Pourquoi je n’appuie pas le NPD

Il peut y avoir plusieurs bonnes raisons de voter NPD. Mais il y en a au moins une pour ne pas le faire. Dans Le Devoir, le 10 octobre, un groupe de multiculturalistes canadiens favorables à l’intrusion du religieux dans les affaires de l’État énumère les raisons pour lesquelles il appuie le NPD. Parmi ces raisons, la position du parti sur le port du niqab : « Sur la désespérante question du niqab, alors que le Bloc nourrit la politique de la division et de la distraction des conservateurs, le NPD n’a pas fléchi », écrivent-ils.

En effet ! Et cette position inflexible ne date pas de l’actuelle campagne électorale. Depuis l’annonce du projet de charte de la laïcité du Parti québécois, la position antilaïque du NPD n’a pas fléchi. Dès cet instant, Thomas Mulcair a affirmé qu’il contesterait cette loi devant les tribunaux, même si le NPD n’avait et n’a encore jamais débattu de ce sujet avec ses membres. Jusque-là, jamais on n’avait entendu Thomas Mulcair prononcer le mot « laïcité ». Lorsqu’il le fit, ce fut pour s’y opposer !

Pour justifier le port du niqab même dans les cérémonies d’assermentation citoyenne, Thomas Mulcair a donné deux raisons : on ne peut pas dire à une femme quoi porter et il faut respecter les tribunaux. Ces deux raisons font de lui un bien piètre aspirant au poste de premier ministre. Alors qu’il soutient que l’État ne peut pas imposer un code vestimentaire pour ses cérémonies sous prétexte que ce serait dire aux femmes quoi porter, il accepte que les religions le fassent à la place de l’État ! Lui-même, en tant que chef de parti, s’est fait dire par une armée de conseillers quoi porter pour ses photos électorales et pour ses débats avec les autres chefs. S’il se présente à des événements mondains, il se fera dire quoi porter. Il acceptera aussi le code vestimentaire des rencontres officielles. Il se fera même dire quoi porter s’il va jouer au golf et il acceptera la règle.

Quant au respect des tribunaux, quelle lamentable démission politique ! Ce sont les élus qui font les lois et les tribunaux qui les font respecter. Si les lois ne nous conviennent plus, il appartient aux élus de les mettre au goût du jour. Et personne n’a encore fait la démonstration que le port d’un vêtement particulier en toutes circonstances et en tout lieu était essentiel au respect de la liberté de religion. Et dans le cas qui nous préoccupe, aucun tribunal ne s’est prononcé sur le fond de l’affaire.

Selon les multiculturalistes, la position minimaliste du Bloc québécois voulant que les services publics devraient être donnés et reçus à visage découvert « nourrit la politique de la division ». Ils reprennent mot à mot l’argument de Justin Trudeau. Pourtant, ils et elles ne sont pas sans savoir que le niqab est lui-même une cloison destinée à diviser la société selon le sexe. Le niqab est l’extension du hidjab, ce rideau qui, selon le Coran, doit séparer les hommes et les femmes présents dans une même pièce. Le voile islamique, quelle que soit sa forme (hidjab, niqab, burqa, tchador), impose aux femmes de porter ce rideau de séparation sur leur tête. Il est aussi le symbole réclamé et imposé par l’islamisme politique et fasciste. Ces multiculturalistes se présentent comme des « progressistes attachés aux droits fondamentaux ». Alors expliquez-nous en quoi le port de la burqa est un progrès social, un progrès pour les droits fondamentaux.

Ce qu’il y a de désespérant dans ce débat, c’est bien la position du NPD qui conforte celle du Parti libéral du Canada. Si cette question est venue « distraire » des autres enjeux, c’est bien parce que le NPD et le Parti libéral maintiennent une position indéfendable et inacceptable. Si ces partis renouaient avec leurs racines démocrates et républicaines, on n’en serait pas à discuter de telles aberrations.

Moi, je suis incapable de voter pour un parti lui-même incapable de se tenir debout face aux intégristes religieux et incapable de défendre nos libertés fondamentales devant ceux qui les renient et les instrumentalisent pour mieux les combattre.

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