Vers la fin de la prohibition du cannabis ?

Photo: Getty Images

Beaucoup de progrès a été fait depuis que j’ai commencé à m’engager pour la fin de la prohibition du cannabis en 1998 : auparavant, la rectitude moraliste prévalait et le débat ne pouvait se faire de façon sérieuse. Maintenant, on peut faire le débat de façon plus sérieuse, scientifique : l’option prohibitionniste n’est plus la seule qui se vaut.

Aux fins du présent débat, il convient de s’entendre sur la sémantique des principales positions, soit criminalisation (maintient dans le Code criminel) ou pénalisation (transfert du Code criminel et ajout à la Loi sur les contraventions) du côté prohibitionniste ; décriminalisation (retrait du Code criminel) et légalisation (mise en place d’un système de vente légal, taxation et réglementation) du côté libertaire. La position de Trudeau demeure vague : plusieurs croient et craignent que sa proposition de décriminalisation soit en fait celle de la pénalisation, qui ne réglerait en rien les méfaits que la prohibition occasionne ni ne réglerait la question du contrôle de qualité et la mainmise par le marché parallèle.

La ministre québécoise de la Sécurité publique s’inquiète, à juste titre : c’est son mandat. Cela dit, elle se questionne, entre autres, sur l’accessibilité aux mineurs : comme légalisationiste, c’est une préoccupation que l’on souhaite régler avec les mêmes contrôles d’âge qu’exerce la SAQ. Ni la criminalisation ni la pénalisation ne permettent ce contrôle. On se questionne aussi sur les taux de THC qui, dit-on, sont plus élevés (même s’il existait des extraits tout aussi concentrés durant les années 1970) : encore, ni la criminalisation ni la pénalisation ne permettent ce contrôle et l’affichage du taux de THC, comme c’est le cas pour l’alcool.

La légalisation de l’alcool finance nos soins de santé et d’éducation, alors que sa prohibition aux États-Unis a jadis servi à financer le crime organisé. Personne ne réclame le retour à la prohibition de l’alcool tant ses effets bénéfiques surpassent les effets négatifs de la prohibition : on peut s’attendre aux mêmes effets avec la fin de la prohibition du cannabis. Le cannabis, sous le Code criminel, est de compétence fédérale : tout comme pour l’alcool, le tabac et les jeux de hasard, dès son retrait du Code criminel, sa réglementation et mise en place d’un marché légal relèvent des provinces.

J’espère que la ministre de la Sécurité publique réalisera que laisser à la SAQ et à la Régie des alcools, des courses et des jeux le soin de mettre en place un système de vente légal de cannabis, en plus d’ajouter d’importants revenus à l’État québécois, est une solution, non un problème, afin d’améliorer la sécurité publique.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.