Visa le noir, tua le blanc

Les dossiers d’Anticosti et de l’oléoduc Énergie Est sont régulièrement les sujets de débats publics et créent des difficultés au gouvernement de Philippe Couillard, selon Jean-Thomas Bernard.
Photo: Christophe Ena Associated Press Les dossiers d’Anticosti et de l’oléoduc Énergie Est sont régulièrement les sujets de débats publics et créent des difficultés au gouvernement de Philippe Couillard, selon Jean-Thomas Bernard.

Le premier ministre Philippe Couillard a participé activement à la rencontre internationale sur les changements climatiques qui s’est tenue à Paris au début de décembre 2015. Cette rencontre lui a donné accès à une tribune privilégiée pour énoncer la cible visée par son gouvernement, qui est de baisser les émissions québécoises de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % en 2030 par rapport à celles de 1990. Cette cible est très ambitieuse puisque les émissions en 2012 ont chuté de seulement 8 % par rapport à 1990. Le Québec s’engage donc à éliminer à la fin des 15 prochaines années un volume d’émissions de GES trois fois plus important que celui évité au cours des 25 dernières années.

La tâche est d’autant plus ardue que 44,7 % des émissions totales provenaient de la consommation de produits pétroliers par le secteur des transports en 2012 et que tous les modes de transport s’appuient encore presque exclusivement sur l’usage de produits pétroliers. De plus, cette consommation est en croissance depuis 1990. Deux dossiers reliés à l’industrie pétrolière sont régulièrement les sujets de débats publics et ils créent des difficultés au gouvernement de monsieur Couillard, qui peine à énoncer des positions claires et définitives à leur sujet : il s’agit de l’exploitation du pétrole en territoire québécois, particulièrement à Anticosti, et du projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada, qui permettrait au pétrole albertain de cheminer jusqu’à des points de raccordement maritime au Québec et au Nouveau-Brunswick. Compte tenu des engagements pris par le gouvernement du Québec à l’égard de la réduction accélérée des émissions de GES, il semble que, pour être cohérent, il faudrait rejeter l’un et l’autre projet. Cette conclusion suit-elle nécessairement ? C’est la question analysée dans les lignes qui suivent.

Problème planétaire

Les études scientifiques montrent que le réchauffement climatique en cours résulte surtout de l’usage des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) depuis l’avènement de l’ère industrielle. Il s’agit d’un problème planétaire puisque les GES, une fois émis, contribuent au réchauffement climatique, quelle que soit leur origine géographique. Le problème est majeur, car les énergies fossiles fournissent 75 % de la consommation mondiale d’énergie. Les émissions de GES associées aux énergies fossiles proviennent de l’usage de ces dernières, c’est-à-dire de leur consommation. Les énergies fossiles sont produites pour répondre à cette demande. C’est la baisse de la consommation qui entraînera la réduction des émissions.

L’interdiction ou la baisse mandatée de la production de pétrole au Québec aura très peu d’effets sur le niveau global des émissions de GES à l’échelle mondiale puisque la consommation québécoise de produits pétroliers ne sera pas affectée : les Québécois continueront de consommer du pétrole extrait ailleurs. La dégringolade actuelle du prix du pétrole, causée par la surabondance de l’offre, nous indique que les réserves pétrolières ne sont pas sur le point de s’épuiser. C’est la consommation des produits pétroliers qui doit être directement visée pour réduire les émissions de GES.

L’instrument politique choisi par le gouvernement du Québec pour réaliser l’objectif de réduction des émissions de GES est la participation au marché des permis d’émission de GES créé par la Californie. Il y a un prix associé aux émissions de GES et ce prix est transmis aux consommateurs. L’existence d’un tel marché assure la cohérence des décisions pour l’ensemble des participants. Ce marché a été instauré par le gouvernement du Québec, et sa responsabilité première est de s’assurer que toutes les émissions ayant lieu sur son territoire sont prises en compte. La production et le transport de pétrole doivent être soumis aux mêmes règles. Une intervention spécifique dans ces secteurs indique soit une faiblesse du cadre réglementaire, soit la présence d’une décision arbitraire.

11 commentaires
  • Alain Lavallée - Inscrit 28 décembre 2015 08 h 18

    Les incohérences du gouv. Couillard: Anticosti et Energie Est

    En somme, vous tracez les incohérences des grands énoncés du P.M. Couillard à Paris.

    Soit d'interdire le développement d'Anticosti est incohérent dans le cadre actuel, puisque de toutes façons le Québec consommera du pétrole. D'accord , c'est très juste. En fait si jamais le Québec produisait son pétrole cela pourrait même contribuer à faire diminuer les GES puisque il diminuerait ses importations (donc diminuerait les GES émis lors du transport du pétrole importé).

    De plus le refus de soumettre le projet de pipeline d'Energy East est incohérent... À quoi servirait d'éliminer toute notre production de GES actuelle émise par le transport auto-camion-etc... si on se fait le complice convoyeur du pétrole le plus polluant de la planète... les GES seront émis ailleurs sur la planète et ceux-ci n'ont pas de frontières.
    Pour être un tant soit peu cohérent le gouv COuillard doit soumettre le projet de pipeline Energie Est à l'évaluation de la production de GES

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 décembre 2015 13 h 49

      « si jamais le Québec produisait son pétrole cela pourrait même contribuer à faire diminuer les GES puisque il diminuerait ses importations »

      20% de moins d'émission dans le cas de gaz naturel produit ici en comparaison de celui importé de l'Ouest canadien, qui, en plus, contient plus de CO2 a extraire que celui du Québec.

      « À quoi servirait d'éliminer toute notre production de GES actuelle émise par le transport auto-camion-etc... si on se fait le complice convoyeur du pétrole le plus polluant de la planète »

      La complicité n.est pas dans la production mais bien dans la consommation. Notre complicité n'a jamais autant sa pleine envergure lors qu'on se dits mieux intentionné en n'utilisant pas nos propres ressources, mais consommons à qui mieux-mieux celles des autres. Ce qui est de la pure hypocrisie pour cacher notre véritable motivation qui est celle du pas dans ma cour (qui implique que nous nous foutons de celle des autres)

  • Alain Lavallée - Inscrit 28 décembre 2015 08 h 27

    Une autruche qui s'enfonce la tête dans les sables bitumineux ?

    Puisque vous écrivez """La production et le transport de pétrole doivent être soumis aux mêmes règles."""

    Dans le cadre où le gouv. Couillard jusqu'à maintenant refuse de tenir compte des émissions des GES qui se feraient dans le cadre de l'exportation de pétrole des sables bitumineux (via oléoduc), est-ce que cette décision équivaut somme toute au comportement d'une autruche que s'enfonce la tête dans le sable (bitumineux) ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 décembre 2015 14 h 01

      Il n'y a pas de refus de tenir compte des émissions de la production, celle-ci est comptabilisé au niveau nationnal.

      Mais, à la base, c'est une manière de injuste de répartir la responsabilité des émissions. Cette responsabilité se doit de retomber dans un futur proche sur ceux qui en font la consommation finale, car pas de consommation finale = pas de production.

      Et monsieur Bernard ici fait le contraire de la proverbiale (et fausse) ''autruche tête dans le sable'' et dit bien:

      « C’est la consommation des produits pétroliers qui doit être directement visée pour réduire les émissions de GES »

      Ce qui est la seule action qui mène à une véritable réduction de GES.

  • Claude Bariteau - Abonné 28 décembre 2015 08 h 40

    Se nourrir par rejet est impossible

    Pour Couillard et son gouvernement, seule la consommation du pétrole compte. La production et le transport qu'elle implique ne saurait être prise en compte. Or, celui qui consomme alimente les deux autres activités. C'est tellement vrai qu'à ne pas consommer un produit transporté sa production baissera et son transport sera inutile.

    Or, pour s'enrichir avec la Bourse du pétrole, ce gouvernement fait pression et plus encore pour extraire du calcul la production et le transport qui alimentent l'usage du pétrole au Québec, niant que quiconque s'alimente en pétrole active une production de biens en conséquence que les transporteurs livrent.

    C'est facile à comprendre. Un changement dans la consommation (usage de l'énergie électrique plutôt que le pétrole) haussera directement la production de cette énergie et son transport, aussi celle des appareils qui entrent dans la consommation de cette énergie.

    Monsieur Bernard a raison. Il serait arbitraire d'extraire la production et le transport dans le calcul, ce qu'il est facile de mettre en relief. Pire. Il est ridicule d'en imaginer un dont la finalité demeure la production et le transport d'énergies fossiles reconnues comme la cause principale de la hausse des GES à l'échelle planétaire.

    Vraiment, le premier ministre Couillard dit blanc quand il s'alimente de noir, voulant peut-être que le « dire » ait priorité sur le « faire » dans un univers où le faire est ce qui entre dans les calculs.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 28 décembre 2015 13 h 47

      Il faut donc taxer l'essence à la pompe suffisamment pour que les gens reconsidèrent le fait d'avoir une voiture, ou prévoient minutieusement leurs déplacements.

      Investir l'argent des taxes recueillis pour favoriser l'achat de voitures électrique...

  • François Beaulé - Inscrit 28 décembre 2015 10 h 33

    Voir plus loin que le marché

    L'incontournable nécessité d'une diminution radicale des émissions de GES impose une très forte diminution de la production des combustibles fossiles autant que de leur consommation.

    Les sables bitumineux ne sont pas une source convenable de pétrole puisque leur exploitation est associée à de plus fortes émissions de GES mais aussi à d'intenses rejets d'autres polluants dans l'atmosphère et dans les eaux (comparativement à d'autres sources de pétrole).

    Puisque la production de pétrole doit diminuer, la croissance de l'exploitation des sables bitumineux doit cesser en priorité. Et ensuite cette exploitation devra diminuer. Il n'est pas assuré que les entreprises exploitant les sables bitumineux aient saisi pleinement les conséquences de la diminution obligatoire de la consommation et donc de la production de combustibles fossiles. Plus cette consommation diminuera --et elle doit diminuer selon le consensus manifesté par l'Accord de Paris-- moins la production de pétrole avec des sables bitumineux ne sera rentable.

    Les gouvernements doivent prévoir l'avenir et le déterminer et non pas attendre que le marché réagisse tardivement. Le rejet du pipeline Énergie Est est une façon parmi d'autres d'indiquer aux entreprises que la continuation de la croissance de l'exploitation des sables bitumineux serait une erreur.

    Dans le dossier de l'île d'Anticosti, la décision à venir du gouvernement Couillard concerne d'abord la cessation d'investissements publics dans l'exploration du sous-sol de cette île. Le gouvernement évalue maintenant que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Ce gaspillage de fonds publics doit cesser.

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 décembre 2015 10 h 53

    Et les jobs, mmmmmmm ?

    Une fois intallé, l'oléoduc créera pour son maintien 33 jobs au Québec.

    Hé, un peu de respect, là, on rit pus!!

    • Yves Corbeil - Inscrit 28 décembre 2015 15 h 44

      Pour atteindre les 250000 jobs promis par Couillard ça va en prendre des tuyaux de bord en bord du Québec et des bateaux sur le fleuve. Faut pas non plus oublié le plan mort.