Une diversité qui exclut le Québec

Justin Trudeau reprend de façon dogmatique le discours du multiculturalisme et du bilinguisme officiels élaboré par son père, Pierre Elliott Trudeau, dans les années 1960.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Justin Trudeau reprend de façon dogmatique le discours du multiculturalisme et du bilinguisme officiels élaboré par son père, Pierre Elliott Trudeau, dans les années 1960.

Le nouveau premier ministre Trudeau et le Parti libéral fédéral clament haut et fort sur toutes les tribunes leur engagement pour la diversité et l’ouverture. Mais leur vision de la diversité canadienne n’inclut pas le peuple québécois. Et là-dessus, Justin Trudeau ne démontre aucune ouverture.

Pour lui, la reconnaissance du Québec comme société distincte est une idée dépassée qui crée des divisions : « le nationalisme découle d’une étroitesse d’esprit » et « érige des barrières entre les peuples ». « Toute cette idée d’un statut spécial pour le Québec ou de la reconnaissance du Québec comme société distincte dans la Constitution ou de la reconnaissance des Québécois comme une nation, le problème que j’ai avec cela, c’est que cela crée des divisions, que cela sépare des groupes au sein d’autres groupes. Qui sont les Québécois pour être reconnus comme une nation ? », avait-il déclaré dans une entrevue au journal Nouvelles Parc-Extension.

Dans son discours du Trône, le nouveau premier ministre s’est empressé de dire qu’il voulait négocier de nation à nation avec les peuples autochtones (ce avec quoi nous sommes d’accord et c’est d’ailleurs ce que le Québec fait depuis l’époque de René Lévesque), mais pas avec le peuple québécois.

Malgré l’air bon enfant qu’il affiche dans ses égoportraits, Justin Trudeau a repris à son compte l’attitude arrogante de Pierre Elliott Trudeau à l’égard des indépendantistes québécois. En 2013, il avait comparé le projet de laïcité de l’État du gouvernement Marois à la ségrégation américaine. Récemment, il le comparait au discours où Donald Trump annonçait son désir de fermer les États-Unis aux musulmans ! […]

Justin Trudeau reprend de façon dogmatique le discours du multiculturalisme et du bilinguisme officiels élaboré par son père dans les années 1960. Pour Trudeau père, le multiculturalisme permettait de refuser un statut particulier au peuple québécois, qui se retrouvait à n’être qu’une communauté culturelle parmi d’autres. Le multiculturalisme rejette l’idée d’une culture commune en encourageant la coexistence de multiples cultures.

Parallèlement, le bilinguisme officiel n’accordait pas de droits collectifs aux Québécois. Cette politique ne s’applique qu’aux minorités des langues officielles. Des ressources sont ainsi allouées pour offrir des services fédéraux en français aux francophones de plus en plus minoritaires au Canada anglais, et pour renforcer la « minorité » anglophone au Québec, pourtant nullement menacée. Comme la Loi sur les langues officielles portait exclusivement sur des droits individuels, le Québec restait une « province comme les autres ».

La Loi sur les langues officielles était la réponse de P. E. Trudeau au « séparatisme ». Elle était fondée sur l’illusion trompeuse qu’il pourrait faire en sorte « que les Canadiens de langue française se sentent chez eux […] à Vancouver et à Toronto comme à Montréal ». Quiconque ayant voyagé au pays se rend compte assez vite que c’est loin d’être le cas encore aujourd’hui. Au moment de son adoption en 1977, Pierre Elliott Trudeau déclarait que la Charte de la langue française ramenait le Québec « des siècles en arrière » sinon à « l’âge des ténèbres », vers l’établissement d’une « société ethnique »… Que ne faut-il pas entendre !

En fait, comme il se produit partout à travers le monde où l’on retrouve ce type de bilinguisme institutionnel (et non pas individuel), la politique fédérale des langues officielles s’est accompagnée d’une assimilation croissante des francophones. Le seul mode d’aménagement linguistique qui permette la coexistence de plusieurs langues nationales est fondé sur les droits collectifs et territoriaux. Comme le constatait le mathématicien et spécialiste de la situation linguistique Charles Castonguay, « le poids du français, langue maternelle aussi bien que langue d’usage, est depuis longtemps en chute libre à l’échelle de l’ensemble du Canada. À l’échelle de l’ensemble du Québec, depuis le début du nouveau millénaire, il recule à une vitesse jamais vue. C’est dire qu’il chute à pic à Montréal ».

Comme son père et les libéraux d’il y a 40 ans, Justin Trudeau fait l’autruche et ne trouve pas inquiétante la diminution du poids du français par rapport à celui de l’anglais, pourtant démontrée par Statistique Canada à chaque recensement. Dans la plateforme électorale libérale, on dit que « les efforts pour protéger et promouvoir le français ont porté fruit, et que les libéraux veulent poursuivre le travail. […] Le Canada tient sa force de sa diversité, qu’il doit notamment à sa fière tradition de bilinguisme officiel. »

Justin Trudeau a fréquemment pris position contre un renforcement de la loi 101, qu’il considère être un « vieux débat ». Il reprend les mêmes arguments en insistant sur le contexte de la mondialisation néolibérale. Pour lui, un renforcement de la loi 101 aurait pour effet « de punir les Québécois francophones qui veulent que leurs enfants développent une capacité en anglais, la langue du commerce international ». Notons en passant qu’ici, M. Trudeau fait fi de ce que les citoyens québécois sont de loin les plus bilingues en Amérique du Nord.

Si Justin Trudeau voulait réellement démontrer de l’ouverture et avoir un dialogue respectueux face au Québec, il devrait montrer qu’il peut comprendre un autre point de vue que le sien et celui que son père défendait il y a 40 ans. Le projet de faire du Québec un pays est tout à fait légitime, moderne et respectueux de la diversité. Le Québec, en tant que seul État majoritairement francophone en Amérique du Nord, est un élément essentiel de la diversité culturelle et linguistique sur notre continent.

En fait, le combat du Québec français s’inscrit dans le mouvement pour une mondialisation équitable, alors que la mondialisation néolibérale favorise l’uniformisation des cultures nationales et leur réduction au rang de simples marchandises. En protégeant le français au Québec, nous défendons les langues de toutes les nations minoritaires, qui seront d’autant plus ouvertes les unes aux autres que leurs identités respectives ne seront pas menacées. Comme le disait si bien Pierre Bourgault : « Défendre notre langue au Québec, c’est défendre toutes les langues du monde contre l’hégémonie d’une seule. »

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 janvier 2016 03 h 30

    Quel destin que la vie

    La preuve que lorsque l'on a été éduqué avec un parti-pris qu'il est difficile d'en sortir, les amérindiens ont eu besoin de trois cent ans pour avoir droit a un minimun de reconnaissances combien ca va prendre d'années pour le Québec pour y parvenir, la génération avant nous disait: il est inutile de penser a une indépendance sans faire la révolution, peut-être n'avait-elle pas tord, que j'ai donc hâte de faire partie de l'histoire, quel destin que la vie

    • Chantale Desjardins - Abonnée 19 janvier 2016 15 h 16

      Avons-nous tort de vouloir faire l'indpendance sans la révolution?
      Il est toujours préférable d'utiliser la discussion franche même si cela prend plus de temps.

    • Christine Rychlik - Inscrite 19 janvier 2016 15 h 17

      Les amériendiens ont eu droit une reconnaissance après 300 ans, car ils ne sont plus une menace. Ce n'est point le cas du Québec, peu être dans 50 ans. Avons nous le luxe de patienter.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 19 janvier 2016 04 h 25

    Dire que le nationalisme vise à souder des liens entre les humains!

    Pendant des années, le père a pestiféré contre le Québe qui voulait s'affirmer! Et aujourd'hui, c'est le fils qui vient le hanter! Un film d'horreur qui n'a pas fini de tourner!!

    Pourquoi certains peuvent redire et redire les pires inepties sans être punis alors que d'autres le seront jusqu'à la fin de leur vie pour un mot échappé, une phrase mal tournée!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 janvier 2016 08 h 47

      À votre question, je réponds "parce qu'ils sont The Establishment".

    • Jacques Lamarche - Inscrit 19 janvier 2016 11 h 07

      Je n'avais osé le dire! Merci! Une autre façon moins joli: ¨parce qu'ils sont du BON bord¨.

  • Michel Thériault - Abonné 19 janvier 2016 06 h 49

    Trudeau et la reconnaissance du ROC

    M. Beaulieu, avons-nous vraiment besoin de la reconnaissance du Rest Of Canada, que nous sommes une société distincte ? Quant à moi, je n'en ai rien à cirer.
    Faisons du Québec un pays et cessons de pleurnicher comme des fillettes.

    Salutations républicaines.

  • Michel Lebel - Abonné 19 janvier 2016 07 h 01

    Reconnaissance et croyance!

    Mario Beaulieu reconnaît une pensée à Justin Trudeau! Je l'apprends! Au Canada, il y a plusieurs peuples, dont le peuple québécois. Ces peuples doivent être pleinement reconnus. Cette reconnaissance me paraît indispensable pour l'unité canadienne.
    Mais qui dit reconnaissance ne veut pas dire décentralisation extrême ou droit de sécession généralisé pour tous les peuples du Canada. Aucune fédération ne peut fonctionner ainsi! De fait, il faut un pouvoir central assez présent mais aussi vraiment respectueux de la diversité individuelle et collective. De fait, il faut surtout croire à ce pays-continent, hors norme! Sans cette foi, ce pays ne pourra durer longtemps.

    Michel Lebel

    • Chantale Desjardins - Abonnée 19 janvier 2016 09 h 31

      La these de PET et reprise pa JT est fausse. Le Quebec est une vraie nation officielle. Nous sommes en chemin vers un pays qui viendra un jour , pas si lointain.

    • Marc Bourdeau - Abonné 19 janvier 2016 10 h 40

      Pays-continent... c'est un peu fort, non?

      Il y a bien d'autres unions possibles que celle du fédéralisme à la mode du XIXe siècle, type empire austro-hongrois...

      Penser à la Scandinavie, au Bénélux, sans compter la CE qui fait modèle aujourd'hui et pour longtemps.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 19 janvier 2016 13 h 21

      Autant dire, M. Lebel, que le Canada refuse le principe de l'auto-détermination de tous les peuples!

      Je parlerais plutôt de sentiments pour souder et unir les gens! Un pays est tout sauf une croyance ou une religion. Je parlerais de sentiments de fierté, d'appartenance! Ce sentiment d'amour est là ou n'est pas là! Difficile à expliquer!

      La seule chose que les Québécois veulent du Canada, c'est le respect et bon nombre ne le sentent pas!

    • Michel Lebel - Abonné 19 janvier 2016 13 h 38

      Marc Bourdeau,

      Le Canada a tout de même près de 150 ans d'existence et est plus grand que l'Australie qui est décrit comme un continent. C'est à considérer...

      M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 janvier 2016 14 h 31

      Ce pays ne durera pas longtemps,c est l evidence meme,il y a de s limites a se faire bafouer ainsi.JT veut discuter d egal a egal avec les nations autochtones mais comme il nie l existence de la nation quebecoise pas question de se parler cette idee est depassee.Combien de nations ont rejoint l ONU depuis environ 50 ans?Ces gens sont-ils tous insignifiants et bornes.Vous n etes pas sans les connaitre. J-P.Grise

    • Luc Bertrand - Abonné 19 janvier 2016 17 h 45

      Monsieur Lebel, quand vous savez comment ce pays appelé "Canada" a été édifié, ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'éclate. S'il est encore "uni", il ne l'est qu'artificiellement, par des politiques hypocrites et délibérément conçues pour étioler le fait français qui en aura été, historiquement, l'unique fondement patriotique.

      Pour les anglophones qui l'ont bâti sur les cendres et les cadavres de la bataille des Plaines d'Abraham, le Canada n'aura jamais été plus qu'une extension de l'Empire britannique. Ce n'est que depuis que le Québec a été réduit irréversiblement à l'impuissance en tant que nation que les anglophones sont fiers d'être Canadiens.

      Au contraire, si le Canada a fini par s'émanciper de la tutelle britannique, ce le fut essentiellement de l'action politique des Canadiens-français, que l'on pense à Louis-H. Lafontaine, à Georges-Étienne Cartier, à Wilfrid Laurier, Louis S. St-Laurent ou Pierre-Elliott Trudeau. Tous ces Québécois d'origine auront été, en leur temps, autant de "rois-nègres" qui ont préféré sacrifier leur identité nationale et la liberté de leur peuple d'origine pour servir les intérêts de la bourgeoisie financière qui tire les ficelles de la politique canadienne.

      Quant aux Premières Nations, il faut carrément parler de génocide culturel systématique à partir de la Conquête anglaise. Jusque là, les autochtones avaient pu survivre en tant que communautés autonomes en s'alliant à l'un des deux belligérants se disputant le territoire de l'Amérique du Nord. Une fois la France sortie du portrait, le Canada et les États-Unis se sont bâtis comme deux empires anglophones parallèles, le premier monarchiste et solidaire de la mère-patrie britannique, le second républicain.

    • Michel Lebel - Abonné 19 janvier 2016 17 h 52

      Monsieur Grisé,

      Vous savez sans doute que chaque cas de pays accédant à la souveraineté est particulier. Dans le cas de la Catalogne et l'Écosse, qui sont des cas plutôt comparables au Québec, on se trouve devant des nations qui font partie d'un même pays depuis de très nombreuses années. L'histoire et les faits ont tissé des liens importants entre elles (par exemple, entre l'Ecosse et l'Angleterre ou le Québec et le Canada anglais). Il ne faut pas sous-estimer ces données.

      À mon avis, la sécession d'une nation n'est pas le meilleur choix pour ces trois pays et pour ces trois nations. En ce domaine, il faut essayer de voir loin. Evidemment tout cela reste fort discutable!

      Michel Lebel

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 janvier 2016 07 h 51

    Tel père, tel fils

    Une fois de plus, les Québécois sont trahis.

    Tout comme dans le cas d'Obama, les Canadiens se rendront compte que trop tard que l'habit ne fait pas le moine, que les véritables chefs sont de grands patriotes qui rêvent d'une nation forte, fière de ses racines et de son histoire.