Le pouvoir n’a pas de sexe

Mesdames, Messieurs,

Selon vous, l’égalité entre les hommes et les femmes est une valeur fondamentale de la nation québécoise. Or, force est de constater que la politique d’austérité menée par le gouvernement Couillard dément scandaleusement ce qui semblait être au coeur de vos préoccupations. En effet, 75 % des employé(e)s du secteur public, la majorité des familles monoparentales et des bénéficiaires des soins aux personnes âgées ou résidant en CHSLD sont des femmes. En 2015, une femme autochtone a plus de chances de mourir d’une agression que de maladie.

Ce seront donc les femmes, employées ou bénéficiaires, qui feront les frais des demandes patronales exigées par Québec à la fonction publique. Ces politiques néolibérales ne font qu’accentuer l’inégalité économique et sociale déjà existante entre les hommes et les femmes, la pire de toutes.

Comment expliquer qu’au moment où les femmes deviennent de plus en plus nombreuses à obtenir des diplômes universitaires, il faille sans cesse se battre pour les voir reconnus à leur juste valeur ? Comment ne pas voir l’énorme écart de salaire entre médecins spécialistes et généralistes, ces derniers étant de plus en plus… des femmes ?

Comment ne pas faire le lien entre l’espérance de vie grandissante des femmes et le recul de l’âge de la retraite ? Comment ne pas s’indigner du sort des femmes au terme de leur vie ? Privées de leur dignité la plus élémentaire, alors qu’elles ont non seulement peuplé le Québec de leurs nombreux enfants, mais ont contribué à l’évolution fulgurante de notre société grâce à leurs nombreux sacrifices et leur ingéniosité. Comme preuve de reconnaissance, on a vu mieux.

Comment ne pas voir un lien entre les coupes infligées aux organismes communautaires et l’appauvrissement des familles dont pas moins de 50 % sont à la charge de femmes monoparentales ?

Les propos en faveur de la parité exprimés par Julie Miville-Dechêne [présidente du Conseil du statut de la femme] : de la poudre aux yeux face aux coupes imposées tous azimuts dans la fonction publique ? L’Histoire nous montre que le pouvoir n’a pas de sexe et qu’il s’exerce de la même façon, que l’on soit un homme ou une femme.

Au Québec, en 2015, on observe une détérioration probante des conditions socio-économiques des femmes issues des classes moyennes et défavorisées. Dire que l’augmentation des femmes au pouvoir améliorera le sort des autres femmes relève donc de la même idéologie néolibérale à propos de la création de la richesse. Cette dernière ruisselle-t-elle du plus riche au plus pauvre par un effet d’entraînement sans cesse annoncé, tel un messie économique ? Réclame-t-on la parité pour perpétuer un modèle de politique machiste et paternaliste ou pour bâtir une société plus juste ?

Enfin, faut-il penser :

Que dans tout homme au pouvoir sommeille un misogyne patenté et, qu’après tout, 10 ans passés en Arabie saoudite, ça laisse des traces ?

Que toute femme au pouvoir n’est qu’une arriviste insensible au sort ses consoeurs, uniquement soucieuse de son image et de sa carrière personnelle ?

À quoi sert le Conseil du statut de la femme s’il reste silencieux en ce moment où le sort des femmes est aussi menacé ?

Au-delà de la parité, nous voulons au gouvernement des êtres humains, tous genres confondus, au service du bien public et non des technocrates opportunistes prêts à détruire une société entière pour leur bien-être personnel.

Mal baisées en 1975, mal payées en 2015, nous sommes plus de la moitié du genre humain et de l’électorat québécois : des femmes rejetant l’austérité gouvernementale imposée à leurs dépens.

9 commentaires
  • Johanne St-Amour - Inscrite 24 novembre 2015 08 h 23

    Attention!

    Madame Migraine,

    Le pouvoir n'a pas de sexe, vraiment? Force est de constater qu'un des pays les plus égalitaires est majoritairement dirigé par des femmes: la Suède. La Suède qui n'a même pas eu besoin d'imposer des quotas pour une parité puisque les femmes depuis des années ont investi le pouvoir.

    Mais, la parité vise avant tout à réparer une injustice flagrante : soit que les femmes sont trop souvent laissées de côté dans l'exercice du pouvoir, les hommes bénéficiant de quotas officieux comme le dit si bien Drude Darelhup, professeure à l’Université de Stockholm, auteure de la première étude mondiale sur l’utilisation des quotas. Et ce, d'autant plus que maintenant, les partis politiques reçoivent davantage d'argent des gouvernements, ils se doivent d'être davantage équitable.

    Je ne suis donc pas du tout d'accord avec vous lorsque vous semblez exiger une superperformance des femmes, et d'en faire une exigence à l'exercice de leur pouvoir. On demande toujours plus aux femmes! C'est au système inéquitable qu'il faut s'attaquer et les hommes sont aussi redevables que les femmes.

    Par ailleurs, les coupes sauvages du gouvernement libéral dont vous parlez, vous n'êtes sûrement pas sans savoir que le Conseil du statut de la femme en a été largement victime ces dernières années. Également Julie Miville-Dechêne, sa présidente a dénoncé les impacts négatifs de l'austérité sur les femmes, particulièrement les tarifs de garderie et l'accessibilité aux soins de santé.

    Je comprends votre hargne, mais encore faudrait-il cogner sur les vrais responsables et sur les systèmes discriminatoires! Vous gagneriez à vous informer sur la question de la parité aux instances.

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 novembre 2015 13 h 46

      La Suède applique des quotas électoraux. Ce sont des quotas volontaires mis en place par tous les partis politiques, mais ce sont des quotas quand même.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 novembre 2015 14 h 09

      Mme St-Amour,parité ou non,faut etre liberal pour ne pas voir l'iniquité de ce gouv.Couillard-Coiteux-Hamad ou encore faire parti des Chambres de Commerce.Enrichir les riches et appauvrir les pauvres,pour réduire les impots des premiers;gouv.machiste sans coeur ,presqu'inhumain brulant tout sur son passage. Usque tandem abusera-t-on de nous,de notre patience,de nos coeurs.Épuisant tout cela mais la résilience on connait....... J-p.Grisé

    • Johanne St-Amour - Inscrite 24 novembre 2015 20 h 18

      M. Auclair,

      Selon Marianne Meunier du journal La Croix, «En Suède, la parité au gouvernement, avec 13 femmes sur 24 ministres, est en œuvre depuis dix ans. Sans quotas.»

      La parité est inscrite, maintenant, dans les «moeurs», si on peut dire. Ainsi, l'auteur mentionne que présenter autant d'hommes que de femmes dans les partis «est peu à peu devenue la norme et, aujourd’hui, il est politiquement incorrect en Suède d’afficher une liste de candidats à dominante masculine. Ainsi le parlement, le Riksdag, compte-t-il 45 % de femmes. La proportion s’élève à 41 % pour les assemblées des communes ainsi que pour les conseils généraux.»

      Et l'auteur spécifie: «Mais à remonter la chaîne des causes et des effets, les partis politiques ne sont pas l’unique source de cette parité au gouvernement et dans les assemblées en Suède. Il faut aussi prendre en compte les combats féministes, la loi sur l’égalité des sexes (pour l’accès à l’emploi entre autres), l’importance du congé parental (480 jours au total pour les deux parents, dont 60 jours doivent être obligatoirement pris par le père).»

      http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Parite-en-

    • Johanne St-Amour - Inscrite 24 novembre 2015 20 h 31

      M. Grisé,

      Je n'ai jamais dit que j'endossais l'austérité du gouvernement Couillard. Au contraire, je déplore, à chaque jour, cette politique de Philippe Couillard qui a bien caché son jeu pendant les élections. Et étant féministe depuis toujours, je connais parfaitement bien la situation des femmes et également des personnes vulnérables.

      Ma réplique à Mme Migraine concerne sa compréhension de la parité. Contester les politiques sauvages de Philippe Couillard ne doit pas empêcher de vouloir la parité, parce que la parité est une question d'équité des genres!

    • Jacques Patenaude - Abonné 24 novembre 2015 21 h 40

      On aimerait quand même que les femmes au pouvoir agissent autrement et défendent d'autres politiques que celles qu'elle endossent en se taisant présentement. Manifestement oû elles n'ont pas de poids dans ce gouvernement oû elles sont d'accord. C'est bien beau la parité, j'en suis, mais si c'est pour qu'elles endossent sans broncher les mêmes politiques que celles qui attaquent les femmes ça change quoi au juste? On espérerait au moins qu'elles tentent d'atténuer ces monstruosité sinon à quoi ça sert la parité sinon cautionner les pires attaques que les femmes subissent présentement.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 25 novembre 2015 13 h 38

      Et pourquoi M. Patenaude, ne pas demander la même chose aux hommes? Avez-vous tellement perdu confiance en eux?

      La parité ne doit pas se jouer sur des exigences différentes pour les femmes et les hommes, elle doit être inconditionnelle! Par ailleurs, si je me fie aux résultats obtenus dans les pays les plus paritaires au monde, ils sont aussi les pays les plus égalitaires et les pays qui ont un indice de développement humain très élevé.

  • Michel Camus - Abonné 25 novembre 2015 21 h 28

    Parité oui : étape nécessaire mais non suffisante

    Madame St-Amour, madame Migraine ne critique pas la parité mais que cet idéal publicisé serve de drapeau ou plutôt de couverture apparente pour distraire et continuer de miner les conditions de vie des femmes en particulier. Au fond, nous semblons tous d'accord sur le fond mais vous semblez signifier que madame Migraine critique la parité en soi. Je n'ai pas lu son article de cette façon. Puis-je vous suggérer candidement de relire son propos?
    - «Le pouvoir n'a pas de sexe» ne signifie pas, ici, que le pouvoir n'est pas dominé par les hommes et par leurs intérêts. J'entends plutôt madame Migraine déplorer que la partisanerie et les intérêts socio-économiques représentés et défendus par le gouvernement dominent et oppriment les intérêts des femmes. Alors, discourir sur la parité hommes-femmes au gouvernement semble cyniquement vouloir détourner notre attention du fait objectif que le gouvernement, et tous ses membres consentants!, attaquent systématiquement les conditions de travail et de vie des femmes principalement.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 novembre 2015 08 h 26

      Justement M. Camus, moi je persiste et j'affirme qu'on peut «exiger» la parité -comme le fait actuellement Lise Payette, Martine Desjardins, Léa Cousineau, Janine Krieber et d'autres - tout en dénonçant les mesures d'austérité et de discriminations envers les femmes.

      On peut discuter de tout ça en même temps! Parce que discuter de parité n'est pas une façon de détourner l'attention de ces discriminations envers les femmes, comme vous l'affirmez! Pas du tout!