Sortir les médecins de famille des hôpitaux, c’est le contraire du bon sens

Le mépris du Dr Barrette envers les médecins de famille ne cesse pas de m’étonner. D’abord avec le projet de loi 20, les négociations interminables, les informations cachées, les détails importants passés sous silence, et puis le coup de grâce à 48 heures de la nouvelle année : on sort les médecins de famille des hôpitaux.

Depuis plusieurs années, on s’efforce de redorer l’image de la médecine familiale. On parle de diversité, de liberté de pratique, de variété, d’occasions. On ajoute de nouveaux programmes de formation pour répondre aux besoins de la population : en urgence, en gériatrie, en périnatalité, en soins palliatifs. On rajeunit le visage de la médecine de famille au Québec. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : on atteint enfin l’équité rêvée du 50 % des diplômés choisissant la médecine de famille comme pratique.

Mais depuis quelques mois, on frappe fort. On revoit la rémunération, on remet en doute leur intégrité et leur dévouement, et voilà qu’aujourd’hui, on s’attaque à l’autonomie et à la liberté des jeunes diplômés. Ceux qui sont encore pleins d’énergie et d’espoir. Ceux qui veulent réinventer les soins, donner leur meilleur à leurs patients, être à l’écoute des besoins de la population. Ils sont conscients des enjeux : ils ont grandi dans une atmosphère où les critiques envers le système de santé québécois pleuvent sans arrêt. Ils ont vu la montée du privé. Ils savent que le système de santé au Québec est sous-optimal. Ils sont prêts à l’innovation, aux changements, à la nouveauté. Mais certainement pas de cette façon.

Enlever les médecins de famille des hôpitaux, c’est l’inverse du bon sens. Choisir pour eux leur lieu de pratique, et donc leur vie, en milieu éloigné, ça leur enlève du pétillant dans le corps. Leur rajouter des quotas, des cibles, des pénalités, c’est leur mettre des barrières avant même qu’ils se définissent eux-mêmes comme professionnels de la santé.

Les médecins de famille dans les hôpitaux jouent un rôle crucial. Ils sont à tous les étages, s’assurent d’un suivi global, font le pont avec les autres professionnels de la santé, intègrent dans leur prise en charge les multiples problèmes de santé qui touchent leur patient. Les spécialistes sont déjà surchargés, ils sont pertinents pour des problèmes spécifiques, hyper complexes, les cas des « journal clubs ». Leur liste d’attente déborde déjà, et voilà qu’on va leur ajouter un poids supplémentaire.

Les premières victimes de ces décisions précipitées seront certainement les Québécois. Et puis, les jeunes médecins, les résidents et les étudiants en médecine qui s’orientent vers la médecine de famille. On les décourage avant même de les mettre dans les milieux de soins.

En tant qu’étudiante en médecine, c’est réellement une tristesse de voir une population qui n’a plus confiance en la profession médicale. Je veux débattre, je veux trouver des solutions pour améliorer l’efficacité du système de santé, je veux parler de notre rôle dans la société, je veux remettre en question l’administration et la gestion, je veux revoir la rémunération. Mais pas comme ça. Pas en nous mettant à l’écart des décisions. Pas en lançant de fausses accusations. Pas en nous imposant un mode de vie. Pas en forçant une opposition entre les médecins, la population et le gouvernement.

On oublie parfois que le système de santé au Québec n’est pas géré par des médecins. Nous en sommes des exécutants. La santé dans la province ne relève pas que de nous : c’est notre responsabilité collective. C’est à nous tous d’y faire honneur, et de s’allier plutôt que de s’aliéner.

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7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 janvier 2016 08 h 47

    Trop my self and I

    j'ai presque envie de vous parler des CLSC qui étaient alors des organismes populaires créer a l'époque par ce que l'on appelait les commités de citoyens qui se voulaient des alternatives aux besoins criants, voila le mot est laché, a toutes sortes de besoins, pas un offrait le meme service , l'on y retrouvait toutes sortes d'ideologies de l'extreme droite a l'extreme gauche, il est apparu évident qu'il fallait que l'état s'en mêle, il a bien fallu que l'état en définisse les pratiques, car il en était le bailleur de fonds, vous imaginez une institution ou on retrouvait toutes sortes de professionnelles, des masseurs , des thérapeutes, des médecins, des infirmiers, des gade-malades, des enseignants, des travailleurs sociaux, etc. ce ne fut pas facile, mais l'état y est parvenu, l'état exigea un bord de direction ou on retrouvait des représentants de monsieur et madame tout le monde et des professionnelles, je pense qu'actuellement les CLSC font un travail important et honnete en relation avec les differents besoins qu'une société normale exige, la question est maintenant de savoir avec quelle institution les médecins sont-ils utiles, pourquoi ne serait ils pas des agents de liaisons entre les cliniques et les hopitaux, mais je comprends que ce n'est pas simple car les medecins ont aussi le besoin de parfaire leur formation dans des centres hospitaliers, ne disons nous pas que la medecine change tous les jours, que les hopitaux sont les principaux centre de diffusion, si il y a de nouveaux liens a créer il ne faut certainement pas rompe ceux existants deja, mais je ne suis pas sur que le ministre Barrette est celui dont les médecins feront confiances, il est a mon avis trop my self and I

    • Serge Morin - Inscrit 6 janvier 2016 14 h 17

      Quel soliloque!
      Des points et Majuscules peuvent parfois aider à se faire comprendre

  • Jacques Tremblay - Inscrit 6 janvier 2016 11 h 57

    Où allons nous avec tout ça?

    D'un côté certains médecins prétendent qu'ils sont moins disponibles en clinique privée pour recevoir des clients car ils doivent faire de longs quarts de travail en milieu hospitalier contrairement à ce qui se passe dans le reste du Canada (ROC) et d'autre part on prétend maintenant dans cet article que le ROC cherche à implanter des médecins de famille dans les hôpitaux!! Sommes-nous condamnés au Québec à nager à contre-courant et à fonctionner par essais et erreurs au bon vouloir des nos aristocrates médicaux? Les médecins sont au berceau de la profession et déjà ils contestent même auprès de leur représentant syndical l'orientation nécessaire de la profession pour arriver à fournir les services de base à leurs clients! Ce que je comprends c'est qu'il est extrêmement difficile de contrôler les services fournis à la clientèle quand l'employé n'est pas sur le "payroll" de l'employeur. Quand la coordination de tout un travail d'équipe pourtant plus que nécessaire dans un hôpital moderne est constamment laissée au bon vouloir de capricieux free-lance comment voulez-vous que des administrateurs hospitaliers puissent fournir une garantie de services à la population? Ces administrateurs qui marchent constamment sur des œufs peuvent-ils réellement planifier, organiser, diriger et contrôler leur organisation hospitalière? La réforme de M. Barrette n'aura de sens que si les médecins spécialistes sont finalement payés directement par l'hôpital. C'est déjà un non-sens que tout un groupe d'employés soient systématiquement payés plus cher que leur directeur! Où voyez-vous ça ailleurs dans la société? Dans le sport? Oui mais les fans demeurent libres d'acheter ou pas des billets et les carrières sont plutôt courtes car lorsqu'ils ne livrent pas la marchandise, eux, ils sont mis à la porte! Lorsque nous tombons malades nous perdons une grande partie de notre liberté de choix.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

    Envoyé de mon iPad

  • Raymond Labelle - Abonné 6 janvier 2016 11 h 59

    Les CLSC étaient conçus pour avoir des médecins salariés et être en première ligne.

    Mais le lobby des médecins a bloqué ce concept. Résultat: urgences bondées.

    En France, y compris dans les grands centres, l'attente en urgence est d'un maximum de 45 minutes (à Paris quand c'est très occupé).

    La différence? Les médecins dans les hôpitaux y sont salariés et ne travaillent que dans les hôpitaux.

    Impensable ici. Pourquoi? Le lobby des médecins.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 6 janvier 2016 12 h 38

    D'un côté certains médecins prétendent qu'ils sont moins disponibles en clinique privée pour recevoir des clients car ils doivent faire de longs quarts de travail en milieu hospitalier contrairement à ce qui se passe dans le reste du Canada (ROC) et d'autre part d'autres médecins prétendent que le ROC cherche à implanter des médecins de famille dans les hôpitaux!! Sommes-nous condamnés au Québec à nager à contre-courant et à fonctionner par essais et erreurs au bon vouloir des nos aristocrates médicaux? Les médecins sont au berceau de la profession et déjà ils contestent même auprès de leur représentant syndical l'orientation nécessaire de la profession pour arriver à fournir les services de base à leurs clients! Ce que je comprends c'est qu'il est extrêmement difficile de contrôler les services fournis à la clientèle quand l'employé n'est pas sur le "payroll" de l'employeur. Quand la coordination de tout un travail d'équipe pourtant plus que nécessaire dans un hôpital moderne est constamment laissée au bon vouloir de capricieux free-lance comment voulez-vous que des administrateurs hospitaliers puissent fournir une garantie de services à la population? Ces administrateurs qui marchent constamment sur des œufs peuvent-ils réellement planifier, organiser, diriger et contrôler leur organisation hospitalière? La réforme de M. Barrette n'aura de sens que si les médecins spécialistes sont finalement payés directement par l'hôpital. C'est déjà un non-sens que tout un groupe d'employés soient systématiquement payés plus cher que leur directeur! Où voyez-vous ça ailleurs dans la société? Dans le sport? Oui mais les fans demeurent libres d'acheter ou pas des billets et les carrières sont plutôt courtes car lorsqu'ils ne livre pas la marchandise, eux, ils sont mis à la porte! Lorsque nous tombons malades nous perdons une grande partie de notre liberté de choix.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

    Envoyé de mon iPad

  • André Mutin - Abonné 6 janvier 2016 13 h 35

    L’inverse du bon sens ?

    « Enlever les médecins de famille des hôpitaux, c’est l’inverse du bon sens. »

    Madame Claudel P-Desrosiers vous êtes jeune, encore étudiante, vous n'avez donc pas conscience de ce que devrait être un médecin de famille. Celui que j'ai connu dans mon enfance avait soigné mon grand-père, ma grand-mère, et soignait mon père, ma mère, mes oncles et tantes et leurs enfants, mes frères et sœurs et moi-même.
    Quand l'un de nous était gravement malade je peux vous dire que l'anxiété baissait subitement dès qu'il s'encadrait dans la porte d'entrée ! Il connaissait tous ses patients et toutes les tares familiales. Il savait garnir sa valise selon le temps qu'il faisait ! Il s'appelait : Charbonneau.
    L'actuelle définition du médecin de famille est une pure fumisterie. À chaque fois que je rencontre le mien je suis obligé de lui rappeler qu'il est mon médecin de famille !

    « Choisir pour eux leur lieu de pratique, et donc leur vie, en milieu éloigné, ça leur enlève du pétillant dans le corps. »

    Madame Claudel P-Desrosiers, si l'on choisi pour eux leur lieu de pratique c'est probablement qu'il n'y a pas beaucoup de postulants pour les milieux éloignés !
    C'est vrai que mon docteur Charbonneau, en milieu éloigné, n'a pas fait fortune. Il se sentait réellement responsable de ses patients (ce n'est plus du tout le cas) et quand c'était grave il n'hésitait à repasser le lendemain ou surlendemain gratuitement ! Il se déplaçait même la nuit et par tous les temps. Il faisait les piqures et grevait les abcès, désinfectait et bandait les plaies posait de attelles etc...
    Oui, Madame Claudel P-Desrosiers c'était çà un médecin de famille. Un personnage qu'on saluait bien bas en retirant sa casquette !

    Maintenant c'est le malade qui se déplace en urgence pour contaminer les autres !