Régis Labeaume, fossoyeur du patrimoine

Depuis que le maire Labeaume est au pouvoir, les silos à granules et les blocs Legos sans âme fleurissent à Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Depuis que le maire Labeaume est au pouvoir, les silos à granules et les blocs Legos sans âme fleurissent à Québec.
Ce texte a été lu lundi soir lors d’une soirée funèbre dénonçant la démolition du Centre Durocher à Québec.

Monsieur le Maire, vos électeurs, pour la plupart issus de la banlieue, se plaisent à répéter que vous êtes un homme d’action. Enfin, avec vous, « les affaires bougent », comme on dit, « la ville avance ». Il faut vraiment être mal informé pour le croire.
 

Depuis que vous êtes au pouvoir, Québec est en voie de devenir la Beyrouth du patrimoine bâti. Tout est jeté en pâture aux promoteurs immobiliers. En huit ans de règne, on ne compte plus les destructions, de la Grande-Allée à Sillery, du Vieux-Québec à Limoilou : églises, monastères, maisons victoriennes, grands domaines, centres communautaires, paysages urbains ou naturels, défigurés par des silos à granules ou remplacés par des blocs Lego sans âme — hontes architecturales, grossières et sans âme. Un tel laisser-aller que la démolition de l’Église Saint-Joseph en 2012 n’a légué à Saint-Sauveur qu’un immense trou, marais huileux dans lequel nous pataugeons depuis trois ans. Descendez donc la côte, de temps en temps, Monsieur le Maire, promenez-vous au centre-ville, pour constater les horreurs que vous autorisez, et que vous ne sauriez tolérer dans votre propre rue.

Chaque fois, vous n’opposez qu’une réaction : la transaction, du domaine privé, ne concerne pas la Ville. Cette déresponsabilisation, venant d’un maire aussi ivre de pouvoir, serait risible si elle ne trahissait votre talon d’Achille : votre désintérêt, pour ne pas dire votre ennui, à l’égard d’un urbanisme que devez servir, et face auquel vous êtes blasé — lamentablement incompétent.

En 2015, les grandes capitales du monde savent comment « faire du neuf avec du vieux », marier l’innovation urbaine à la conservation du patrimoine. Simple question de vision et de courage politique. En matière de PPU, pas un iota d’imagination ne vous anime. Et les promoteurs l’ont bien compris : ils n’ont qu’à vous souffler le mot « amiante » à l’oreille pour que vous signiez l’autorisation de démolir.

En 1888, la Halle Saint-Pierre (qui correspond au quadrilatère que vous vous préparez à démolir) était déjà le coeur social et communautaire de Saint-Sauveur. En 1947, après l’incendie du marché public, il apparaît essentiel au maire Lucien Borne de maintenir la vocation récréative et rassembleuse du quartier : plus qu’un simple édifice, le Centre Durocher devient le monument de la vie collective, le noyau d’une population modeste à qui, traditionnellement, on ne fait jamais de cadeau. Que votre administration se dédouane par la construction de logements sociaux n’empêchera pas le projet de renier sa vocation communautaire : où se rassembleront les gens du quartier, Monsieur le Maire ? Dans les tavernes environnantes ? À leur place, feriez-vous vraiment deux kilomètres à pied pour aller chercher vos livres à la bibliothèque Gabrielle-Roy ? Évidemment, non. Vous êtes le maire de la voiture.

L’histoire se souviendra de vous comme du fossoyeur de notre patrimoine, qui avait entre les mains une ville du patrimoine mondial de l’UNESCO, et qui en a fait un petit Brossard, cerclé d’autoroutes et de centres commerciaux. Il est des moments, même, où je m’ennuie de Gilles Lamontagne. C’est dire.

À voir en vidéo