Lettres: La construction de la centrale thermique du Suroît: penser à l'avenir

Lettre à Sam Hamad, ministre des Ressources naturelles - Je suis un simple citoyen de cette planète que j'aime profondément. Conscient des risques que pose l'activité humaine sur la vie, j'ai récemment pris de nombreuses mesures afin de réduire l'impact négatif de ma vie sur l'environnement. Je pratique la récupération et le compostage, je tente de consommer moins et, lorsque je consomme, je tente d'orienter mes choix vers des produits et des services qui ne posent pas ou peu de préjudices à la vie.

Dans cet esprit, j'ai récemment changé de voiture pour un modèle plus petit qui consomme moins d'essence. J'ai fait le choix de ne posséder qu'une voiture même si ma conjointe et moi sommes très actifs socialement. J'utilise les transports en commun le plus souvent possible et je pratique le covoiturage lorsque je peux le faire. Ces choix n'ont que très peu d'impacts sur le climat, j'en suis conscient, mais ils me donnent au moins l'espoir de croire que, multipliés par mille, cent mille, voire des millions de choix semblables, ils pourront un jour nous sortir de l'enfer climatique dans lequel nous nous sommes engagés.

Ce matin, j'ai été estomaqué par l'annonce de la construction, malgré l'avis éclairé du BAPE, de la centrale thermique du Suroît, à Beauharnois. Ce projet rétrograde va augmenter de 2,8 % nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui équivaut à l'ajout de près de 600 000 voitures au parc automobile québécois, et ce, malgré notre engagement envers le protocole de Kyoto. Cette décision constitue une aberration et, j'en suis convaincu, minera les efforts de nombreux citoyens qui, comme moi, ont l'avenir de la planète à coeur. Comme le dit si bien Hubert Reeves dans son excellent ouvrage intitulé Le Mal de Terre, dont je vous recommande la lecture, «nous sommes engagés dans une gigantesque expérimentation sur le climat à l'échelle de la planète. Nous en observons les effets déjà bien visibles et nous surveillons avec angoisse ceux qui vont subvenir. Personne ne peut prévoir quand cette expérimentation s'arrêtera, ni comment la biosphère se présentera alors. Contrairement à l'expérimentateur scientifique, nous ne pouvons pas simplement arrêter le déroulement de l'expérience au cas ou elle tournerait mal, ni même fermer le labo et rentrer chez nous. Nous sommes dans l'éprouvette. Non seulement nous, mais aussi nos enfants et nos petits-enfants».

Avez-vous des enfants, M. Hamad? Moi, j'en ai trois, et ils ont peur pour leur avenir. Avez-vous à coeur la suite du monde? Réfléchissez-vous aux conséquences de vos décisions pour les Québécois et pour tous les autres humains qui partagent la biosphère? N'êtes-vous pas responsable de nos forêts, qui risquent un dépérissement accéléré à cause des changements climatiques?

Le Québec dispose de ressources infinies pour produire de l'énergie propre. Je parle ici d'énergie éolienne et solaire ainsi que d'économie d'énergie. Le Québec a le potentiel de devenir, comme l'Allemagne, un exemple de comportement éthique dans le domaine énergétique. Comment se fait-il que vous n'ayez pas davantage de vision à long terme? Vous argumentez que ce projet est essentiel à notre santé économique. Cette vision est de courte vue, pour ne pas dire sans vue du tout. Le développement de sources d'énergie propre deviendra à court terme très rentable d'un point de vue économique pour le Québec si nous prenons maintenant le virage des énergies douces.

En tant que citoyen avisé et conscient, je m'inscris en faux contre ce projet et vous demande de ne pas aller de l'avant avec cette centrale au gaz car, de toute façon, la conscience collective québécoise fera en sorte qu'un jour prochain, nous la démantèlerons.

S'il n'y a pas de lune, nous en ferons une.