Il faut sauver le PEC

Les six centres d’éducation populaire (CEP), installés depuis plus de 40 ans dans autant d’ex-quartiers ouvriers montréalais, sont menacés de fermeture. Ces Centres ont été créés dans l’orbite du grand souffle en faveur de l’éducation qui alors balayait le Québec. À contrecoeur, la CSDM qui les finançait et les logeait gratuitement, pendant toutes ces années, a dû cesser de le faire, aux prises avec les compressions qui lui sont imposées.

Depuis des années, les CEP et la CSDM réclamaient du ministère de l’Éducation une reconnaissance de l’éducation populaire et un financement conséquent. Ils étaient sur le point d’y parvenir lorsque, en moins d’un an, deux ministres de l’Éducation successifs, ouverts à cette reconnaissance, ont été remplacés par un ministre qui multiplie maintenant les embûches.

Il est vrai que les Centres sont des institutions montréalaises qui sont les seules à avoir survécu à l’abandon graduel de l’éducation populaire au Québec. Cette responsabilité, qui devrait pourtant échoir à Québec, au même titre que l’alphabétisation, la francisation ou l’intégration des nouveaux arrivants, risque de disparaître avec la fermeture des Centres.

Mais qu’est-ce dont que l’éducation populaire ? me direz-vous. Députée pendant 28 ans dans Hochelaga-Maisonneuve, alors que ce quartier ouvrier se transformait sous la pression de la mondialisation et des traités d’accords économiques, je peux témoigner que le Pavillon d’éducation communautaire (PEC), un des six CEP, a joué un rôle indispensable auprès de la population malmenée par tous ces changements.

Plutôt que de sombrer dans la résignation et la fatalité et de s’enfoncer dans l’isolement, des milliers de concitoyens et concitoyennes, au cours de ces années, ont repris confiance dans leur capacité d’agir concrètement pour améliorer leur qualité de vie, celle de leur famille et de leur voisinage. Le PEC est devenu pour certains un phare, pour d’autres une bouée contre l’exclusion, un lieu de partage, d’appui mutuel, d’accompagnements, d’échanges.

Beaucoup d’entre eux et elles, parfois sous-scolarisés, ont appris à participer à la vie associative en y exerçant des responsabilités, en gagnant de l’estime de soi et la capacité d’entreprendre. Le PEC a été un incubateur de très nombreuses entreprises d’insertion et d’économie sociale et continue à jouer ce rôle, notamment à l’égard des nouvelles technologies avec son FabLab !

En chiffres actuels, le PEC, c’est 800 familles membres, 95bénévoles, 12 emplois à temps plein, 12 emplois à temps partiel. C’est aussi 1000personnes de tous âges qui, chaque semaine, assistent à un des ateliers d’anglais, d’espagnol, d’informatique, de peinture, de poterie, de théâtre, de chorale, de couture, de taï-chi, de yoga, ou encore à une des activités sociales offertes ou à des conférences. Le PEC, c’est aussi des services à prix modique, de cafétéria, de halte-garderie, de friperie, de centre informatique, de consultation juridique.

Le Centre de formation populaire d’Hochelaga Maisonneuve (PEC) est un lieu de dignité humaine indispensable dans l’anonymat de la grande ville tout autant que la mobilisation pour le conserver.

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 8 octobre 2015 05 h 21

    Enfin !

    Enfin, le retour aujourd'hui de la vraie femme indignée dont j'ai mémoire !
    Selon moi, il y a trop longtemps qu'elle manquait à notre détermination de ne pas nous laisser faire.
    Debout tous.

    Et merci beaucoup à Madame Harel.

  • Bernard Morin - Abonné 8 octobre 2015 08 h 51

    Il y a encore et toujours de la place en politique pour Madame Harel et les autres de sa stature!

  • Robert Beauchamp - Abonné 8 octobre 2015 09 h 18

    Les vraies affaires

    Voilà le discours du PQ des belles années. Le discours franc et direct orienté sur les intérêts des citoyens de tout niveau à commencer par les gens dans le besoin sans négliger les autres.

  • Yvan Joncas - Inscrit 8 octobre 2015 21 h 58

    Dignité ???

    Manifestement, ça ne fait pas parti du vocabulaire de ce gouvernement.
    Les chaudrons deviennent notre seul options. Il serait temps que les moutons deviennent lions car on s'apprête a nous saigner.