Il faut résister à la tentation de la méfiance


Il faut espérer que nos concitoyens musulmans ne seront pas les victimes collatérales d’actes de terreur qui n’ont rien à voir avec eux.
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Il faut espérer que nos concitoyens musulmans ne seront pas les victimes collatérales d’actes de terreur qui n’ont rien à voir avec eux.

Il aura mieux valu attendre avant de se lancer dans l’analyse des événements des derniers jours. Cependant, l’histoire récente nous apprend qu’une haine n’attend pas l’autre. D’ailleurs, les intolérants de ce monde sont déjà bien actifs et prêts à faire de ce drame — qui demande pourtant recueillement, réflexion, nuance et sagesse — une occasion de renouveler un discours raciste et discriminatoire.

Nos premières pensées vont aux familles et aux amis des personnes mortes à Paris. Elles vont aussi à ceux qui ont été témoins des événements et qui en resteront marqués à jamais. Les mots ne suffiront pas, mais le monde, littéralement, vit ce deuil à leurs côtés.

Nos pensées vont également aux familles, aux amis et aux témoins des événements au Liban, au Pakistan, en Irak, au Nigeria, au Kenya et à trop d’autres endroits dans le monde. Nos médias passent plus rapidement sur les horreurs qui affectent ces communautés, notamment parce qu’elles ne sont pas occidentales. Toutes les vies humaines ont pourtant une même valeur. Voilà une difficile illustration des inégalités entre régions du monde et, peut-être, une occasion de réfléchir aux fondements des indignations asymétriques et des tristesses parfois sélectives.

Nos pensées vont aussi aux réfugiés syriens qui affluent, par centaines de milliers, parce qu’ils doivent fuir une violence qu’ils vivent quotidiennement depuis des années. Ce n’est pas malgré le terrorisme que nous devons accueillir ces réfugiés. C’est précisément en raison du terrorisme dont les Syriens sont les premières victimes que ce devoir nous incombe. Il faut résister à la tentation de méfiance et de suspicion à l’égard de ceux qui souffrent pourtant le plus. Il nous faut plutôt tout faire pour nous tenir debout, comme citoyens, contre le mouvement « antiréfugiés » qui tente d’instrumentaliser les événements de Paris pour nourrir une insécurité et un racisme grandissants.

Finalement, nos pensées vont à nos concitoyens musulmans qui, dans les prochains jours, vont — encore — payer de leur dignité et de leur sécurité pour des actes qui n’ont rien à voir avec elles et eux. Certains trouvent le moment opportun pour accuser les Québécoises et Québécois de confession musulmane et leur demander de se « dissocier » publiquement de ces actes de terreur. Or, personne, quelle que soit sa religion, n’a le fardeau moral de dénoncer les gestes de terroristes qui leur sont inconnus et qui les répugnent.

Ces personnes ont les mêmes droits que tous, incluant celui de vivre cette tragédie en silence. Elles vivent le même deuil que tous. Répondre à la haine par la haine ne peut être la voie à suivre. Nous espérons que les citoyennes et citoyens de confession musulmane ne seront pas les victimes collatérales d’actes de terreur qui ont déjà causé beaucoup trop de mal.

Il reste beaucoup à faire. Heureusement, nous avons le temps de prendre des décisions éclairées. En ce moment, l’heure est au deuil, au soutien et à la solidarité.

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