Après la COP21 et l’accueil des réfugiés, quelle solidarité internationale?

La solidarité Nord-Sud serait en train d’amorcer un virage vers la finance solidaire. Sur notre photo, des pêcheurs guinéens regroupés dans une mutuelle d’épargne et de crédit (MECREPAG).
Photo: Source CECI La solidarité Nord-Sud serait en train d’amorcer un virage vers la finance solidaire. Sur notre photo, des pêcheurs guinéens regroupés dans une mutuelle d’épargne et de crédit (MECREPAG).

La solidarité internationale des Québécois ne s’est jamais démentie depuis près de 50 ans. Cette coopération Nord-Sud est socialement progressiste, non partisane sur le plan politique, soutient le renforcement de la société civile et de la démocratie dans des pays du Sud et est laïque. Des milliers d’initiatives surtout locales sont ainsi soutenues par 70 organismes de coopération internationale (OCI regroupées depuis 1976 au sein de l’AQOCI), par le mouvement des agriculteurs (UPA Développement international), le mouvement coopératif (DID et SOCODEVI), le mouvement des femmes et le mouvement syndical. Des organisations du même type au Sud peuvent ainsi mieux agir collectivement et dans la durée.

Ce soutien à des communautés est fortement ancré dans la démocratie locale, dans des économies de proximité, dans la promotion de droits sociaux, dans la neutralité religieuse… Adossée à un financement public relativement consistant durant toutes ces décennies, cette coopération a cependant subi un choc majeur fin 2011 avec la disparition de l’ACDI comme principale source de financement. Ce qui l’a forcée à se redéployer différemment sur le plan de son autonomie financière.

Un premier virage, la finance solidaire

Plutôt que de miser uniquement sur le financement en provenance des pouvoirs publics, cette solidarité Nord-Sud est en train d’amorcer un virage vers la finance solidaire et de se donner des outils financiers collectifs semblables à ceux d’ici comme le sont les caisses d’économie et fonds de travailleurs à l’initiative des syndicats ; les caisses populaires, mutuelles d’assurances et fonds dédiés au développement régional à l’initiative des coopératives ; les fonds dédiés dans les réseaux associatifs d’économie sociale. Bref, une économie non capitaliste de marché, cheville ouvrière de nombreux projets de développement économique lancés par les communautés elles-mêmes.

En 2015, l’AQOCI a pris la décision de mettre en oeuvre son projet d’un Fonds québécois d’investissement solidaire consacré aux économies de proximité au Sud — comme le sont les fonds de travailleurs qui canalisent des épargnes collectives à des fins de développement du Québec et de ses régions. Cette fois-ci, ce sera aux fins de la solidarité internationale : système de prêts rotatifs en agriculture ; prêts et garanties de prêts à des PME (banques coopératives ou communautaires, ateliers de production de panneaux solaires, coopératives de collecte des déchets, etc.). Nous ne sommes plus dans la seule logique de subventions à des fins de développement social, mais dans celle de prêts à des fins de développement économique dont le coeur est formé d’entreprises collectives. Ce qui est très attendu de nombreux partenaires du Sud.

La COP21 impose de nouvelles priorités

L’économique, le social et l’écologique se télescopent dans une crise qui n’en finit plus. L’impensé politique de cette crise globale jusqu’à la conférence de Paris sur le climat vient d’être levé. Sa composante écologique est en voie de devenir pour tous le principal marqueur de la situation mondiale.

Le défi écologique interpelle donc de façon centrale nos sociétés, nos institutions et toutes les forces sociales progressistes dont la plupart s’étaient jusqu’ici focalisées sur la seule question des inégalités sans voir qu’elles étaient intimement liées à l’avenir des écosystèmes. Une partie de cet ensemble de forces — organisations paysannes, coopératives, de femmes, de solidarité internationale — cherche à faire mouvement, du local à l’international, pour la construction d’un État social-écologique. Pour y arriver, les pistes généralement évoquées portent sur la « biodiversité » de nos économies ; sur une forte écofiscalité des États ; sur la fin d’une économie fondée sur les énergies fossiles et sur la consolidation d’un mouvement citoyen international.

Dans la foulée de la COP21, la solidarité Nord-Sud du Québec va donc se diriger davantage vers un développement massif de filières durables — énergies renouvelables, agriculture écologiquement intensive, aménagement durable des forêts — en forçant la décroissance des filières polluantes. Plus globalement, l’utopie d’un État social qui a été une véritable révolution au XXe siècle a historiquement illustré un possible, car dans l’après-guerre cette construction politique a pris forme dans un nombre important de pays d’Europe et en Amérique du Nord. L’utopie mobilisatrice du XXIe siècle sera davantage celle de l’écologie politique. Le nouveau « New Deal », en partie inspiré de celui du XXe siècle, sera cette fois social-écologique.

Par-delà l’aide humanitaire

Il y a une tragique disproportion dans les ressources financières et humaines consacrées au secours d’urgence par rapport à celles consacrées au développement durable des communautés. Les organisations de secours d’urgence ont souvent plus d’argent qu’elles ne peuvent en dépenser tandis que les autres s’en tirent avec des budgets de misère. Serons-nous condamnés à aller d’un secours d’urgence à l’autre, des réfugiés économiques aux réfugiés climatiques, puis à ceux des zones de guerre ? Les initiatives Nord-Sud ont plus de portée lorsqu’elles s’inscrivent dans la durée en aidant des communautés à se doter de leurs propres organisations. Depuis près de 20 ans, les travaux de recherche de la CRDC l’ont cent fois plutôt qu’une clairement démontré.

Il y a une tragique disproportion dans les ressources financières et humaines consacrées au secours d’urgence par rapport à celles consacrées au développement durable des communautés.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 décembre 2015 05 h 18

    Un rebond économique, pourquoi pas

    Je suis convaincu qu'avec l'apport de refugiés le Québec connaitra une augmentation de ses activités économiques, n'est il pas connu que ceux qui ont faits la révolution tranquille sont sur le bord de leur retraite, n'est il pas le temps de revoir toutes nos structures économiques, en commencant par nos maisons d'enseignements, les cours de formations adultes sont rendus loin,

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 décembre 2015 10 h 34

      Ça serait étonnant, surtout en termes de PIB per capita. L'immigration massive a plus souvent l'effet de baisser les salaires.