Pour une loi sur la parité

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse honore aujourd’hui des personnes qui, au quotidien, défendent ou font la promotion des droits inclus dans la Charte québécoise des droits et libertés. Je suis de ces lauréats.

Au fil des deux dernières décennies, c’est à l’empowerment [l’autonomisation] politique des femmes que j’ai consacré mes énergies. Avec mes alliés et alliées, j’ai accompagné plusieurs centaines de femmes vers la prise de conscience de leur leadership démocratique. Des dizaines d’entre elles siègent actuellement ou ont siégé comme députées, mairesses, conseillères, voire ministres. Mais que d’efforts pour des résultats toujours décevants !

Alors qu’environ 120 des 193 pays du monde se sont donné des mesures, voire des lois pour favoriser le partage du pouvoir entre les hommes et les femmes, ici, rien n’est fait. C’est sur les épaules des femmes qu’à chaque élection, on remet l’odieux de leur faible progression dans les rangs des élus et élues. Elles ne souhaitent pas se présenter, répondent les partis.

Qui se souvient des recommandations de nos différents directeurs généraux des élections du Québec (DGEQ) depuis plus de vingt ans ? En 2002, 2007, 2010 et 2014, les DGEQ ont suggéré une panoplie de moyens pour favoriser la présence des femmes en politique. Elles sont pourtant toujours peu nombreuses dans les instances. Affirmer que notre système politique est ainsi fait, voilà qui n’explique pas non plus la résistance des partis à des règles susceptibles de rompre les traditions lorsqu’il s’agit de choisir les candidats et candidates.

Il est clair, en 2015, que la clé de voûte de « l’égalité de fait », c’est-à-dire celle ancrée dans la réalité et non plus seulement dans le droit, se trouve dans le partage du pouvoir. C’est pourquoi, dans la foulée du récent avis du Conseil du statut de la femme, une centaine de citoyens et de citoyennes éclairés se sont joints à Pascale Navarro et moi-même pour réclamer la mixité égalitaire. Cette zone de parité, de 40-60 % pour l’un ou l’autre des sexes, urgente dans l’univers politique, l’est aussi dans toutes les instances où se décident le quotidien et le futur de notre société.

Ces signataires de tous horizons souhaitent que le gouvernement du Québec souligne le 40e anniversaire de la Charte en y encadrant la clause sur l’égalité femmes-hommes avec une exigence de représentation des deux sexes aux postes clés.

À travers une lettre envoyée le 1er décembre à notre premier ministre, au ministre des Institutions démocratiques et à la ministre de la Condition féminine, nous exprimons l’urgence que l’évolution de la société québécoise se reflète désormais dans un projet de loi, et qu’elle soit encadrée et dotée de mesures concrètes. Un tel geste de la part de notre gouvernement illustrerait clairement l’avant-gardisme de nos décideurs et décideuses ; il redorerait le blason égalitaire du Québec auprès de ses citoyens et citoyennes, mais aussi sur la scène internationale.

Voici un extrait de notre lettre : « Le partage équitable du pouvoir entre les femmes et les hommes est la clé de voûte de l’égalité. Tant que cette clé de voûte n’aura pas été scellée, la construction de l’égalité des sexes, à laquelle le Québec travaille depuis 60 ans, restera fragile. […] De tout temps, la recherche de la justice a nourri les architectes de la démocratie. Depuis sa naissance dans les agoras athéniennes, la plus impressionnante invention de l’humanité s’est enrichie de principes et de pratiques visant l’inclusion citoyenne. Qu’ils soient anciens ou récents, ces progrès nous rappellent que la démocratie n’est pas achevée. La principale étape à franchir est celle d’une démocratie dans laquelle hommes et femmes ont le même pouvoir. Le Québec, perçu jusqu’à récemment comme avant-gardiste en matière d’égalité, a là une belle occasion de se démarquer. Dans un premier temps, ne pourrait-il pas se joindre au peloton des sociétés avant-gardistes en donnant suite aux recommandations du Conseil du statut de la femme ? »


* Ont aussi signé ce texte: Pascale Navarro, Jean-Pierre Kingsley, Me Marcel Blanchet, Louise Harel, Carole Théberge, Louise Beaudoin, Alain Saulnier, Michel Gervais, Micheline Paradis, Josée Blanchette, Marquise Lepage, Cathy Wong, Michel Umbriaco, Francine Descarries, Sue Montgomery, Béatrice Vaugrante, Martine Delvaux, Dominic Champagne, Marilyse Hamelin, Marie-Ève Sévigny, Mireille Dansereau, Diane Lavallée, Steven Guilbault, Francine Pelletier, Laure Waridel, Éric Bédard, Paul St-Pierre-Plamondon, Jean-François Gingras, Ericka Alnéus, Marie-France Benoît, Elsie Lefebvre, Hélène Bureau, Isabelle Hayeur, Dany Turcotte, Christian Nadeau, Guy A Lepage, Micheline Dumont, Miriam Fahmy, Iolande Cadrin-Rossignol, Kenza Bennis, Sophie Bissonnette, Violette Chauveau, Juliette Ruer, Louise Savoie, Bärbel Reinke, Toula Drimonis, Isabelle Boisclair, Dr Suzanne Lemire, Marie Leclerc, Brigitte Pilote, Louise Dugas, Geneviève Dorval-Douville, Jean-Yves Richard, Angèle Bouffard, Isabelle Vallée, Thérèse Lamy, Johanne St-Amour, Céline Drolet, Charlotte Thibault, Lucie Saint-Gelais, Micheline Leduc, Myrlande Pierre, Raymonde Lapointe, Francine Gagnon, Delphine Lafrance, Suzanne Aubry, Nathalie Goulet, Geneviève Rioux, Chantal Bayard, Fréderic Simard, Catherine Doré, Romy Bolduc, Roxanne Lachance, Laetitia Garneau, Alys Ouellet, Émilie Saunier-Talbot, Rosalie Dumont, Claudia Lessard, Suzie Miron, Hélène Gagnon, Liliane Côté, Colette Lens, Éric Fourlanty, Dominique Décarie, Sylvie Dupond, Lyne Robert, Jeanne Robert-Huet, Élise Robert-Huet, Pierre Huet, Anne-Marie Gill, Marie-Christine Laroche, Nathalie Quévillon, Carole Delagrave, Marie-Hélène Panisset, Audrey Murray, Geneviève Pettersen, Josée Goudreau, Myriam Bouchard.
5 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 10 décembre 2015 08 h 44

    C'est large...

    Je trouve le principe de la mixité excellent, absolument souhaitable dans une société avancée comme la nôtre (dans toute société, en fait, idéalement) mais ça ne fait pas un peu beaucoup de l'exiger par une loi dans «TOUTES les instances où se décident le QUOTIDIEN et le FUTUR de notre société» ? J'aimerais plus de précisions...

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Pierre Marcotte - Inscrit 10 décembre 2015 08 h 53

    Bref, si je comprends bien:

    Madame Hémond veut légaliser et institutionnaliser la discrimation positive. Elle veut que des personnes soient mises dans des postes d'influence en prenant pour facteur d'embauche leurs organes génitaux.
    Je suis tout à fait pour l'égalité des chances et j'aimerais beaucoup voir plus de femmes en politique. Cependant, une Loi contragnant les autorités à choisir un/une candidat/candidate en fonction du genre n'est pas acceptable.
    Comme à chaque fois qu'une telle lettre est proposée dans les médias, l'auteur ne donne aucune suggestion quant à l'application pratique d'une telle demande. On lit beaucoup de beaux principes, de belles idées d'égalité (et tant mieux) mais bien peu de concret et de pragmatique. J'aimerais voir ce que Mme Hémond a à proposer en termes de projet de Loi, quelle tournure de phrase possible pourrait être socialement acceptable ET passer le test de la Charte des droits et libertés canadienne.

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 10 décembre 2015 11 h 26

    L'incohérence d'une élue

    Extrait, LeDroit, 10 décembre 2015

    La conseillère gatinoise Sylvie Goneau s'est attaquée au conseiller Richard Bégin, mardi, en l'accusant de ne faire aucun effort pour s'assurer que la gent féminine est bien représentée au comité consultatif d'urbanisme (CCU) qu'il préside.

    Mme Goneau reproche à M. Bégin d'avoir nommé que des hommes dans les postes nouvellement vacants au CCU. «J'ai de la difficulté à croire que quand on cherche un simple citoyen pour un poste, qu'il n'y avait pas au minimum une femme capable de représenter les simples citoyens à ce comité, capable de lire des documents et de porter la vision de la Ville», a lancé Mme Goneau au terme de la séance du conseil municipal.

    Sylvie Goneau n'a pas tardé à être mise devant ses propres contradictions par ses adversaires politiques. «Elle verse des larmes de crocodile, a relancé le maire Maxime Pedneaud-Jobin, mercredi matin. Ce qui m'agace, c'est que Mme Goneau est présidente du comité consultatif agricole depuis deux ans et elle est encore la seule femme qui y siège. Elle n'a rien fait pour tenter de corriger cette situation.»

    «Elle verse des larmes de crocodile. Ce qui m'agace, c'est que Mme Goneau est présidente du comité consultatif agricole depuis deux ans et elle est encore la seule femme qui y siège. Elle n'a rien fait pour tenter de corriger cette situation.» Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

    Mme Goneau a indiqué que c'est Québec qui est responsable des critères de nominations pour sa commission et que l'Union des producteurs agricoles nomme aussi deux membres pour lesquels elle affirme n'avoir pas un mot à dire.

    Vérification faite, Mme Goneau pourrait, si elle le souhaitait, améliorer la représentation des femmes au sein de sa propre commission.

    L'article 148.3 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme précise qu'il revient à la Ville, donc la commission, de nommer la majorité de ses membres selon des critères dictés par Québec.

    Rien ne l'empêche de nommer des fem

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2015 13 h 18

    Qu'est-ce qu'on fait des Autochtones Mme Hémond. Parce qu'on ne les traitent pas encore comme des citoyens à part entière dans notre beau Québec.

  • Gilbert Turp - Abonné 11 décembre 2015 09 h 12

    La loi est nécessaire

    Si on veut agir sur le réel, il faut une loi. Claire, nette, visant le bien commun et universelle dans ses applications.
    Toute l'histoire moderne du Québec l'indique : à chaque conflit ou débat important au Québec, quand on a fait une loi, on a avancé collectivement ; quand on n'en a pas fait, la paix sociale a reculé.