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Lettres: Une inutilité publique?

Le Québec a décidé de se lancer dans la production d'électricité provenant d'une centrale thermique au gaz naturel. À première vue, cela apparaît plutôt banal: on construit une centrale pour répondre à la demande. Mais au Québec, cela n'a rien de banal, le contexte énergétique local est unique et très particulier. C'est ce contexte qui peut convertir en non-sens ce qui possède un sens dans un autre contexte.

Ces contextes, on pourrait les définir en termes d'énergie, d'exergie, de rendements ou d'efficacité, d'entropie, de gestion des ressources, d'enthalpie, de pouvoir calorifique inférieur ou supérieur, de thermochimie ou de thermomécanique, etc. En fait, je cherche un débat énergétique au Québec et je n'en vois pas.

Si vous désirez en voir un, traversez l'Atlantique, en surfant, et tapez sur le Web: exergie ou «exergy» en anglais. Il est certain que l'on peut parler avec un langage très complexe, et j'aime bien le faire à l'occasion, mais les questions de base en énergétique, tout le monde peut les comprendre. Quels sont nos besoins et quelle est la meilleure façon de répondre à ces besoins à partir des ressources dont nous disposons.

Un service public sert à répondre aux besoins des citoyens en leur acheminant des ressources naturelles qui ont subit quelques transformations. Une centrale thermique sert à convertir à grandes pertes une forme d'énergie en une autre.

Par exemple, du gaz naturel en électricité. Pourquoi cette opération est-elle effectuée? Parce que la forme d'énergie initiale n'a pas les propriétés requises pour l'utilisation finale. Par exemple, il serait plutôt hasardeux de brancher un téléviseur au réseau de gaz naturel. Cela va de soi.

La conversion de formes d'énergies entraîne une augmentation de prix entre celui de l'énergie initiale (ex.: gaz naturel) et celui de l'énergie finale (ex.: l'électricité). Deux principaux éléments entrent en jeu; les coûts de construction de la centrale thermique et les coûts des pertes énergétiques. Ces coûts supplémentaires, le consommateur est prêt à les payer, par exemple pour écouter son téléviseur. Ainsi consommateur et producteur y trouvent leur compte.

Le consommateur est-il bien servi par une centrale thermique s'il chauffe sa maison et son eau à l'électricité alors que le gaz naturel aurait pu remplir adéquatement ces fonctions? Ce consommateur pourrait consommer sans le savoir deux fois plus de gaz naturel pour le même service final (chauffer la maison et l'eau). Au Québec, il fait froid en hiver, il faut chauffer les habitations. Le débat énergétique, si nous en avons un, un jour, devra se centrer sur les besoins et les ressources et non sur la demande. Alors avant de se lancer corps et âmes dans le thermique, le Québec mérite une réponse à cette simple question: combien de maisons pourrait-on chauffer avec l'électricité produite par la centrale Suroît et combien de maisons pourrait-on chauffer avec le gaz naturel consommé par la centrale Suroît. On peut se demander si l'on ne va pas construire une «inutilité publique» plutôt qu'une «utilité publique».