Pour passer de la colère au pouvoir

Lise Payette lors du lancement du «Manifeste des femmes», vendredi, à Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lise Payette lors du lancement du «Manifeste des femmes», vendredi, à Montréal

Les femmes, à travers leurs longues luttes en vue d’obtenir des droits qui leur étaient refusés, n’ont jamais envisagé d’enlever des droits aux hommes pour leur permettre de mieux comprendre ce que nous vivions. Aujourd’hui encore, ce n’est pas ce que nous souhaitons. Ce que nous souhaitons, cependant, c’est d’atteindre une égalité réelle entre les hommes et les femmes.

La vérité, c’est que les femmes du Québec sont tannées. Nous sommes tannées d’attendre que les choses s’améliorent. Nous sommes en colère. Nous sommes très en colère quand nous voyons nos acquis grugés par des politiques comptables, quand nous constatons la persistance du sexisme, quand nos priorités ne méritent pas de faire leur place dans une campagne électorale. Avant que la colère ne nous étouffe, nous haussons la voix, nous réclamons notre juste part du pouvoir.

Nous sommes nombreuses, nous sommes jeunes et vieilles, autochtones et immigrantes, nous sommes des villes et des villages, d’abord citoyennes. Nous sommes Québécoises et nous exigeons de partager la direction du Québec, nous voulons en inspirer l’avenir et le nourrir à notre façon. Nous en appelons à tous et à toutes, à ceux qui tiennent les rênes des pouvoirs, à celles qui n’osent pas encore lever la voix et la main.

Indignées, enragées parfois et à juste titre, nous ne sommes ni hystériques ni paranoïaques. Nous avons raison et, je vous l’annonce solennellement, nous sommes là pour rester. Comprenez nos exigences, respectez nos droits, partagez notre vision. Le Québec mérite mieux. Une véritable égalité entre les femmes et les hommes, c’est aussi plus d’équité entre les générations, plus de justice sociale, plus de liberté pour toutes et tous, plus d’humanité. Ce n’est pas un rêve inaccessible. C’est un projet à la hauteur de notre intelligence collective, qui allie le coeur et la raison, qui porte des valeurs fondamentales. Qui ne peut plus attendre. […]

Ce manifeste ne se limite pas à réaffirmer les droits des femmes et à élargir leurs acquis. Québécoises, nous faisons également partie d’un monde en proie aux inégalités, aux guerres, aux urgences climatiques et démographiques, à la violence et à l’inhumanité. Nos préoccupations ont une dimension à la fois planétaire et humaine. Nous pensons à nos enfants et petits-enfants, qui vivront sur une Terre polluée au climat déréglé. En exigeant des mesures réalistes, à la portée d’une société aussi riche que le Québec, nous pensons à eux, à elles. Nous ne luttons pas seulement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous luttons pour plus d’équité, pour l’avènement d’une humanité que l’on tente de nous faire perdre et que nous voulons sauver.

Le temps est venu de prendre toute la place qui nous appartient de droit.

*Lise Payette, Marie Lavigne, Jeanine Krieber, Marie Leahey, Léa Cousineau, Martine Desjardins, Marie-Josée Parent, Geneviève Baril, Janie Beaupré-Quenneville, Marjorie Villefranche, André-Yanne Parent, Françoise Guénette, Mathieu Le Blanc

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5 commentaires
  • Claire Lavigne - Inscrite 21 novembre 2015 06 h 46

    1-2-4 GO!

    Tout simplement: restons debout, face au vent et avançons vêtue de solidarité!
    Claire Lavigne.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 21 novembre 2015 08 h 10

    Oui, mais ... !

    J'en suis et vous appuie. Mais ce manifeste, ce cri de coeur, porterait davantage s'il s'appuyait sur des faits précis et proposait des gestes concrets! Le message me semble embrasser trop large! Je crains qu'il ne laisse sur sa faim monsieur tout le monde! Dommage!

  • Georges Tissot - Abonné 21 novembre 2015 09 h 44

    Combat, oui!

    Bravo, Madame,
    Une égalité réelle! Ce me semble élémentaire, mais comme vous dîtes : “nos acquis grugés par des politiques comptables”; “la persistance du sexisme” ; les “priorités [qui] ne méritent pas de faire leur place dans une campagne électorale.” Et encore. Faut-il étouffer l’ intelligence au nom d’un machisme inintelligent et lâche? Quand les divers monothéismes ne prennent pas officiellement parti de l’ égalité entre les hommes et les femmes; quand on ne donne pas un coup de barre fort et retentissant pour renverser les tendances néfastes de notre histoire humaine -- les inégalités, les guerres, les violences, les pollutions, les totalitarismes, et toutes les iniquités -- je me demande où est la justice et droit? C’est bien une femme qui a refusé qu’un dieu décide à sa place : “Ils veulent que Dieu décide à ma place”, avait-elle répondu à une journaliste qui l’ interrogeait “dans la rue à l’ occasion d’une campagne religieuse contre le droit des femmes de tuer leur foetus au cours des premières semaines de leur grossesse”. Ce que réclamait cette femme “ c’ était l’autorité spirituelle de définir sa propre personne en la dotant du pouvoir de distinguer souverainement le “bien” et le “mal”, et, par conséquent, de proclamer que toute créature serait libre de refuser la délégation de cette haute responsabilité à un tiers divin; et que la dignité de tout être humain se fonderait sur cette puissance inaliénable.“ Est-ce que la personne humaine, homme et femme, est souveraine, égale et libre? Tant de mâles répondent encore “non”. Je m’ associe donc à ce combat pour “une égalité réelle entre les hommes et les femmes” .

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 novembre 2015 18 h 20

    Mme Payette

    Je suis d'accord avec vous et votre problème ira en grandissant comme le nôtre les séparatistes. Si on trouve pas le moyen d'inclure toutes les nouvelles communautés qui se joingne au Québec avec une charte qui permettra leur intégration et non comme la Canadienne qui leur permet de s'installé comme chez eux et revendiqué au nom de leur religion. Et bien si on ne réussit pas ça, on va disparaitre dans le multiculturalisme Canadien qui sert exactement à cela nous noyés dans son melting pot cuturel. Et je crois que la société Québécoise, celle que sa culture différencie du ROC, elle est égalitaire pour tous les hommes, femmes, enfants, races et couleurs, mais elle est LAÏQUE cette société et il faut le préciser pour que ce soit clair ça aussi. Ensembles nous serons forts, individuellement nous disparaitrons.

  • Yves Côté - Abonné 23 novembre 2015 03 h 15

    En deux mots comme en cent...

    ... pour moi c'est "Oui Mesdames !"