Où sont les hommes?

La réflexion qui s’impose autour des agressions sexuelles se doit d’être collective.
Photo: Christof Sache Agence France-Presse La réflexion qui s’impose autour des agressions sexuelles se doit d’être collective.

Après les agressions en série de Cologne, nombre de chroniqueurs ont décrié la supposée absence des féministes. « Où sont les féministes ? », scandaient-ils. Elles sont là, mais elles sont fatiguées, les féministes. Fatiguées d’être critiquées quand elles sont trop bruyantes ; et de l’être aussi quand elles agissent sans chercher l’attention médiatique. Fatiguées de se faire dire qu’elles devraient absolument décrier l’origine des agresseurs de Cologne ; mais de bien faire attention à ce qu’elles vont dire sur Monsieur Aubut…

Plusieurs féministes ont reçu les agressions de Cologne comme un uppercut au visage. Et on ne réagit pas à un uppercut comme à une gifle. Ça coupe le souffle. Les agressions de Cologne ont fait monter d’un cran le niveau de la lutte. Nous savons que toute notre vie, au-dessus de nos têtes, plane la menace d’une agression sexuelle, par un inconnu ou par un proche, alors que nous sommes seules.

Mais voilà : nous faisons la découverte que nous pouvons désormais être victimes d’agressions alors que nous sommes en groupe ; que des individus planifient de telles attaques contre les femmes dans une des rares situations où elles se sentent en sécurité, parce qu’elles sont en groupe. Permettez qu’on prenne le temps d’encaisser la nouvelle.

Le temps d’être un peu tristes

Nous devrons rehausser, encore une fois, notre système d’alerte personnel. Cette maudite peur qui nous habite en permanence, qui se manifeste dans les rues sombres, les stationnements souterrains, va dorénavant se pointer même quand nous sommes en groupe. Non seulement nous sommes « agressables » pendant une grande partie de notre vie, mais nous le sommes maintenant dans un nombre de plus en plus grand d’occasions. Permettez qu’on prenne le temps d’être un peu tristes.

La réflexion qui s’impose autour des agressions sexuelles, celles qui sont #nondénoncées, celles de Cologne, celles que commettent les hommes de pouvoir, celles qui se passent dans l’intimité des chambres à coucher et les autres, se doit d’être collective. Les hommes doivent participer à une réflexion commune sur les agressions et la culture du viol.

Toutes les femmes qui s’impliquent dans la lutte contre les agressions sexuelles n’ont pas été agressées ; pourquoi les hommes, sous prétexte qu’ils ne sont pas tous des agresseurs, n’en feraient-ils pas de même ? Comment ? Par exemple, en ne laissant pas passer les remarques sexistes d’un ami, en ayant des discussions père-fils sur la notion de consentement, etc. Nous peinons à nous faire entendre des hommes qui réfutent la présence d’une culture du viol ; les alliés masculins y parviendront peut-être, par de petits gestes quotidiens.

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8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 janvier 2016 06 h 08

    Pourquoi et comment ???

    « Les hommes doivent participer à une réflexion commune sur les agressions et la culture du viol. » (Martine B. Côté, Mtl)

    Oui, mais comment et pourquoi les inviter à une telle réflexion si certains d’entre eux en seraient responsables, des initiateurs ou si, selon les observations de la « science », éros et thanatos constitueraient des éléments fondateurs-associés de vie comme « amoureuse » ou « intime » ?

    Pourquoi et comment ??? - 25 jan 2016 -

    • Élisabeth Germain - Abonnée 25 janvier 2016 09 h 17

      Relisez le dernier paragraphe, monsieur, et vous y verrez des exemples de pourquoi et comment. Pour le reste, écoutez votre coeur, votre créativité... et interrogez les femmes et les hommes de votre entourage!

    • Alice Savage - Inscrit 25 janvier 2016 13 h 06

      Désolée, mais j'appuie totalement l'appel de Madame Côté.
      Il ne serait pas réaliste de croire que l'hypocrisie et la restriction mentale soient totalement absentes dans un groupe de femmes, sous prétexte que ce sont des femmes.
      De même, si quelques hommes suspects peuvent se glisser dans le mouvement, c'est un risque à encadrer, pas une barrière infranchissable.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 janvier 2016 07 h 09

      « Relisez le dernier paragraphe, monsieur » (ÉG)

      Tout-à-fait et en toutes circonstances, sauf que, de qui s’est passé à Cologne (d’où part le texte), ce genre d’agression dépasse le questionnement féministe ainsi que tout tour de table de réflexion sur le monde de la sexualité ; d’autres préoccupations l’ont certes alimenté, dont celles avec, notamment, l’islamisation ou le djadisme, ou le terrorisme d’origine douteuse, et celles protégeant les personnes voilées.

      De ce contexte, de notre propos actuel, et de l’agression de Cologne, l’utilité d’un tour de table sur la sexualité apparaît …

      … hors d’ordre ! - 26 JAN 2016 -

  • Sylvain Auclair - Abonné 25 janvier 2016 08 h 19

    Place refusée

    Bien des femmes vont refuser que des hommes prennent part à un tel débat. À force de se faire montrer la porte, on finit par ne plus s'inviter.

    • Alice Savage - Inscrit 25 janvier 2016 12 h 55

      Monsieur, je compatis à votre malaise, car en tant que femmes, nous nous faisons plus souvent qu'autrement "montrer la porte", notamment dans le monde du travail.
      C'est dur, mais on s'accroche, si on y tient.

  • Pierre Alarie - Abonné 25 janvier 2016 08 h 48

    Choisir de s'exprimer

    Choisir de ne rien dire, c'est choisir. La complicité par le silence. C'est par l'expression de nos opinions autour de nous que les mentalités changeront.

  • Léon Leclerc - Abonné 25 janvier 2016 10 h 10

    Alliés masculin? Homme tout simplement.

    Merci à vous d'avoir eu le courage d'écrire votre opinion. La conclusion me déçoit par contre. Elle termine avec un hashtag et un appel à la réflexion. Le hashtag sert souvent d'alibi à notre fuite en avant: «Hop, j'hashtague, j'ai fait ma part et ma bonne conscience est sauve». La réflexion quant à elle est assez simple: la documentation existe depuis des décennies. Des chercheurs et praticiens en sciences sociales ont longtemps mis le doigt sur le bobo.

    Dans les deux cas il y manque un aspect essentiel que je retrouve peu dans notre société de bavardage et d'isolement: l'action. Seule l'action fait une différence concrète.

    Dans l'arsenal des moyens possibles, je pratique depuis plus d'une décennie un concept vieilli, raillé et galvaudé par moment: la galanterie.

    Céder ma place aux dames dans le métro, aider à monter la poussette au haut des escaliers en l'absence de leur version mobile, tenir les portes à une maman sortant d'une séance de magasinage avec ses trois enfants, voilà quelques exemples. J'ai même vu un adolescent à l'allure yo rivé à son mobile céder sa place à une dame qui aurait pu être sa grand-mère!

    Ces petits gestes ont souvent suscité des réactions suivies de conversations agréablement surprenantes, souvent dans le métro.

    De ces conversations ressortaient le besoin de se sentir en confiance dans un environnement où les humains savent encore se soutenir et faire preuve d'humanité. Vous devriez avoir vu les sourires de ces dames illuminer leur visage.

    Il m'est arrivé aussi de m'interposer entre un individu et sa victime, une jeune femme de l'âge de ma fille et de mes nièces. Un peu trop insistant jusqu'à la serrer de trop près, je lui ai fait signe de passer devant moi. Le fixant du regard et mon corps servant d'écran, l'individu a rebroussé chemin. J'insiste sur le mot individu car cette ombre masculine ne mérite pas le qualificatif d'Homme.

    La galanterie n'est pas un symbole de la supériorité de la force physique de l'homme. C