Un «tremplin» pour le Québec, pas un «strapontin»!

J'ai été étonnée de lire récemment, dans l’éditorial d’Antoine Robitaille intitulé « Partenariat miné ? » (Le Devoir, 21 octobre), l’utilisation un peu surannée du mot « strapontin » pour parler de la présence du Québec à l’UNESCO. L’Accord entre le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada a été signé en mai 2006. Il y est reconnu « Qu’au Canada, la spécificité du Québec, fondée entre autres sur l’usage de la langue française et une culture unique, l’amène à jouer un rôle particulier au niveau international ». D’emblée, la spécificité du Québec y est reconnue ainsi que son rôle sur le plan international. Ce n’est pas rien !

J’ai occupé cette fonction de 2011 à 2014. Je ne suis pas une diplomate de carrière ni une fonctionnaire, donc je parle en toute objectivité. Je connaissais très bien l’UNESCO, ayant été la présidente de la Commission canadienne pour l’UNESCO de 2006 à 2010 et présidente du Comité international de la bioéthique de l’UNESCO (CIB) de 2002 à 2005. J’ai aussi travaillé à l’Institut international de la planification de l’éducation (IIPE), qui est une école de l’UNESCO qui forme les planificateurs en éducation de plusieurs pays.

Donc je connaissais très bien l’organisation ainsi que ses fonctions en éducation, culture, sciences humaines, sciences naturelles et communication. Je n’ai accepté ce poste que parce que je croyais que la présence du Québec était un atout formidable qui lui permettait de faire valoir son expertise et d’entrer en contact, en toute liberté, avec les représentants de 195 pays. Et je n’ai pas été déçue.

La relation avec la délégation du Canada est vraiment un partenariat productif. J’ai pu travailler et donner mon avis dans de multiples réunions en ces années difficiles pour l’organisation, qui participait à la définition des Objectifs du développement durable (ODD) et qui procédait à une priorisation de ses orientations budgétaires exigée par la coupe de la contribution annuelle des États-Unis à la suite de l’élection de la Palestine comme membre de l’UNESCO.

Prise de parole

 

Cette présence d’un représentant permanent a permis à des ministres et à des hauts fonctionnaires de prendre la parole à la conférence générale, de participer à plusieurs conférences importantes et d’enrichir leurs réseaux de partenaires. En tant que francophones et grâce à nos compétences en éducation, nous avons été invités à prendre part à des tables rondes, par exemple en éducation, en bioéthique et en culture, à prendre part à des expositions où nous avons pu inviter, entre autres, une artiste comme Manon Barbeau.

Des pays comme l’Écosse et la Catalogne nous envient le statut que nous avons et sont venus nous consulter pour savoir comment nous fonctionnions à l’UNESCO. Bien sûr, nous ne sommes pas membres à part entière, car nous ne sommes pas un pays. Certains ont souligné qu’il eût mieux valu être membre associé. Cependant, l’Acte constitutif de l’UNESCO indique que : « Les territoires ou groupes de territoires qui n’assument pas eux-mêmes la responsabilité de la conduite de leurs relations extérieures peuvent être admis comme Membres associés par la Conférence générale à la majorité des deux tiers des membres présents et votants, si cette admission a été demandée, pour le compte de chacun de ces territoires ou groupes de territoires, par l’État membre ou l’autorité, quelle qu’elle soit, qui assume la responsabilité de la conduite de ses relations extérieures. »

Donc, si le Québec avait souhaité être membre associé de l’UNESCO, il lui aurait fallu reconnaître, en vertu de l’article II (3) de l’Acte constitutif de l’UNESCO, qu’il n’a pas la responsabilité de ses relations internationales — une répudiation directe de la doctrine Gérin-Lajoie — et obtenir, outre l’aval du gouvernement canadien, celui des deux tiers de la Conférence, ce qui demeure inconcevable pour les États membres, qu’ils soient dans un régime unitaire comme la France ou le Royaume-Uni ou pour des fédérations comme les États-Unis ou la Russie.

Ce statut que nous avons est, à mon avis, beaucoup plus qu’un strapontin. Le Devoir n’a pas, que je sache, écrit récemment sur ce sujet, et je trouve dommage que des lecteurs non renseignés puissent lire la phrase un peu déprimante d’Antoine Robitaille (éditorialiste respecté) et croire que ce poste vaut peu de choses. Ensuite, il faut souligner que ce précédent demeure unique à l’échelle non seulement de l’UNESCO, mais également de l’ensemble du système onusien. Il permet au Québec de faire des contributions utiles et originales, dont le mérite lui revient, tout en profitant aussi au Canada. Le Québec participe donc à l’élaboration des consensus qui caractérisent le mode de fonctionnement de l’UNESCO. On l’a constaté tant eu égard à la Convention sur la diversité des expressions culturelles qu’en éducation, ou encore par l’accueil de la Commission de l’éthique en science et en technologie COMEST à Québec (une autre première) à l’automne 2014.

J’ai occupé plusieurs fonctions dans ma vie et je crois que quel que soit l’arrangement administratif, la mise en oeuvre se base sur la construction d’un partenariat « non miné » avec la délégation du Canada. Ajoutons qu’à la fin de mon séjour, j’ai eu l’honneur d’être invitée à un lunch en tête à tête avec la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, qui m’a souligné à quel point le travail du Québec est apprécié. Bref, loin d’être un strapontin, l’accord s’est révélé un tremplin, grâce au travail de ses représentants successifs et au travail concerté du ministère des Relations internationales avec les ministères partenaires concernés.

Cette présence d’un représentant permanent a permis à des ministres et à des hauts fonctionnaires de prendre la parole à la conférence générale.

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