Une autre vision de la francophonie canadienne

Ils sont 2,6 millions de francophones et francophiles à l’extérieur du Québec. Ils se sont battus pour pouvoir étudier en français, travailler en français, vivre en français ; une bataille dont nous, Québécoises et Québécois, connaissons l’importance. Certes, il y a encore des défis à relever, mais il faut prendre conscience des avancées. Celles-ci doivent nous inspirer à envisager l’avenir avec confiance. Aujourd’hui, la multiplication des classes et écoles d’immersion des 40 dernières années et l’offre accrue de services gouvernementaux en français donnent une légitimité nouvelle à l’égard du français, partout au pays.

L’Ontario souligne actuellement avec enthousiasme le 400e anniversaire de la présence française sur son territoire. Nos deux gouvernements ont signé, l’an dernier, une déclaration consacrant le français comme l’une des caractéristiques fondamentales de l’identité canadienne et se sont engagés notamment à la promotion d’une immigration en français au Canada ainsi qu’à la représentation de notre diversité francophone sur les ondes de Radio-Canada. Il y a quelques jours, le drapeau franco-ontarien était hissé partout en Ontario.

Ils sont 2,6 millions : une force francophone que certains veulent ignorer pour promouvoir leur vision d’un Québec français séparé d’un Canada anglais. Ce n’est pas notre vision et ce n’est pas celle de 2,6 millions de nos compatriotesque certains, ici au Québec, au nom de la langue majoritaire et officielle de notre nation, préféreraient oublier.

En vertu de la Loi sur les langues officielles, le français est d’ores et déjà obligatoire dans les institutions fédérales, pour celles et ceux qui souhaitent utiliser cette langue. Décréter qu’à l’avenir cette loi ne trouvera plus application au Québec entraînera des conséquences, au Québec et ailleurs au Canada. Ces conséquences seront-elles à l’avantage du français ? Y a-t-il une crise linguistique, au Québec, qui justifierait cet abandon de l’application de la Loi sur les langues officielles ?

La réponse est non. Les progrès du français au Québec sont évidents, statistiquement démontrés. La menace que cet abandon ferait courir à la francophonie des autres provinces et territoires est connue. Les gains pour la promotion du français au Québec qui découleraient de cet abandon demeurent, eux, hypothétiques, et au mieux fort limités.

Dans le cadre d’une analyse juridique réalisée pour le compte de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, en 2011, on peut lire que les changements proposés auraient certainement un impact négatif sur la francophonie canadienne : « Une telle reconnaissance fédérale au Québec — là où bien sûr le français est parlé par la majorité — pourrait certainement encourager le développement d’une jurisprudence asymétrique dans le domaine des droits linguistiques, au détriment des communautés d’expression française en situation minoritaire […] une telle tendance dans la jurisprudence encouragerait l’assimilation là où les communautés d’expression française sont les plus vulnérables. »

Ils sont 2,6 millions : une francophonie canadienne bien réelle et forte de la vigueur avec laquelle ses compatriotes ont défendu et promu leur langue. Ils doivent pouvoir compter sur l’appui du Québec pour continuer à la faire grandir.

Le français en terre d’Amérique doit continuer à être promu avec force. Nier qu’il se porte relativement bien au Québec est le fruit d’un aveuglement volontaire. Nier que tout doit être mis en oeuvre pour accompagner et soutenir nos compatriotes est une démission envers la langue française. Ils sont 2,6 millions. Nous en sommes fiers.

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Le déclencheur

« En mai dernier, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, a même poussé le ridicule jusqu’à dire que “ la diplomatie de la francophonie ” interdisait à son gouvernement d’envisager une extension de la loi 101, puisque les francophones hors Québec pourraient être victimes de représailles. M. Mulcair a sans doute ses défauts, mais il ne nous servira quand même pas de telles âneries. »

— Michel David, « Entre l’arbre et l’écorce », Le Devoir, 1er octobre 2015.
29 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 8 octobre 2015 05 h 17

    Inconvenant

    Monsieur Fournier, qu'avez-vous de sérieux à essayer ici de récupérer la fierté de ces gens qui, selon vos justes mots d'introduction, "se sont battus pour pouvoir étudier en français, travailler en français, vivre en français" ?
    Qu'avez-vous de sérieux à essayer de récupérer politiquement cette justifiée fierté, alors que vous travaillez pour le pays et les gens contre lesquels ces francophones sont justement obligés de se battre pour obtenir leurs droits fondamentaux ?
    Parce que de cette bataille livrée et que livrent encore les francophones de l'Ontario comme ceux du reste du Canada, incluant les Québécois désabusés des entourloupes fédérales continuelles contre l'usage normal du français dans ce pays, pourquoi donc vous et vos amis ne nous parlez-vous jamais de leurs adversaires ?
    Ceux-là historiques et ceux-là quotidiens ?
    Parce que c'est bien beau de vouloir dorer la pilule de tout le monde, francophones comme anglophones, en parlant de vaillance et de courage dans l'adversité des francos, ce qui est vrai, mais faudrait peut-être de temps en temps nous parler un peu des adversaires contre lesquels ces francophones se coltaillent !
    Ils ne se battent tout de même pas entre eux et contre personne ! Pensez-pas ?
    Je ne vous ferai pas le laïus des batailles des francos-ontariens depuis deux siècles et demi, pas plus que je ne ferai celui des autres francophones d'un Canada obsédé par la régression volontaire et sans fin du français chez lui, je ne le ferai pas parce qu'ici je n'en ai pas la place et qu'il me faudrait même tout le contenu d'un journal électronique pour le faire.
    Mais je vous dirai simplement que votre tentative de monter les uns contre les autres francophones a quelque chose non-seulement d'assez maladroit, mais de tout à fait inconvenant.
    Les francos du Canada ne sont pas les enfants naïfs que ce pays a déterminé depuis longtemps qu'ils ne pouvaient qu'être.

    Mes salutations les plus républicaines, Monsieur le ministre monarchiste.

    • Michel Thériault - Abonné 8 octobre 2015 12 h 43

      M. Côté, ce fut un énorme plaisir de vous lire ce matin. Je n'aurais pas pu être aussi éloquent et incisif que vous. Merci.

      Mes salutations, républicaines elles aussi.

    • Yves Corbeil - Inscrit 8 octobre 2015 14 h 14

      Merci Monsieur Côté.

      Merci beaucoup,

    • Yves Côté - Abonné 9 octobre 2015 04 h 13

      Messieurs Thériault et Corbeil, à mon tour je vous remercie de vos mots.
      Ce matin, lendemain de ceux-ci, c'est vous qui me donnez un peu de courage et d'énergie supplémentaires pour ne pas céder à cette facilité que nos amis fédéralistes excellent à nous tendre pour nous piéger.
      Diviser pour règner, disait César à ses troupes pour dominer le monde.
      Acadiens, Francos-Canadiens, Métis, Autochtones et Québécois, le temps et son appendice premier, l'histoire, ont fait de nous des frères et des soeurs. Sauf que les adversaires de la liberté des Hommes, complices volontaires ou inconscients de leur asservissement à la mécanique de la concentration des pouvoirs dans les mains de quelques puissants, se complaisent et s'efforcent à trouver des moyens pour éclater ce qui ne devrait être que notre solidarité.
      Entre autre façon d'oeuvrer pour eux, celle de monter les francophones du Canada les uns contre les autres afin de faire croire qu'un Canada monarchique représente la seule planche de salut pour les plus mal pris de nous. Alors qu'en fait, la situation dans laquelle ils se trouvent est non-seulement engendrée par un régime politique qui ne poursuit jamais que les intérêts des mieux nantis, mais qui y gagne à développer un conservatisme qui ne fait qu'accroître les inégalités des individus et des familles.
      Mais il restera toujours plus facile de briser des liens fraternels que de les entretenir...
      Je ne sais plus qui disait que si la pauvreté économique et culturelle ne profitait pas à quelques puissants, il y a longtemps qu'elle aurait été vaincue ?
      Je ne sais plus qui, mais je suis convaincu qu'il ou elle avait parfaitement raison...
      Que cette journée vous soit bonne, Messieurs.
      Celle-ci et toutes celles qui suivront...
      Mes amitiés.

  • Jean Lapointe - Abonné 8 octobre 2015 07 h 31

    Allons-nous accepter de mourir sans protester?

    «Nos deux gouvernements ont signé, l’an dernier, une déclaration consacrant le français comme l’une des caractéristiques fondamentales de l’identité canadienne.» (Jean-Marc Fournier)

    Le français est-il une simple particularité linguistique existant au Canada ou bien est-il la langue de l'un des deux peuples fondateurs de ce pays?

    Ce qu'on constate c'est que, conformément à la constitution canadienne que le Québec n'a jamais entérinée, les deux gouvernements actuels du Québec et de l'Ontario ont opté pour la défense du français partout au Canada.

    La langue française n'est plus pour eux la langue d'un peuple dont les origines remontent à la fondation de Québec en 1608 mais tout simplement l'une des deux langues officielles d'un Canada déclaré comme devant favoriser l'existence et le développement de plusieurs cultures.

    De leur côté les nationalistes québécois, et encore davantage les souverainistes parmi eux, considèrent la langue française comme faisant partie de leur identité et veulent par conséquent survivre en tant que peuple plutôt que de se laisser noyer dans le grand tout canadien, même si le français continue à y être favorisé.

    Il faut alors noter que si on accepte la position des premiers cela veut dire que c'en sera fini du peuple né en 1608 dont la langue est le français parce que le français ne deviendrait qu'un attribut parmi d'autres de «l'identité» canadienne.

    Allons-nous donc accepter de nous laisser mourir pour permettre à ce Canada de continuer d'exister? Moi pas en tout cas. Pourquoi ? Parce que justement je ne veux pas mourir. C'est une question d'instinct vital.

    • Yves Corbeil - Inscrit 8 octobre 2015 14 h 43

      Peut-être que M.Fournier s'apprête à promouvoir la loi 101 à la grandeur du Canada et que ceux qui visiteront les autres provinces retrouveront des affiches bilingues partout au pays. Des grosses lettres en français au Québec et des tites lettres dans les 9 autres provinces. Dites nous que ça vous a effleuré l'esprit cher ministre de la francacophonie Canadienne de Québec.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 8 octobre 2015 08 h 16

    La pensée magique

    J'aimerais qu'on me dise de quelle façon le Québec aide les autres provinces à respecter la langue française. Aucune loi Québécoise ne peut avoir juridiction à l'extérieur de son territoire. Le Canada est "officiellement" bilingue, mais si le gouvernement fédéral voulait vraiment promouvoir le français, ils ne seraient pas 2.6 millions, mais bien 4, 5 ou 6 millions de francophones hors-Québec, à l'aide de politiques d'immigration vigoureuses. Le gouvernement fédéral peut invalider ou nuire à n'importe quelle tentative de coopération entre les provinces. C'est la nature d'un gouvernement centralisateur.

    Depuis quelques années nous assistons plutôt à la fermeture d'écoles, à des combats pour la survie culturelle francophone dans les provinces canadiennes.

    Lorsque le Québec sera un enfin un pays indépendant fièrement francophone, alors et seluement alors nous pourrons tendre la main aux francophones du nouveau Canada et travailler avec eux pour défendre notre culture commune.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 octobre 2015 09 h 47

      En fait, ce n'est le Canada qui est officiellement bilingue; c'est le gouvernement fédéral. Ce genre de loi fédérale ne peut pas s'appliquer à la vie de tous les jours, puisque ce sont les provinces qui ont juridiction sur le commerce, le travail, l'éducation, la santé, les contrats, etc.

    • Yves Côté - Abonné 8 octobre 2015 10 h 33

      Monsieur Marcotte, la seule manière efficace pour aider les francophones du Canada est de proclamer la République au Québec.
      Alors, mais alors seulement, le Canada aura devant lui pour lui mettre de la pression internationale un pays français de langue qui respecte plus que les simples droits fondamentaux des anglophones qui y vivent.
      Parce que cette pression internationale tant nécessaire pour les français du Canada, preuve est faite qu'elle ne viendra jamais d'ailleurs dans le monde.
      En commençant par cette France que j'aime tant et où j'habite mais pour laquelle, d'évidence et que cela sorte de sa droite comme de sa gauche, seuls comptent ses propres intérêts économiques...
      Défendus étroitement et en dépit des conséquences que cette recherche à tout prix entraînent ailleurs dans la Francophonie mondiale.

      Merci de m'avoir lu.

  • François Dugal - Inscrit 8 octobre 2015 08 h 18

    Pourquoi se battre?

    Monsieur le ministre Fournier,
    Si le français est une langue officielle au Canada, pourquoi faut-il se battre pour la parler hors Québec?

    • Yves Corbeil - Inscrit 8 octobre 2015 14 h 17

      M.Dugal vous perdez votre temps, vous parlez avec un défenseur du Canada. Une perte d'énergie avec le plus grand hypocrite libéral.

    • François Dugal - Inscrit 8 octobre 2015 22 h 10

      @Yves Corbeil
      Pour faire progresser un débat, il faut poser les bonnes questions.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 8 octobre 2015 08 h 39

    Jean-Marc Fournier, défenseur de la langue ?

    « La réponse est non. Les progrès du français ... au Québec sont évidents, statistiquement démontrés ». Mais de quoi parlez-vous M. le ministre ? Vous oubliez d'ajouter ... « comme langue seconde » ... On voit bien dès lors votre fourberie et vos mensonges, ce qui est à l'avenant avec votre gouvernement. Votre intervention ne fait que démontrer votre cynisme et votre tra^.., euh .. travers (?) à l'égard du fait français au Québec. Honte à vous et vos semblables.