneau
Laurin Liu
Marina Mathieu
Eve Torres
Alex Tyrrel
Marianne Côté 
Sam Hersh
Sarah Labarre
Elizabeth Sacca
Laïma A. Gérald
Robert Green
Samuel Blouin
Stéphane Pressault
Mohamed Amine 
Margaret Archer
Sarah Labarre
Vanessa Udy
Benoit Racette
Sissi de la Côte
Lauren Liu
Geneviève Lepage
Shoshana Freedman
Carolyn Fe
David DesBaillets 
Nesrine Bessaih
Magassy Mbow
Roxanne Robillard
Guillaume St-Laurent
Raphaël Ouellet

 

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11 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 3 février 2016 06 h 35

    Normand Brathwaite, Noir ?

    La mère de Normand Brathwaite est une Blanche et Normand est métis. Il est aussi Blanc que Noir. Barack Obama et Gregory Charles aussi.

    Identifier ces trois personnes à des Noirs est sexiste en ce sens que cela ne reconnaît pas l'égalité de la femme et de l'homme, de la mère et du père, dans la détermination génétique de l'enfant.

    D'ailleurs, Louis Morissette reconnaissait en entrevue avec Catherine Perrin à la radio de Radio-Canada que M. Brathwaite a été maquillé pour rendre sa peau plus foncée.

    Ne doit-on pas dénoncer un « blackface » quand un métis est maquillé en Noir ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 février 2016 10 h 00

      Tout à fait. Ces trois personnes seraient considérées des «Brancos» au Brésil, c'est-à-dire des Blancs. Il a fallu noircir le visage de M. Brathwaite pour qu'il ressemble à M. Bugingo: est-ce du black face?

      Et que dire des «Blancs» qui jouent le rôle d'Asiatiques (il y en avait un au Bye-bye)? De femmes qui jouent le rôle d'hommes, ou vice versa? De Nord-Américains, même noirs, qui jouent le rôle d'Africains? D'acteurs qui jouent des rôles?

    • Aline Larose - Inscrite 3 février 2016 10 h 35

      Suis parfaitement d'accord avec Francois Beaulé - Normand Brathwaite
      s'affiche toujours comme noir et je trouve ca terriblement injuste pour
      sa mère....!

    • André Joyal - Abonné 3 février 2016 13 h 56

      Au Brésil les métis ne sont pas des «brancos» mais plutôt des «pardos» ou des «morenos». J'y suis allé 42 fois...

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 février 2016 14 h 51

      En tout cas, ils sont seront jamais considérés noirs.

  • Robert Beauchamp - Abonné 3 février 2016 07 h 46

    La sensibilité

    Difficile de respecter les couleurs lorsqu'un ''ti-blanc'' ne se repecte pas toujours lui-même. Difficile de respecter les nuances lorsque la brutalité du langage fait rire. Difficile pour certains de concevoir certaines limites lorsqu'un bourdon se sent investi d'une mission qui consiste à abolir les frontières à SA manièere qu'elles soient culturelles, raciales, ou du domaine privé. Mais qu'en disent les croniqueurs culturels sur le sujet? Les minorités qui prennet trop de place ou à qui on donne trop de place en fait, sont les brutes du rire qui ne respectent aucune frontière et qui font fi de toute subtilité. La sensibilté? Ils se la réservent, ne laissant aucune place aux autres.

  • André Savard - Abonné 3 février 2016 09 h 49

    L'outrage

    Louis Morrissette a raison de ne pas céder à cette culture de l'outrage. APrès tout, évoquer la couleur de peau pour faciliter l'identification d'un personnage n'est pas en soi une fute morale. Si on veut faire une parodie d'un personnage noir, devra-ton à présent ne prendre qu'un comédien noir? Si un imitateur personnifie un noir, devra-t-on lui intimé de rester blanc puisqu"il s'agit d'une catégorisation par la race?

    • Pierre Hélie - Inscrit 3 février 2016 13 h 38

      Je comprends bien les arguments de M. Morrissette, et je ne pense pas non plus qu'il s'agisse de racisme. La où je me questionne, c'est pourquoi il n'y a pas plus de "minorités visibles" dans les rangs des comédiens francophones (dans ce cas-ci) ou autres (e.g. Hollywood), i.e. ont-ils une égalité de chance? J'en doute très fort. Mais est-ce que l'interdiction du "blackface" est une bonne solution? Pas sûr non plus; c'est une question qui me semble complexe.

  • Pierre Cloutier - Abonné 3 février 2016 14 h 47

    Blackface

    J'ai passé l'âge de la retraite et j'ai entendu le mot blackface pour la première fois lors de l'épisode Mario Jean il y a quelques années. Les représentants des minorités du Québec s'imaginent que tous les québécois connaissent ce mot et comprennent qu'il est insultant pour les noirs. Ce n'est pas vrai.

    Les 81 signataires de cette lettre semblent aussi confondre le blackface avec le théâtre. Laissez-moi vous l'expliquer :

    Le blackface a été populaire aux États-Unis. Il s'agissait de monter un spectacle avec des acteurs et des chanteurs blancs déguisés en noirs. Trop souvent, le but de cette façon de faire était de casser du sucre sur le dos des noirs. On peut conclure que beaucoup de gens qui étaient attirés par ces spectacles appréciaient les blagues racistes et, en ce sens, on peut critiquer et même dénoncer ceux qui les organisaient.

    Ce qu'on reproche à Mario Jean et à Louis Morissette, c'est de faire leur métier d'acteur. C'est-à-dire de jouer la comédie et de prendre la voix et l'apparence du personnage qu'on leur demande de jouer. Noir, jaune, triste, gai, hypocondriaque ou psychopathe, l'acteur est un caméléon. Il ne se maquille pas pour rire « des noirs ». Mais simplement pour, en l'occurrence, personnifier une personne qui est noire.

    Plusieurs se souviennent de la fameuse scène d'un Bye-bye où Claude Meunier recevait au Jour de l'An, sa fille et, surprise, son nouveau chum, un noir. C'était, je crois, en 1980. Pourtant on avait engagé un acteur noir pour tenir le rôle du chum. Et finalement, de qui riait-on (et de bon cœur, je vous l'assure), du père de famille québécois qui demandait au noir s'il mangeait le lion avec des atocas.

    19-2, Unité 9 et presque toutes les autres séries ont dans leurs personnages des noirs joués par des acteurs ou actrices noires.

    Conclusion : je comprends l'utilisation du mot moustique par Louis Morissette. Laissez-le travailler. Tout le monde est libre de changer de chaîne.

  • Carmen Labelle - Abonnée 3 février 2016 22 h 04

    Le blackface de Boucar

    Voici ce que pense notre Boucar national de la réaction à l'imitation qu'avait fait de lui Mario Jean qui s'était noirci la figure pour le faire- la première tempête blackface de 2013:«Tous ces constipés de la rigolade interculturelle gagneraient à réaliser un jour que l'humour est un outil de subversion sociale qui sert justement à mettre en évidence ces interactions et ces conflits entre les groupes et à faire tomber les masques. Que chaque fois que nous plaisantons sainement les uns avec les autres, nous participons à l'émergence d'une nouvelle identité plus ouverte et plus juste. Entre le Niger black d'Yvon qui renvoyait aux Québécois une image miroir de l'époque et la consécration de Sugar Sammy, les mentalités ont largement cheminé dans la bonne direction. C'est-à-dire vers la nouvelle identité à laquelle on devrait tous aspirer: celle qui outrepasse les seules limites de la race et de la religion.»«'il y a malheureusement des basanés dont le passe-temps favori est de servir leurs jérémiades culpabilisantes à l'homme blanc d'aujourd'hui, qu'ils tiennent encore responsable des exactions des esclavagistes du XVIIe siècle. Et cette communauté noire virtuelle, qui sert de rempart à tous ces intolérants, n'est pas la mienne»