Quand les chantres de la vertu montent aux barricades - Le faux débat sur le test de VIH et l'Église

Le cardinal Turcotte a osé déclarer qu'il ferait passer un test de VIH aux gens qui voudraient devenir prêtres. Il n'a jamais dit qu'il exclurait automatiquement des personnes atteintes du sida mais simplement que le sacerdoce de la prêtrise exigeait des responsabilités difficiles et qu'une personne devrait avoir tous les éléments en main avant de s'y lancer définitivement. Y compris si elle est atteinte d'une maladie mortelle très répandue.

Cela n'en prenait pas plus pour que le branle-bas de combat médiatique se mobilise pour «faire débat». Tous les chantres de la vertu postmoderne se sont précipités (en courant de toutes leurs forces, comme s'ils fuyaient la mort elle-même) vers l'autre côté de la barrière. Le côté où le mot «bien» est marqué en grosses lettres sur une pancarte scintillante. Ce jour-là, le cardinal est devenu le porte-croix de toutes les tares homophobes et discriminatoires. Face à lui, l'élite «courageuse» a érigé le bûcher de la vertu.

Il n'y a pas si longtemps, la question aurait pu être creusée. On aurait pu désapprouver cette forme de «fichage» et s'assurer d'une vigilance sur sa pratique sans pour autant lancer les grenades dénonciatrices de l'homophobie. Un échange aurait au moins eu lieu dans le respect de la contradiction. Cependant, culpabilité oblige, les ligues de vertu ont remplacé le politique et le religieux par l'absolue ligne droite du bien total.

Ce qu'il y avait de plus visiblement néfaste dans la pratique du pouvoir de l'Église catholique (qui régnait encore sur le Québec il y a quelques décennies, faut-il le rappeler) se retrouve désormais entre les mains de moralisateurs autosacralisés qui présentent sous l'angle de la «morale» compassionnelle ce qui pourrait relever d'un despotisme comparable (et tout aussi confortablement caché derrière le masque de la probité).

La misère du monde dans l'oeil

Après avoir interviewé le cardinal Turcotte, une journaliste de Radio-Canada s'est tournée vers un sidéen homosexuel pour lui demander, de toute sa compassion frémissante: «Comprenez-vous une attitude comme celle-là?» Plissant le front à s'en faire exploser les sourcils, la journaliste avait toute la misère du monde dans l'oeil. Elle venait de faire du cardinal Turcotte le bonhomme sept heures en personne. L'ère de la liberté d'expression ne tolère pas les libertés qui ne sont pas à son image, et voilà un curé qui sait maintenant ce que goûte la «liberté bio».

Tout cela fait écho à un autre non-événement créé de toutes pièces l'été dernier par la télévision: l'attitude de l'Église face au mariage gai. Dans une société où presque plus d'hétérosexuels se marient, il fallait absolument condamner les éventuelles réticences de l'Église à ce sujet pour s'assurer que le droit à la différence soit effectif afin que les gais et lesbiennes puissent se marier. La différence de l'Église dans la société, elle, n'était bien entendu pas prise en compte.

Ces mêmes hardis défenseurs de la veuve et de l'orphelin sont susceptibles de sortir dans la rue avec empressement pour scander les slogans d'un fraternel métissage, prouvant hors de tout doute que l'«idéologie Benetton» a fait son chemin. Ils se vantent de ne pas «répéter les erreurs du passé» pour mieux justifier leur abonnement inconditionnel à un présent «déconflictualisé» et réconciliateur.

Mais peu de gens s'attardent à penser aux conséquences totalitaires qui découlent d'une adhésion totale aux effets pervers de la discontinuité glorieuse, qui veut finir de rompre avec les règles naturelles qui régissaient le monde. Les fonctionnaires de la rébellion publicitaire ont achevé de donner un sens à une lutte «pour le bien» en créant des sphères où le bien règne en tant qu'objet de consommation qui permet justement à chacun de se sentir rebelle et unique.