Clauses «orphelin»? Pourquoi pas orphelines?

François Legault disait ce mardi à l’Assemblée nationale : « Le président du Conseil du trésor a surpris un petit peu tout le monde vendredi dernier en proposant ce qu’on croyait, au Québec maintenant, une aberration : des clauses orphelin. Donc, il a offert aux infirmières une baisse de salaire pour les six premiers échelons, donc au moment où ils commencent leur carrière. C’est un coup direct aux jeunes, c’est un manque de vision, et ça s’adresse à ceux et celles qui commencent leur carrière. Donc, au moment où ils fondent une famille, au moment où ils ont besoin de s’acheter une maison, on dit : on coupe dans les salaires des six premiers échelons. »

Des clauses « orphelin » ! Voilà une appellation qui surprend, dont on se demande en vain la signification. La présence d’un adjectif masculin singulier pour qualifier un substantif féminin pluriel ne facilite pas la compréhension. Ce fait ne semble pas avoir embarrassé le chef de la Coalition avenir Québec, M. François Legault, qui a employé cette appellation à quelques reprises au Parlement, ni le premier ministre, ni le président du Conseil du trésor, M. Martin Coiteux, qui l’ont reprise sans sourciller. Il faut noter, à leur décharge, qu’ils ne sont pas les premiers ni les seuls à s’exprimer ainsi. Il y a de quoi s’inquiéter.

À bien y penser, qu’est-ce que l’appellation étrange « clause orphelin » peut bien vouloir dire à un francophone ? La réponse est claire : rien ! Pour le savoir, mieux vaut pour lui s’informer de l’appellation employée par les anglophones dans ce cas. Il apprendra qu’ils parlent d’une orphan clause. S’il consulte ensuite un dictionnaire anglais, il va découvrir que le mot « orphan », au figuré, se dit d’une personne ou d’une chose privée d’un avantage ou d’une protection, contrairement au mot français « orphelin », qui n’a nullement ce sens. Voilà la source de l’anglicisme.

La clause en question dans une convention collective prévoit habituellement un salaire différent en fonction de la date d’embauchage d’un salarié. Ainsi, un nouveau salarié touche un salaire inférieur à celui qui est établi pour un emploi donné. Il en résulte une différence de traitement entre salariés pour un même emploi, soit une disparité. Quoi de plus normal alors que de parler d’une « clause de disparité de traitement » ?

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11 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 13 novembre 2015 00 h 37

    Sources

    « Clause de disparité de traitement », c'est en effet l'équivalent recommandé tant par l'Office québécois de la langue française (dans le Grand dictionnaire terminologique) que par le Bureau de la traduction (dans TERMIUM Plus).

  • Line Gingras - Abonnée 13 novembre 2015 01 h 23

    Sources (précision)

    Mais il est vrai que la banque de terminologie TERMIUM Plus cite elle-même comme source le bulletin de l'ASULF!

  • Yves Côté - Abonné 13 novembre 2015 02 h 58

    Merci...

    Merci de nous secouer les plumes à ce sujet, Monsieur Auclair !
    Vous nous montrez que nous ne sommes pas tous morts, linguistiquement et culturellement parlant bien entendu...

  • Hélène Gervais - Abonnée 13 novembre 2015 06 h 45

    Effectivement ....

    au Salon bleu, ce n'est pas un critère que de bien parler la langue de Molière; les erreurs de français y sont nombreuses. Imaginez-vous quand ils écrivent, cela doit être difficile à comprendre.

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 novembre 2015 08 h 30

    Clause orphelin

    Vous n'obtiendrez jamais qu'on dise, dans la vie de tous les jours, «clause de disparité de traitement»; trop long. Quant au féminin: ce n'est pas la clause qui est orpheline — après tout, M. Coiteux est bien en vie — mais les travailleurs que cette clause concerne, non?

    • gaston bergeron - Abonné 13 novembre 2015 11 h 52

      Ainsi donc, la vie est devenue tellement courte et pressante qu'il faut désormais s'en remettre aux termes les plus courts pour s'exprimer...
      Pitié!