Le retour des conservateurs serait désastreux

Le gouvernement Harper a refusé de mettre sur pied une commission d’enquête nationale sur la disparition ou le meurtre d’environ 1200 femmes autochtones. Sur la photo tenue par Elisapee Sheutiapik, ex-mairesse d’Iqaluit, Mary Ann Birmingham, l’une des femmes autochtones victimes d’un meurtre.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le gouvernement Harper a refusé de mettre sur pied une commission d’enquête nationale sur la disparition ou le meurtre d’environ 1200 femmes autochtones. Sur la photo tenue par Elisapee Sheutiapik, ex-mairesse d’Iqaluit, Mary Ann Birmingham, l’une des femmes autochtones victimes d’un meurtre.

II est vrai que le débat sur le niqab divise les féministes. Certaines revendiquent le droit pour chaque femme de choisir ce qu’elle porte, fût-ce un niqab, tandis que d’autres croient qu’on devrait limiter le droit de le porter. Mais elles s’entendent toutes sur un point : le retour d’un gouvernement conservateur serait désastreux pour les femmes. Ainsi, nous souhaitons rappeler que ce lapin électoral sorti du chapeau de Harper n’est destiné qu’à détourner l’attention de neuf années d’actions conservatrices qui ont nui aux femmes d’ici et d’ailleurs.

Voici la triste énumération de ces actions :

La réduction de 37 % du budget de Condition féminine Canada et la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux de l’organisme ; l’abolition du programme de contestation judiciaire qui permettait aux femmes de se tourner vers les tribunaux pour obtenir l’équité salariale (désormais, un syndicat reconnu « coupable » d’aider une femme dans une plainte pour équité salariale pourrait écoper d’une amende de 50 000 $).

L’élimination du programme national de garderies et des ententes connexes avec les provinces qui étaient prévues. Les conservateurs l’ont remplacé par une allocation imposable de 100 $ par mois par enfant d’âge préscolaire.

La destruction des données du registre des armes d’épaule, un document que les corps policiers jugeaient utile dans la lutte contre la violence conjugale et la prévention d’éventuelles tueries comme celle de Polytechnique ; l’instauration du fractionnement du revenu, qui nuit à l’indépendance financière des femmes. Cette mesure fiscale pourrait inciter la personne qui, dans un couple, gagne le salaire le moins élevé à quitter le marché du travail. Dans une majorité de couples, cette personne est une femme.

Le report de l’âge d’admissibilité aux prestations de Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans, qui pénalisera particulièrement les femmes. Une majorité d’entre elles ayant gagné moins que les hommes au cours de leur vie, leur coussin de retraite est moins important. Reporter de deux ans l’accès à ces sources de revenus aura de graves conséquences pour beaucoup de femmes.

Le retrait, du jour au lendemain, du financement que recevaient 12 organismes venant en aide aux femmes. Ces groupes avaient en commun de s’opposer à la politique adoptée par le gouvernement conservateur en matière de soutien à la santé maternelle à l’international, qui refuse de financer tout programme humanitaire s’accompagnant de soutien à l’avortement, même en cas de viol.

L’abolition du Programme de contribution pour la santé des femmes, la fermeture de l’Agence canadienne de contrôle de la procréation assistée et la suppression du Conseil du bien-être social ; l’absence de représentativité des femmes au sein des instances et nominations conservatrices (les femmes ne représentent que 17 % du caucus conservateur, et seules 30 % des personnes nommées au Sénat sont des femmes) ; l’élimination du financement au groupe Soeurs par l’Esprit, qui travaillait à recenser les femmes autochtones disparues.

Mais surtout, surtout, le refus de mettre sur pied une Commission d’enquête nationale sur la disparition ou le meurtre de 1200 femmes autochtones. Tout cela sans compter, comme nous l’apprenait Le Devoir du 24 septembre 2015, qu’au moins un quart des candidats conservateurs sont contre l’avortement. Sans évacuer le malaise qu’éprouvent plusieurs femmes devant le port du niqab, nous nous unissons derrière l’idée que les conservateurs sont les véritables adversaires des droits de toutes les femmes.

*Ont également signé ce texte: 
Danielle Proulx (comédienne, Montréal), Anne-Marie Olivier (comédienne et auteure, Québec), Léa Clermont-Dion (candidate à la maîtrise, Montréal), Martine Delvaux (auteure et professeure, Montréal), Nadjet Bouda (candidate à la maîtrise, Montréal), Johanne Heppel (traductrice, Montréal), Suzanne Bouclin (professeure de droit, Ottawa), Armande Babin (mère à la maison, Québec), Armande Saint-Jean (professeure retraitée, Sherbrooke), Françoise Pelletier (chroniqueuse, Saint-Hyacinthe), Catherine-Amélie Côté (comédienne, Montréal), Aurélie Lanctôt (étudiante en droit, Montréal), Ève Landry (comédienne, Montréal), Marie-Thérèse Fortin (comédienne, Montréal), Carole Fréchette (auteure, Montréal), Lorraine Pintal (comédienne et metteure en scène, Montréal), Helen Faradji (critique de cinéma, Montréal), Ginette Noiseux (directrice de théâtre, Montréal), Sarah Berthiaume (auteure et scénariste, Montréal), Sandrine Ricci (doctorante et chargée de cours, Montréal), Katherine Marcil (étudiante, Québec), Émilie Tremblay (travailleuse de la culture, Québec), Jenny Corriveau (conseillère publicitaire, Amos), Marie-Josée Forget (comédienne, Montréal), Liliane Roy (journaliste à la retraite, Québec), Jessica Gaouette (avocate, Gatineau), Rachel Touzel (ingénieure, Montréal), Aurélie Monet Kasisi (architecte, Montréal), Maud Pontel (coordonnatrice, Montréal), Valérie Arsenault (artiste, Sherbrooke), Gaëlle Baïlon-Poujol (enseignante, Rimouski), Maude Bonneville (enseignante, Montréal), Mylène Jaccoud, (professeure, Montréal), Marie-Ève Sylvestre (professeure, Ottawa), Martha Jackman (professeure, Ottawa), Annick Vallières (doctorante, Saint-Jean-sur-Richelieu), Élise Allard (comptable, Montréal), Gabrielle Ladouceur-Despins (Montréal), Ghislaine Jalbert (retraitée de la fonction publique, Montréal), Catherine Lavarenne (étudiante au doctorat, Montréal), Élisabeth Germain (militante féministe, Québec), Christiane Bessette (rédactrice, Nantes), Marilyn Perreault (comédienne, Montréal), Julie Boivin (candidate à la maîtrise, Montréal), Julie Charron (enseignante, Montréal), Camille Ng (entrepreneure web, Montréal), Myriam Côté (comédienne, Montréal), Justine Éthier (conseillère à l'exportation, Saint-Sauveur), Aurélie Baïlon-Poujol (infirmière, Ottawa), Lori Saint-Martin (auteure et professeure, Montréal), Pascale Navarro (auteure et journaliste, Montréal), Julie LeBreton (comédienne, Montréal), Brigitte Poupart (comédienne et metteur en scène, Montréal, Sonia Ghaya (Montréal), Isabelle Doutreloux (Verdun)

8 commentaires
  • Josée Lafontaine - Inscrite 5 octobre 2015 06 h 33

    Dans la même lignée que les libéraux au Québec !

    • Johanne St-Amour - Inscrite 5 octobre 2015 10 h 20

      Le retour des conservateurs seraient catastrophiques, mais ne banalisons pas non plus les voiles islamiques SVP. Déjà l'introduction de ce texte mentionnant que certaines féministes croient au choix du port d'un voile en dit long sur l'abondon de certaines face aux libertés des femmes. Relativisme culturel? Démission devant les intégrismes qu'on veut «voiler»?

      «"Le voile, c'est un rapport obsessionnel au corps, à la chair, au sexe. Le voile, c'est le contrôle de la sexualité des femmes. Ne soyons pas assez naïfs pour croire que le hidjab serait acceptable, voire "progressiste" alors que le niqab serait "rétrograde" et inacceptable. La différence entre les deux ne tient qu'à la taille du tissu." Ma vie à contre Coran, Djemila Benhabib page 79

  • Denis Marseille - Inscrit 5 octobre 2015 06 h 41

    Je suis un homme et...

    Je vous appuie et je signe.

    Denis Marseille

    • Johanne St-Amour - Inscrite 5 octobre 2015 10 h 24

      Jamais je ne signerai un tel texte. Parce que c'est tenter de faire passer des choses inacceptables en voilant d'autres choses tout aussi inacceptables! Dénonçons, mais dénonçons toutes les inégalités! Ne faisons pas de la politique à rabais!

  • Jean-Marc Simard - Abonné 5 octobre 2015 09 h 33

    Je signe

    J'approuve et signe ce texte...Merci de le publier...

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 5 octobre 2015 11 h 41

    Non au retour de l’obscurantisme

    Même si je suis d’accord avec vous pour dire que le retour de Harper serait un désastre, et le mot est faible, je ne comprends toujours pas comment des femmes qui se disent féministes peuvent encore nous raconter que la femme est libre de porter ou non le niqab.

    Avant d’être un vêtement, le niqab est de la propagande ambulante contre l’égalité homme/femme.

    Autant je ne voterai pas pour Harper qui veut interdire le niqab à sa convenance, tantôt oui, tantôt non selon les circonstances, autant je ne voterais pas pour une femme qui voudrait me faire croire que le niqab c’est un vêtement comme un autre.

    Pour tout le reste; oui il faut bloquer Harper.

  • Michel Blondin - Abonné 5 octobre 2015 12 h 27

    Je ne partage pas votre point de vue.

    La quasi-unanimité des gens du Québec ne veut pas du niqab. Votre texte met sur le même pied un faux principe. En maître du jeu au Québec, l'Assemblée nationale au complet ne vous suivrait pas dans ce raisonnement inversé.
    Votre texte dit, d'une manière, dans son préambule, que les deux options sont valides. Fausse prémisse.
    Il banalise l'emprise sur la femme de prétendus dogmes. Insoutenable en occident. De ces manières visibles par négation de l'identité de cette dernière, au profit de la prévalence de croyances sur la primauté du droit, c'est non.
    Je ne partage pas votre point de vue qui banalise tout cela.

    Quant au NDP qui n'a fait que des promesses, mais n'a jamais rien fait en 150 ans, par absence au gouverne du pouvoir et ces libéraux qui ont imposé la prison à des milliers de Québécoises et Québécois, sans avoir été jugé et cette constitution enfoncée dans gorge du Québec, votre texte que de rejeter l'un, ignore le passé des deux autres.
    Cette opinion, je ne la partage pas, non plus. Sans, toutefois, signer son contraire.