Un mouvement qui se sépare des partis

Lorsque le parti le plus susceptible de prendre le pouvoir refuse de prendre un engagement clair de réaliser l’indépendance au cours du mandat qu’il sollicite, on comprend que le vote indépendantiste se démobilise, dit Sol Zanetti. Ci-dessus, un rassemblement lors du référendum de 1980.
Photo: Ian Barrett La Presse canadienne Lorsque le parti le plus susceptible de prendre le pouvoir refuse de prendre un engagement clair de réaliser l’indépendance au cours du mandat qu’il sollicite, on comprend que le vote indépendantiste se démobilise, dit Sol Zanetti. Ci-dessus, un rassemblement lors du référendum de 1980.

Le marathon électoral canadien a pris fin lundi dernier en ramenant une aile parlementaire bloquiste rajeunie et motivée. Il n’y a pas eu de vague bleue, mais il y a tout de même eu un rebond bleu. Comme il fallait s’y attendre, malgré cette remontée objective, le résultat électoral du Bloc est instrumentalisé par le Parti libéral du Québec pour tenter de coller une image de déclin au mouvement indépendantiste.

Contrairement à ce qu’a claironné mardi le premier ministre Philippe Couillard à la suite des résultats de la campagne électorale canadienne, le mouvement indépendantiste va bien. Il est d’ailleurs aberrant que des journalistes relaient sans critique ces fausses impressions qui contredisent la majorité des sondages effectués depuis 20 ans. En effet, l’appui à l’indépendance se maintient aux alentours de 40 % depuis très longtemps et il ne subit pas de tendance décroissante.

L’appui à l’indépendance se porte plutôt bien, mais on ne peut pas en dire autant de l’appui aux partis indépendantistes pris dans leur ensemble. Lundi, le Bloc québécois a reçu l’appui d’environ la moitié des indépendantistes. À l’élection de 2014, le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale ont reçu l’appui cumulé d’à peine 33,74 % des électeurs inscrits. Cela signifie qu’une grande partie des indépendantistes appuie des partis fédéralistes ou s’abstient de voter. Pourquoi ?

Lorsque le parti le plus susceptible de prendre le pouvoir à court terme, le Parti québécois, refuse de prendre un engagement clair de réaliser l’indépendance au cours du mandat qu’il sollicite, on comprend que le vote indépendantiste se démobilise. Toutes les formules utilisées par les chefs du PQ après Parizeau maintiennent la réalisation de l’indépendance dans un horizon indéterminé. Les indépendantistes sont comme des amants las de voir toujours reporté à plus tard le moment des fiançailles. Peut-on les blâmer de ne plus y croire et d’aller voir ailleurs en attendant ?

Quelle pertinence pour le Bloc ?

Par ailleurs, si le Bloc sert bel et bien à appuyer l’indépendance, sa présence à Ottawa ne peut avoir de sens pour les indépendantistes que s’ils sentent qu’il y a à Québec une véritable démarche en ce sens. Si les parlementaires québécois ne prennent pas d’engagement envers l’indépendance, que voulez-vous que le Bloc aille soutenir à Ottawa ? Les indépendantistes jugeront la présence du Bloc plus pertinente lorsque nous serons véritablement sur le point de faire du Québec un pays.

À force de ne pas faire l’indépendance, les partis indépendantistes ont perdu leur crédibilité aux yeux du mouvement. Le pouvoir use, mais le parlementarisme en général aussi. La confiance que le mouvement pourrait avoir envers les partis politiques s’est effritée. Il faut en prendre acte et être prêts à envisager toutes les solutions.

L’époque où les citoyens prenaient aisément leur carte de membre d’un parti politique semble révolue. Les générations Y et Z sont peu présentes dans les partis politiques traditionnels. Elles préfèrent les associations étudiantes et d’autres formes de groupes militants. Elles hésitent à embarquer dans des véhicules dont elles connaissent peu les fondateurs, si inspirants soient-ils. Ces générations sont-elles moins intéressées par l’engagement envers la collectivité ? Le soulèvement étudiant de 2012 témoigne que ce n’est pas le cas. Le problème se trouve dans les institutions politiques partisanes actuelles. C’est ainsi. Il faut composer avec cette réalité et innover.

Cette rupture que je viens de décrire est un symptôme de fin de cycle pour le mouvement indépendantiste. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner notre projet, mais plutôt certaines façons de faire. Une fin de cycle, ne l’oublions pas, c’est toujours l’occasion d’une renaissance et d’un élan nouveau.

Pour réconcilier le mouvement indépendantiste avec les partis politiques, il faudra être prêts à de sérieuses remises en question. Il nous faudra mettre les intérêts partisans et les ego de côté et plancher sur des solutions communes. Aucun des problèmes que je viens d’évoquer n’est insoluble. Nous avons trois ans devant nous, ça devrait suffire.



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