Des arguments sans fondement scientifique

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Mesdames Rail, Molino et Lippman semblent ignorer que le virus du papillome humain (VPH) cause le cancer du col utérin. Un prix Nobel a pourtant été décerné pour cette découverte en 2008. Malgré cela, ces auteures insistent et soutiennent que le Québec devrait cesser d’administrer le vaccin contre le VPH qui a été approuvé et recommandé par presque toutes les organisations médicales d’importance dans le monde entier, y compris l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la Coalition Priorité Cancer et l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

Il nous a été impossible de retrouver le rapport, ni les données, ni les méthodes de l’étude effectuée sur le vaccin anti-VPH par ces auteures, qui publient leur diatribe dans des blogues plutôt que dans des revues scientifiques. Comment alors peuvent-elles prétendre qu’il soit éthique de dénoncer un programme de santé publique sécuritaire et efficace, uniquement sur la base de prétendues anecdotes individuelles et sans la réalisation et la rédaction d’une étude en bonne et due forme, soumise à un examen par les pairs et critiquée par la communauté scientifique ? Ces auteures ont le devoir moral de publier leur soi-disant étude, d’autant plus que cette étude a été financée en 2012 avec 270 000 $ fournis par les contribuables. Mais ces auteures semblent peu familières avec la littérature scientifique, et aucune d’entre elles n’est considérée experte en vaccinologie, en immunologie, en virologie ou en oncologie.

Pourtant, des centaines d’articles scientifiques publiés dans des revues médicales rigoureuses ont démontré que le vaccin contre le VPH, qui a été administré à des centaines de milliers de femmes et d’hommes à travers le monde, est sécuritaire et efficace.

On peut se demander pourquoi Le Devoir publie les opinions de ces auteures une seconde fois étant donné la conséquence potentielle d’une perte de confiance du public dans un programme d’immunisation dont la sécurité a été prouvée. Cela est d’autant plus surprenant qu’il est évident que ces opinions sont fondées uniquement sur des anecdotes et des allégations, et non sur des données scientifiques évaluées par des pairs. L’insistance obtuse de ces auteures sur une interdiction du vaccin est injustifiée et comparable au fait de crier « il y a une bombe » dans un avion en vol.

Sur les tests Pap

Ces auteures font des erreurs de néophytes. Par exemple, elles suggèrent à tort que les tests Pap sont plus efficaces que le vaccin contre le VPH. Le test Pap est une technologie qui a 70 ans, avec un taux d’erreur de 33 à 50 %. Préférer les tests Pap à la vaccination équivaut à dire : « Ne portez pas votre ceinture de sécurité parce que nous avons les ambulances et des hôpitaux, qui ne sont pas trop mauvais. »

Les auteures ajoutent à tort que les tests Pap ont réduit l’incidence du cancer du col. Mais c’est un traitement médical agressif qui est nécessaire pour soigner le cancer dépisté par le test Pap ! Au Québec, de nombreuses femmes doivent vivre plusieurs mois d’anxiété avant de subir une chirurgie, de la radiothérapie ou de la chimiothérapie, le tout avec des effets secondaires graves. De plus, ces traitements sont bien plus coûteux pour le gouvernement que le vaccin, qui pourrait prévenir le traitement. Considérons l’histoire de cette patiente de 28 ans atteinte d’un cancer du col utérin :

« Je suis passée par six traitements de chimiothérapie au carbo/taxol/avastin, puis par six semaines de radiothérapie pelvienne externe et une chimiothérapie supplémentaire à la cisplatine. Ce traitement a eu de fâcheuses conséquences sur mon corps, et j’ai dû prendre un congé de maladie de six mois. Ces traitements ont provoqué le début de ma ménopause et la perte de ma fertilité. »

Les auteures semblent croire que le VPH est limité au cancer du col. Mais il peut aussi causer des cancers de la bouche, de la gorge, de la vulve, du vagin, du pénis ainsi que de l’anus, cancers que le vaccin contre le VPH peut aussi contribuer à prévenir. Ces autres cancers, comme le cancer anal, qui tuent fréquemment, requièrent un traitement médical éprouvant, comme en témoigne une autre patiente :

« Mon cancer a été traité par chimiothérapie (du 5-FU et de la mitomycine C), et j’ai eu 28 traitements de radiothérapie. Les effets secondaires ont été horribles. Après quelques semaines de radiothérapie, la peau autour de mes fesses s’est gonflée et décollée. Les effets secondaires gastro-intestinaux ont commencé : une diarrhée atroce, des spasmes anaux qui me faisaient hurler de douleur. Je vivais un cauchemar. »

Les auteures affirment également que l’on ne peut se fier aux médecins et aux scientifiques du domaine de la santé. Pourtant, des spécialistes des maladies infectieuses, des experts en santé publique et des épidémiologistes continuent d’évaluer quotidiennement les effets indésirables présumés des vaccins.

Les parents ayant des questions au sujet de l’innocuité et de l’efficacité du vaccin contre le VPH devraient en parler avec leur médecin, et s’informer sur des sites Internet crédibles, comme celui-ci. Votre médecin vous expliquera sans doute que la vaccination contre le VPH peut entraîner des conséquences mineures, comme une douleur et une rougeur au site d’injection, et parfois des évanouissements.

Les cancers liés au VPH causent d’immenses souffrances, une détérioration de la qualité de vie et trop souvent la mort. Mieux vaut la prévention primaire que le diagnostic et le traitement. Le vaccin est sécuritaire et efficace pour la prévention de l’infection par le VPH.

*Ont également signé ce texte:

Eduardo L. Franco, DrPH, FRSC, FCAHS ; professeur titulaire et directeur, Département d’Oncologie ; directeur, Division d’épidémiologie du cancer, Université McGill ; Éditeur-chef, Preventive Medicine

Marc Ouellette, Ph.D. FRSC, FCAHS, Chaire de Recherche du Canada, professeur, Département de microbiologie, infectiologie et immunologie, Université Laval

Marc Steben, M.D., président du Réseau canadien de prévention du VPH ; directeur médical, Clinique A, Montréal

Randy Schekman, PhD, chercheur, Howard Hughes Medical Institute ; professeur, University of California at Berkeley ; rédacteur en chef, eLife ; prix Nobel de physiologie ou médecine, 2013

François Boucher, professeur agrégé de pédiatrie à la Faculté de médecine de l’Université Laval ; membre du Comité d’immunisation du Québec

Zeev Rosberger, PhD, chef de service d’oncologie psychosociale-Louise Granofsky et chercheur principal, Institut Lady-Davis de recherche médicale à l’Hôpital général juif ; professeur agrégé à l’Université McGill

Arnaud Gagneur, M. D, Ph.D ; professeur agrégé, Département de pédiatrie, unité de néonatalogie, CHUS, Sherbrooke

Juliet Guichon, professeure agrégée à la Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary

David Scheifele, médecin au BC Children’s Hospital et professeur émérite à l’Université de la Colombie-Britannique

Anne Doig, médecin et professeure à l’Université de la Saskatchewan

Scott A. Halperin, MD, Professor of Paediatrics and Microbiology & Immunology, Head, Paediatric Infectious Diseases, Director, Canadian Center for Vaccinology, Dalhousie University, IWK Health Centre, Halifax, Nova Scotia

Vincent Racaniello, Ph.D., professeur, département de microbiologie et d’immunologie, Columbia University, New York, ancien président de l’American Society for Virology

Vardit Ravitsky, Ph. D., professeure agrégée aux programmes de bioéthique du Département de médecine sociale et préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Gilles Paradis, MD, Strathcona Professor and Chair, Department of Epidemiology, Biostatistics and Occupational Health, McGill University

Catherine Dubé, MD, MSc, FRCPC, gastro-entérologue et responsable de clinique pour le Programme de dépistage du cancer colorectal de l’Ontario, Université d’Ottawa

Samara Perez, candidate au Ph.D. à l’Université McGill, gagnante, bourse d’études supérieures du Canada Vanier, Instituts de recherche en santé du Canada, Montréal

Gilla K. Shapiro, MA (Cantab), MPA, MPP, doctorant au Département de psychologie à l’Université McGill, Montréal

Harriet Richardson, Ph. D., professeure agrégée et directrice du programme de maîtrise de sciences en gestion au Département des sciences de santé publique, divisions NCIC Clinical Trials Group et Cancer Care and Epidemiology, Université Queen’s, Kingston

Lori D. Frappier, Ph. D., professeur au Département de génétique moléculaire de l’Université de Toronto, membre de la Chaire de recherche du Canada en virologie moléculaire, Toronto

Tania Watts, Ph. D, Professor and Sanofi Pasteur chair in Human Immunology, University of Toronto

Christopher Mackie, MD, MHSc, CCFP, médecin-conseil en santé publique au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (FRCPC) et p.-d.g. du Bureau de santé Middlesex-London, et professeur agrégé au Département d’épidémiologie et biostatistique à l’Université McMaster, Hamilton ;

Shelly McNeil, MD, FRCPC, chef de la Division des maladies infectieuses de l’Autorité de la santé de Nouvelle-Écosse, Halifax

Aaron Wheeler, Ph.D., Professor, Department of Chemistry, University of Toronto ; athCanada Research Chair of Bioanalytical Chemistry

William A. Fisher, Ph. D., professeur au Département de psychologie et au département d’obstétrique et de gynécologie à la Western University, London, et membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé

Mark Joffe, professeur de médecine à l’Université d’Alberta, Edmonton

Brian J Ward, MSc, DTM H, MDCM, professeur de médecine et de microbiologie à l’Université McGill

Karen Mossman, professeur à la Chaire de biochimie et sciences biomédicale de l’Université McMaster, Hamilton

Noni MacDonald, MD, professeur de médecine pédiatrique à l’Université Dalhousie, Halifax

Matthew S. Miller, Ph. D., professeur agrégé au Département de biochimie et de sciences biomédicales de l’Institute for Infectious Diseases Research de l’Immunology Research Centre à la Faculté des sciences de la santé de l’Université McMaster, Hamilton

Chris O’Callaghan, PhD Senior Investigator — NCIC Clinical Trials Group, Professor — Department of Public Health Sciences, Queen’s University, Kingston, Ontario

Ian Mitchell, MBChB, MA, DCH, MRCP (R.-U.), FRCPC, FCCP, professeur émérite de médecine pédiatrique à l’University of Calgary, pneumologue-pédiatre à l’Alberta Children’s Hospital, Calgary

Tara Moriarty, Ph. D., Faculté de dentisterie (Matrix Dynamics Group) et Faculté de médecine (médecine laboratoire et biologie cellulaire) à l’Université de Toronto, Toronto

Stacey Page, Ph. D., membre de la Chaire Conjoint Health Research Ethics Board, professeure agrégée au Département de sciences de la santé communautaire de la Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary, Calgary

Jeffrey Pernica, MD, FRCPC, FAAP, DTMH, chef de la Division des maladies infectieuses du Département de médecine pédiatrique, professeur agrégé à l’Université McMaster, Hamilton

Daniel Gregson, MD, FRCPC, ABIM, ABID, professeur agrégé au Département de pathologie et de médecine laboratoire, division microbiologie médicale, et au Département de médecine, division des maladies infectieuses à l’Université de Calgary, Calgary

Shannon MacDonald, RN, Ph. D., boursière postdoctorale au Département de médecine pédiatrique, Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary, chargée de cours à la Faculté de sciences infirmières de l’Université de l’Alberta, Edmonton

Jeff Kwong, MD, MSc, CCFP, FRCPC, préposé principal à la recherche à l’Institute for Clinical Evaluative Sciences Scientist de l’Office de santé publique de l’Ontario, médecin de famille au Toronto Western Family Health Team, professeur agrégé au Département de médecine familiale et communautaire et à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, Toronto

Sumon Chakrabarti, MD, FRCPC, Consultant, Infectious and Tropical diseases, Trillium health partners, Lecturer, Department of Medicine, University of Toronto

Sergio Grinstein, Ph.D., Senior Scientist, The Hospital for Sick Children (SickKids), Professor of Biochemistry, University of Toronto, Toronto

Heather Smith, MD CCFP, Clinical Instructor, University of British Columbia ; site lead for Family Medicine Residency Program, Central Interior Native Health Society Prince George, British Columbia

Yvonne Yau, MD FRCPC, Microbiologist, Dept of Paediatric Laboratory Medicine, The Hospital for Sick Children, Toronto

Jack Gauldie PhD, DSc, FRSC, Vice President Research, St Joseph’s Healthcare, Distinguished University Professor, Department of Pathology and Molecular Medicine

Lionel Mandell MD, FRCPC, FRCP (LOND), Professor Emeritus, Division of Infectious Diseases, Department of Medicine ; Director, International Health and Tropical Diseases Clinic at Hamilton Health Sciences

Anne Pham-Huy MD, FRCPC, Assistant Professor, University of Ottawa, Program Director, Pediatric Infectious Diseases Training Program, Children’s Hospital of Eastern Ontario (CHEO)

Margaret L. Russell MD PhD FRCPC (Public Health Preventive Medicine), Cumming School of Medicine, The University of Calgary

Janine McCready, MD, FRCPC, Lecturer, University of Toronto, Infectious Diseases

Kasandra Joss, MDCM, CFPC, Prince George, BC

Catherine Dubé MD, MSc, FRCPC, Gastroenterologist and Clinical Lead for Ontario’s Colorectal cancer screening program, University of Ottawa.

Gregg Nelson MD PhD FRCSC, Surgical Lead, ERAS Alberta, Gynecologic Oncologist, Tumour Group Leader, Tom Baker Cancer Centre, Calgary

Matthew Miller, PhD, Assistant Professor, Department of Biochemistry and Biomedical Sciences. McMaster University, Hamilton

Robert Connelly, MD, MBA, FRCPC, Associate Professor and Head, Department of Paediatrics, Queen’s University ; Program Medical Director, Paediatrics, Kingston General/Hotel Dieu Hospitals, Kingston, Ontario

Athena McConnell, MD, FRCP (C), MMed, Assistant Dean, Quality ; Associate Professor, Paediatric Infectious Diseases, Department of Paediatrics, College of Medicine, University of Saskatchewan, Saskatoon ;

Marc Kerba (Radiation Oncology) MD MPA FRCPC, Radiation Oncologist, Tom Baker Cancer Centre, Calgary

David Evans, PhD FCAHS, Professor and Vice-Dean (Research), Faculty of Medicine Dentistry, University of Alberta, Edmonton, Alberta

Debby Burshtyn, PhD, Associate Dean, Faculty of Graduate Studies and Research, Associate Professor Medical Microbiology and Immunology

Gilles Paradis, MD Strathcona Professor and Chair, Department of Epidemiology, Biostatistics and Occupational Health, McGill University

Gina Ogilvie, MD MSc FCFP DrPH, Professor, Faculty of Medicine, University of British Columbia, Canada Research Chair, Global control of HPV related disease and cancer, Senior Public Health Scientist, BC Centre for Disease Control, Senior Research Advisor, BC Women’s Hospital and Health Centre

3 commentaires
  • François Boucher - Inscrit 8 novembre 2015 12 h 56

    Erreurs de néophytes

    Ces auteures préconisent le test Pap pour le dépistage du cancer du col et des lésions pré-cancéreuses… Ce faisant, elles démontrent leur ignorance de la différence entre la prévention PRIMAIRE et la prévention SECONDAIRE.

    Pour une femme, vaut-il donc mieux recevoir un diagnostic de lésion génitale à haut risque (prévention secondaire apportée par le test de dépistage de Papanicolaou), ou ne jamais avoir de lésion pré-cancéreuse (prévention PRIMAIRE associée au vaccin)?

    Leur attitude dédaigneuse vis-à-vis la souffrance de toutes ces femmes qui souffrent devrait être dénoncée par celles qui se disent féministes! C'est vraiment incroyable!

    François Boucher, MD, FRCP
    Québec

  • François Boucher - Inscrit 8 novembre 2015 13 h 15

    Notez, en passant, le biais vicié et anti-scientifique

    Si c'était un homme qui écrivait ce que déblatèrent Rail et ses acolytes, il serait immédiatement crucifié sur la place publique!
    Mais Rail, Molino et Lippman peuvent sans coup férir, et sans aucune référence sérieuse, écrire que ces cancers ne sont pas une priorité de santé publique, et que le vaccin est inutile, voire dangereux…
    C'est incroyable!

  • Michel Virard - Inscrit 8 novembre 2015 14 h 22

    Merci

    Merci d'avoir réagi promptement à cet incroyablement dangereux torchon publié comme une sorte de «révélation». A cause de cet article stupide, il y a des gens qui vont MOURIR parce que, une fois de plus (de trop ?) le désir de publier une «controverse» a pris le pas sur la raison. Le Devoir est mon journal préféré, mais quand il a publié cet article qui instille le doute dans une population absolument pas en mesure de discerner la réalité médicale des affabulations pseudo-scientifiques, j'avoue avoir eu honte de «mon» journal.
    Il y a des domaines où des «controverses» douteuses ne sont pas trop dommageable, mais là on est sur un terrain où les erreurs de jugement sont effectivement fatales. Le Devoir peut et doit faire mieux que cela.
    Michel Virard
    Président,
    Association humaniste du Québec