L’autre dimension de l’Accord de Paris

L’exploitation des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray en Alberta risque d’être freinée par la diminution de la consommation des énergies fossiles.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne L’exploitation des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray en Alberta risque d’être freinée par la diminution de la consommation des énergies fossiles.

Dans leur allocution des dernières heures de la conférence climatique de Paris, le président de la conférence, Laurent Fabius, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et le président français, François Hollande, ont tour à tour parlé de « notre responsabilité face à l’histoire », d’un « accord pour une meilleure planète » et d’un « acte majeur pour l’humanité ». Ces discours solennels sont-ils exagérés ?

Sous plusieurs aspects, l’Accord de Paris constitue un tour de force. Il durcit l’objectif à long terme visé par les précédentes décisions de la Conférence des parties en réaffirmant la nécessité de contenir le réchauffement de la température mondiale moyenne « bien en deçà » des 2 degrés Celsius par rapport à l’ère préindustrielle, et de s’efforcer de limiter ce réchauffement à 1,5 °C.

Pour apprécier le niveau d’ambition de cet objectif, rappelons que l’Organisation météorologique mondiale s’attend à ce que la moyenne de l’année 2015 soit déjà 1 degré plus élevée que la moyenne 1850-1900. La marge est mince, sachant qu’il faudra fortement réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 afin d’éviter qu’un deuxième degré s’ajoute à cette augmentation. Respecter le seuil du 1,5 °C signifie essentiellement l’arrêt de la consommation des énergies fossiles le plus rapidement possible d’ici la moitié du siècle.

Au-delà des objectifs quantitatifs

Parmi les nombreuses dispositions de l’Accord de Paris, ce sont ces aspects quantitatifs qui marquent le plus l’imaginaire. Or ces objectifs ne sauraient être atteints sans un effort mondial appuyé par un véritable cadre institutionnel chevauchant les niveaux local, national et international de la gouvernance climatique.

C’est peut-être à cet égard que l’Accord de Paris est le plus significatif : à la suite des précédentes tentatives plus ou moins concluantes, comme le protocole de Kyoto, l’accord met en place une architecture institutionnelle qui déterminera largement le modèle économique, le rôle de l’État et même la qualité de vie à l’avenir. Les institutions, rappelons-le, sont productrices de normes et de règles et jouent un rôle crucial dans la régulation des pratiques sociales, économiques, politiques. L’Accord de Paris trace la voie à cette nouvelle architecture institutionnelle de plusieurs manières.

Le meilleur exemple est sans doute les « contributions nationalement déterminées » (CND) que chaque État devra produire tous les cinq ans. Les méthodologies retenues pour calculer les émissions, pour les déclarer et les comparer seront élaborées par les experts du GIEC, l’instance scientifique reconnue en la matière. Ces engagements concerneront bien sûr la cible de réduction des émissions nationales (dont l’ambition devra augmenter à chaque période d’engagement), mais aussi les stratégies pour atteindre les cibles, les initiatives d’adaptation au changement climatique et l’appui financier aux efforts des pays en développement.

Dans le paysage pour longtemps

Ces CND feront partie du paysage politique pour longtemps. Elles forceront les États à réfléchir à leurs politiques publiques en matière d’énergie, de transport, d’agriculture, d’aménagement du territoire, etc. Elles seront aussi harmonisées au niveau international, mais différenciées, c’est-à-dire que les pays en développement pourront élaborer leurs engagements en fonction de leurs « capacités respectives » et des « situations nationales ». Cela n’est pas anodin : il y avait longtemps que les pays développés tentaient d’enrôler les pays en développement — surtout les plus industrialisés — dans l’effort global de réduction des émissions. Voilà en quoi l’Accord est « universel ».

Les mécanismes institutionnels liés au financement des efforts des pays en développement par les pays développés sont nombreux dans l’accord. Leur financement devrait atteindre 100 milliards USD par année à partir de 2020 et être augmenté par la suite. Les initiatives d’adaptation aux changements climatiques, de transfert de technologies, de renforcement des « capacités » recevront l’appui du financement climatique qui sera notamment canalisé par le Fonds climatique vert mis sur pied à la COP16 de Cancún.

Autre piste intéressante du point de vue institutionnel : l’Accord appelle la création d’une « chambre de compensation » pour le transfert de risque qui sera opérationnalisée dans les prochaines conférences. Le transfert de risque dont il est question ici s’apparente à un dispositif assurantiel pour couvrir les dégâts liés aux changements climatiques, un enjeu que les pays insulaires ont réussi à imposer à l’agenda des négociations.

Les marchés du carbone déjà constitués dans le monde trouvent aussi une certaine résonance dans le texte de l’Accord, alors que de nouvelles dispositions sont prévues pour leur mise en place.

Moment historique

Osons une analogie. À la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, les nations victorieuses ont négocié un plan de relance de l’économie mondiale qui a, à terme, donné lieu aux institutions politiques et économiques internationales. Malgré leurs insuffisances, ces institutions ont constitué les principes centraux de la régulation internationale des soixante dernières années.

Les dérèglements climatiques constituent l’enjeu du siècle. Une grande volonté politique est nécessaire pour y faire face, notamment pour abandonner les énergies fossiles. Bien que les solutions technologiques soient en cela utiles, elles ne peuvent se substituer à une structure institutionnelle solide contribuant à redéfinir les règles du jeu économique, social et politique autour des émissions de gaz à effet de serre. D’un point de vue sociologique, l’Accord de Paris apparaît comme un jalon majeur dans la construction de ce projet.

9 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 14 décembre 2015 06 h 55

    Pipeline et transition énergétique

    Dans ce nouveau contexte, maintenant incontournable, une infrastructure telle le pipeline projeté dans le fleuve Saint-Laurent devient un non-sens économique et logique (en plus d'un contre-sens environnemental). Car ces installations ne serviront plus à rien à peine 25 ans après leur construction et ne pourront donc pas être rentabilisées.
    Le train, lui, est déjà moins problématique pour effectuer la transition. Les rails pourront toujours transporter autre chose, une fois que nous serons débarassés du pétrole.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 décembre 2015 07 h 32

      "Pour le réputé scientifique James Hansen, qui a travaillé au GIEC et à la NASA, l’accord international est tout simplement une « fraude », puisqu’il se contente de « promesses », mais sans « actions » suffisantes pour éviter le naufrage climatique. « Tant que les combustibles fossiles continueront d’être la source d’énergie la moins chère, ils seront brûlés », a d’ailleurs souligné M. Hansen. Ce dernier a déjà fait valoir que si le Canada continue d’exploiter les sables bitumineux, il sera impossible de lutter contre les bouleversements climatiques qui menacent l’avenir de l’humanité."

      Tiré de : http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

      M. Hansen exagère sans doute lorsqu'il parle de "fraude" - fixer des objectifs a une valeur même si les moyens prévus pour les atteindre ne sont pas prévus dans l'accord, à chacun de trouves ses moyens et il est clair que le moyen est d'éliminer le plus rapidement possible l'utilisation d'énergies fossiles.

      Ceci dit, comment concilier les belles paroles du Canada avec Énergie Est? Dire que ça sera fait de façon "responsable" ne tient pas - la seule façon de le faire "de façon responsable" est de ne pas le faire.

      Et on ne parle même pas ici des risques de déversement dans le Saint-Laurent et notre incapacité déjà connue à faire face à cette éventualité.

      Et on ne tente même pas de répondre à cette objection: "me semble que le gros marché c'est la Chine et l'Inde et qu'on s'y rend plus vite à partir de l'Alberta par la Pacifique que par les Maritimes".

    • Richard Bérubé - Inscrit 14 décembre 2015 11 h 09

      Tout ce projet de changements climatiques est une vaste fraude, combattre la pollution c'est un must, mais le faire à partir d'une supercherie c'est toute une autre paire de manches....il y va ici de notre semblant de liberté....abandonner ces droits de décisions à des tierces parties c'est comme signer un chèque en blanc...un jour il sera trop tard et on ne pourra plus revenir en arrière....c'es épouvantable de duper des gens de la sorte....moi je ne me réjourais pas trop vite...on pourrait avoir de grosses surprises avec ce réchauffement planètaire....

  • Richard Bérubé - Inscrit 14 décembre 2015 08 h 58

    Ce que tout cela signifie!

    De beaux principes, mais qu'est-ce que cela signifiera dans la réalité...la prise en charge de la gouvernance des nations de la terre par un organisme international appelé Nations-Unies....gouverné par des fonctionnaires non élus, et j'imagine avec dans le futur des décisions exécutoires....rattaché au projet onusien Agenda 21 renommé Agenda 2030, soit des dévellopements durables...administration du territoire agricole national par des instances internationales, l'exploitation des richesses naturelles, relocalisations des populations, etc...tous ces projets n'ont qu'un but ultime celui du Nouvel Ordre Mondial que nous chantent ''Ad Nauseum'' les dirigeants de ce monde.... le problème c'est que les gens ne font pas les liens avec tout ce qui se déroule présentement sur la planète, s'ils connectaient les points (dots) ils verraient la vraie image de la réalité....certains le font et réalisent ce qui s'en vient....

    • Benoit Thibault - Abonné 14 décembre 2015 14 h 20

      C'est beaucoup plus que cela.
      Notre petite planète a besoin d'une orchestration que de toute évidence les gouvernements élues ont de la difficulté à faire (élections au 5 ans obligent). Un organime comme les nations unies nous donne le "big picture" nécessaire à prendre acte des conséquences de nos gestes et ... à prendre des décisions éclairées et à assumer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 décembre 2015 15 h 09

      L'ONU est contrôlée par les dirigeants, le plus souvent élus, des pays. Les traités sont signés par les dirigeants, le plus souvent élus, des pays. Ce n'est qu'une délégation. De toute manière, pourquoi faut-il un traité pour bien faire, pour agir de manière éthique?

      Et on dit "ad nauseam". Ce mot est féminin, en latin comme en français.

  • Pascal Barrette - Abonné 14 décembre 2015 14 h 04

    La voie de la victoire

    Paris a décidé le monde à gagner la guerre. Reste à s’entendre sur la stratégie et les armes. Chaque État, chaque secteur, public et privé, chaque institution à tout pallier gouvernemental chérit sa stratégie, son arsenal. Reste à articuler toutes ces tentatives de manière cohérente. On l’a oublié, une des grandes victoires politico-scientifiques internationales a été l’éradication de maladies réputées inexpugnables, telles la variole et récemment, l’ébola.

    Des municipalités vont interdire le sac d’épicerie en plastique. Le substitut existe, le sac en plastique végétal fait uniquement à base d’huile de chardon, ce mal-aimé pépic, solide, non pas recyclable mais compostable. Le maire de Milan va tout vous expliquer. Comment se fait-il que nos maires n’ont pas encore mis la main sur ce sac? Le syndrome du silo, ou traduit autrement, du surtout-dans-ma cour. La voie de la victoire est d'ouvrir sa cour à une même cour, à un même terrain, à une même stratégie. Paris est un bon signal de départ.

    Pascal Barrette, Ottawa

  • Cyril Dionne - Abonné 14 décembre 2015 17 h 38

    La surpopulation

    Comment ne pas demeurer sceptique devant tout ce cirque médiatique. Ceux qui étudient le climat de façon sérieuse vous diront tous qu’un réchauffement de 1 degré Celsius pour la planète, nous sommes en « terra incognita ». Et vous pensez pour une seconde, que l’Alberta va laissez dans son sol, plus de 1 200 milliards d’or noir pour les 35 prochaines années ?

    Et pendant ce temps, personne ne parle du phénomène de la surpopulation, la raison principale des changements climatiques. Imaginez lorsqu’on rajoutera plus de 500 millions de nouveaux consommateurs à l’échelle des démocraties occidentales. Continuons à jouer à l’autruche.

    • Richard Bérubé - Inscrit 14 décembre 2015 19 h 12


      Monsieur Dionne sur cette planète existent des familles très puissantes, connues du nom de Morgan, Rothschild, Rocherfeller etc et j'en passe...ces personnages si vous ne le savez pas contrôlent le planète par l'intermédiaire de bouffons que nous élisons, et que nous pensons choisir...un représentant de 'une de ces famiiles puissantes du nom de David Rockerfeller a payé pour un monument en granite appellé ''The Georgia Guide Stones'' écrit en huit langues et comprenant 10 commendements dont le premier est : Réduire la population mondiale'' si vous vous donnez la peine d'aller sur le web et questionnez le sujet fous pourrez entendre en entrevue ce même Rockerfeller affirmer son désir..voilà règlé le problème de surpopulation...et il y a aussi le fluor dans l'eau potable, et le mais qui contient des gênes spermicides....ne vous inquiètez pas...en passant ces familles riches sont les muppets des vrais dirigeants les ''ARCHONS''