La parité, pour l'histoire

Le 6 janvier, on pouvait lire en première page du Devoir : « 22 sièges à combler par des femmes ». L’article expliquait que 80 signataires proposaient que tous les sièges actuellement vacants du Sénat soient attribués à des femmes, cela en vue d’atteindre l’égalité au sein de cette institution.

On pourra dire que le Sénat n’est pas parfait, qu’il faut, avant toute chose, le réformer ou encore le « fédéraliser » et élargir en priorité le rôle des provinces au sein du processus de nomination. On peut donc, pour de multiples raisons, être en désaccord avec cette demande. Mais elle demeure à tout le moins rafraîchissante. Les signataires de cette demande ne prétendent pas que les femmes seront meilleures que les hommes, mais elles ne seront probablement pas pires ! Si on attend la réforme de nos institutions pour y nommer des femmes, l’attente sera longue ! D’autant plus qu’Antoine Robitaille dans son éditorial sur le sujet nous rappelle que le Sénat canadien est « difficilement réformable en raison de la glaciation constitutionnelle post-1982 ».

Longues luttes

Rappelons que ce n’est qu’après de longues et patientes luttes que les femmes ont pu être nommées au Sénat. En effet, selon une interprétation de la constitution canadienne, elles n’étaient pas des « personnes », condition nécessaire pour être nommé au Sénat. Il aura fallu une longue saga judiciaire pour que les femmes deviennent des « personnes » le 18 octobre 1929. La première sénatrice nommée est Cairine Wilson en 1930. La seconde ne fut nommée qu’en 1935. Et c’est en vain que s’exercent, dès les années 1930, des pressions pour qu’une Thérèse Casgrain ou une Idola Saint-Jean soient nommées sénatrices. Il faut attendre encore près d’un quart de siècle la nomination d’une première sénatrice francophone, Mariana Beauchamp Jodoin en 1953.

En 1944, un épisode similaire a eu lieu. Alors qu’il y a de nombreux postes vacants au Sénat et que les deux seules femmes sénatrices qui y siègent proviennent de l’Ontario, un Montréalais du nom de Morris Goodman propose dans une lettre au Saturday Night la solution suivante : il serait souhaitable et généreux, écrit-il, que le premier ministre nomme au moins huit sénatrices, une dans chaque province. L’avis avait le mérite de faire d’une pierre deux coups, mais n’eût pas de suite… On comprendra que cela se passait il y a 70 ans.

Attendre la réforme magique du Sénat avant d’y appliquer le principe de la parité et subordonner ce principe à celui de la représentation des provinces ou des régions équivaut à amalgamer des problématiques qui n’ont pas à l’être. La demande des signataires de la « Campagne en faveur d’un Sénat égal au Canada » n’éliminera évidemment pas tous les problèmes de cette institution. Mais elle en réglerait au moins un, celui de l’inadmissible sous-représentation des femmes. Il faut seulement le vouloir… Après tout, on est en 2016 !

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Le déclencheur

« La parité doit être un horizon, mais auparavant, il faudrait au moins “fédéraliser" le processus de nomination imposé par Ottawa. Après tout, dans sa lettre adressée à Philippe Couillard, le 21 août, Justin Trudeau écrivait : “Il nous faut constamment revenir à l’esprit fédéral : cette idée que nous devons travailler ensemble, dans le respect des différences, pour atteindre nos objectifs communs.” »

— Antoine Robitaille, « L’oubli fédéral », Le Devoir, 8 janvier 2016

Réponse de l'éditorialiste

Je l’ai bien écrit que la parité doit être un objectif pour le Sénat. Sauf que ce n’est pas au comité imposé par le gouvernement Trudeau à la faire. Un comité comme celui que propose Québec ou — encore mieux — une élection de trois candidats par l’Assemblée nationale, comme le propose la CAQ, reprendrait assurément l’objectif. Il ne s’agit pas d’attendre une utopique réforme globale ! Au reste, soulignons que, sauf erreur, aucune Québécoise francophone n’était signataire de la lettre « Campagne en faveur d’un Sénat égal au Canada ». Il y a là, de la part d’un groupe revendiquant pourtant une représentativité de toutes les minorités, quelque chose comme un oubli de la minorité nationale du Québec. Et cela va de pair avec l’oubli fédéral que je déplorais.

Antoine Robitaille
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 01 h 44

    Une chaise vide au cas ou,

    je me demande bien dans l'esprit anglo saxon de l'époque, ce que les créateurs de la constitution canadienne ont bien voulus protéger, peut etre que c'était les différentes tributs amérindiennes qu'ils venaient d'évincer, ou peut etre encore qu'ils prenaient conscience que le Canada ne resterait pas ce qu'il était , peut etre qu'il ont prevus une chaise vide pour celui qui pouvait apparaitrs a l'improviste, l'étranger, n'est ce pas une tradition canadienne, je connais des familles dont cette tradition se pratique encore, laisser une chaise au cas ou un visiteur arriverait a l'improviste, c'est une tradition qui m'a toujours émue, n'avons nous pas eu une série qui s'appelait le survenant, peut etre faut-il acceuillir des survenantes