Parler à haute voix au lieu de murmurer notre existence

Monique Vézina, présidente du Mouvement national des Québécois
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Monique Vézina, présidente du Mouvement national des Québécois

L'automne 1995 est occupé par les prémisses et les péripéties de la campagne référendaire. Nombreuses sont les émissions de télé qui nous l’ont rappelé la semaine dernière. Mais les souvenirs sont toujours étroitement masculins. Et pourtant…

Il y a vingt ans, une question se pose : les féministes québécoises vont-elles de nouveau se diviser, comme en 1980 ? Les Yvettes vont-elles de nouveau faire parler d’elles ? Oh non ! Les Yvettes sont bel et bien enterrées. Et, cette fois encore, comme en 1980, les femmes et les féministes ne sont pas unanimes devant la question référendaire. Mais tout comme en 1980, seules les souverainistes associent la libération du Québec et l’autonomie des femmes. Le slogan de 1970 est toujours vivant : « Pas de libération des femmes sans libération du Québec. Pas de libération du Québec sans libération des femmes. »

Un groupe de femmes souverainistes — Monique Vézina, présidente du Mouvement national des Québécois, Nicole Boudreau, ancienne présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste, Lorraine Pagé, présidente de la CEQ (Centrale de l’enseignement du Québec), Denise Boucher, écrivaine, plusieurs comédiennes dont Diane Jules, Louisette Dussault, Michelle Rossignol —, dans l’objectif de rejoindre spécifiquement les femmes qui sont peu nombreuses aux assemblées organisées par le « camp du Oui » et le « camp du Non », louent un autobus pour parcourir le Québec. Elles sont rejointes, dans chaque région, par des groupes de leaders féminins qui organisent des événements. C’est la « caravane de la souveraineté », avec un magnifique slogan : « Parler à haute voix au lieu de murmurer notre existence. »

Elles font 4000 kilomètres en dix jours. Par l’entremise des groupes féministes, des femmes syndicalistes de chaque région, elles sont accueillies un peu partout par des événements variés : dîner-conférence, pièce de théâtre, prise de parole, discussions. L’enthousiasme est grand : rencontre festive en Estrie, rassemblement monstre à Longueuil, assemblées chaleureuses au Saguenay, en Abitibi, mais aussi rencontre clandestine dans l’Outaouais, sur le bord d’une route, tant l’option souverainiste y est décriée. Le tout se termine par une soirée mémorable à Montréal, au Club Soda, Souveraines, animée par Hélène Pednault. C’est à cette occasion que Pauline Julien, l’égérie des causes féministes et souverainistes, prend la parole pour la dernière fois en public. Du côté des forces fédéralistes, si des femmes participent à la campagne référendaire, elles ne le font pas au nom des femmes ni pour des objectifs ouvertement féministes, tout comme en 1980.

Qui va se souvenir de tout cela ? Ces événements font-ils partie de l’histoire ? Apparemment non. Les documentaristes de RDI, selon une longue habitude, ne documentent pas les actions des femmes. C’est de cette manière que se construit l’invisibilité historique des femmes.

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