Rive-Sud de la région de Montréal - Les ratés de la protection des territoires agricoles

J'écris en réaction à l'article de Lauréan Tardif, Vingt-cinq ans de zonage agricole — Une bonne loi mais une application à revoir, publiée dans l'édition du 30 décembre dernier afin de poursuivre le dialogue qu'il a amorcé. Selon une étude que j'ai faite en 2002, The Process of Urbanization: A Case Study of the Former County of Laprairie (École d'urbanisme, Université McGill), recherche qui couvre 35 ans de croissance urbaine sur la Rive-Sud, il apparaît que le taux de consommation des terres pour des utilisations urbaines a augmenté depuis 1964.

Cette étude longitudinale utilise un système d'information géographique (SIG) pour générer une base de données sur l'utilisation du sol, ainsi qu'analyser leur distribution spatiale en comparant les données de 2000 à celles de 1988, 1976 et 1964. L'analyse comparative a démontré une augmentation des taux d'urbanisation et d'utilisation du territoire à des fins urbaines lorsqu'on les compare à la croissance de la population.

De nos jours, pour une augmentation de 1000 personnes dans la population, nous utilisons une plus grande superficie de territoire que par le passé. Cela révèle entre autres que les lignes directrices du développement durable et de la planification urbaine ne sont pas mises en oeuvre de manière efficace à l'intersection de la périphérie urbaine et des zones rurales. L'augmentation des taux d'urbanisation et d'utilisation du sol est causée par des facteurs tels que le développement de magasins à grande surface, les affectations résiduelles (carrières, sites d'enfouissement des déchets, etc.) et la diminution de la taille des ménages dans les développements résidentiels de banlieue.

Par ailleurs, on constate que les utilisations transitoires, comme le lotissement de terrains non développés, ont diminué dans la période entre 1976 et 1988. Il est largement accepté que cela est la conséquence de l'introduction de la Loi sur la protection du territoire agricole (1978) et de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (1979). Cependant, la superficie nette de terrains subdivisés mais non construits a augmenté de nouveau entre 1988 et 2000.

L'étude de l'évolution des usages du sol entre 1988 et 2000 montre que la plupart des nouvelles activités non agricoles présentes dans la zone agricole étaient sous la forme de carrières, de sites d'enfouissement et de lotissements à vocation résidentielle. Du point de vue positif, le nombre net d'hectares de terres agricoles abandonnées, qui est une autre forme d'utilisation transitoire du sol, a diminué entre 1988 et 2000; et un certain pourcentage des territoires abandonnés en 1988 a même retrouvé une vocation agricole.

Des sols de très grande qualité

Le résultat de cette étude montre que le taux d'utilisation du sol pour des utilisations urbaines a augmenté depuis 1964, même à l'intérieur des zones agricoles protégées. Force est de constater que la législation visant la protection de ces espaces n'est pas efficace.

Il est important de noter que le corridor Québec-Windsor contient 54 % des sols agricoles de très grande qualité et 20 % des sols de bonne qualité. En contrepartie, cette zone constitue moins de 14 % du territoire canadien urbanisé, bien qu'il contienne 44 % de la population urbaine nationale. En tenant compte de la qualité des sols et des effets climatiques sur la production agricole, il est calculé que 2,4 ha de terres du district de Peace River, en Alberta, seraient nécessaires pour produire la même valeur agricole qu'un hectare de terres dans l'axe Québec-Windsor.

D'autres priorités collectives accentuent l'urgence de réviser les méthodes prescrites par la Loi sur la protection du territoire agricole: le désir de promouvoir une croissance urbaine ordonnée et économiquement efficace; une préoccupation pour le maintien de ressources territoriales adéquates à la production alimentaire; la reconnaissance du paysage rural comme ressource récréative; et le souhait de préserver un paysage à valeur culturelle. Dans ce cas, je recommande au gouvernement Charest et à tous les décideurs politiques d'entendre l'appel de M. Tardif, et de réviser la Loi afin qu'elle n'encourage pas le laisser-aller dans les régions où les sols de haute qualité sont situés, comme dans les zones périurbaines de la métropole montréalaise.