Les francophones hors Québec comptent, eux aussi

Désormais dans la dernière ligne droite de la campagne électorale fédérale, il faut se rendre à l’évidence que les francophones hors Québec ont été ignorés. Pour l’essentiel, les partis politiques ont esquivé leurs nombreuses préoccupations ainsi que la question plus globale des langues officielles au Canada. À cet égard, le premier débat des chefs en français fut une occasion ratée pour tous les chefs de parti. Il en va de même pour notre diffuseur national, Radio-Canada.

Pourtant, le milieu associatif de la francophonie canadienne est mobilisé depuis le début de la campagne. Des groupes ont dressé des listes d’enjeux sur lesquels ils souhaitaient entendre les principaux partis politiques : le plein respect de la Loi sur les langues officielles et des droits linguistiques, un réinvestissement dans les institutions gérées par et pour les francophones, l’employabilité des jeunes francophones, l’immigration francophone, la remise en question du mandat de Radio-Canada dans les milieux francophones, le bilinguisme des juges à la Cour suprême et la représentation des minorités au Sénat. Les enjeux ne manquent pas.

Silence radio

Durant la campagne, le NPD s’est engagé à « augmenter les droits linguistiques », une formule vide de sens qui soulève autant de questions qu’elle en résout. Pour leur part, les libéraux se sont limités à déclarer que l’unité nationale est l’un des dossiers qui préoccupent les minorités francophones. Certes, mais qu’en est-il des nombreux enjeux concrets mis de l’avant par le milieu associatif ? Chez les conservateurs, c’est silence radio.

Les francophones d’à travers le pays espéraient que le débat des chefs organisé par le consortium dont faisait partie Radio-Canada les éclairerait sur les engagements des partis concernant certains des enjeux clés qui les touchent. Ils espéraient aussi que le scénario du débat en français de 2011, essentiellement centré sur le Québec, ne se reproduirait pas. Ils ont vite déchanté. Encore une fois, les enjeux de la francophonie canadienne sont passés inaperçus, négligés dans les questions posées par les journalistes et dans les réponses des chefs de parti.

Est-ce à dire que le gouvernement conservateur a réussi, en faisant si peu de cas des langues officielles dans sa représentation du pays depuis son arrivée au pouvoir, à faire disparaître les enjeux linguistiques du débat public ? Est-ce que la peur de Justin Trudeau de parler de la Constitution a fait en sorte qu’il ne peut plus rappeler que les langues officielles sont une caractéristique fondamentale du pays ? Au NPD, est-ce que les langues officielles sont dorénavant une arrière-pensée depuis la retraite du député acadien Yvon Godin ?

Heureusement, les francophones hors Québec se sont fait entendre dans les médias sociaux pour exprimer leur mécontentement. Ils ont été nombreux à participer à la campagne de contestation avec le mot-clic #nouscomptons.

L’électorat francophone au Canada n’est pourtant pas négligeable. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada a ciblé une trentaine de circonscriptions partout au pays où le vote francophone pourrait être décisif le 19 octobre. Dans un contexte où les sondages sur les intentions de vote montrent que rien n’est joué, les partis politiques peuvent-ils vraiment se permettre de négliger les électeurs des communautés francophones ? Peut-on espérer que lors de la soirée électorale, le diffuseur public donnera la part belle à ces circonscriptions où les francophones hors Québec pourraient contribuer à décider quel parti composera le prochain gouvernement ?

Malgré leur absence du discours public, les francophones hors Québec comptent, eux aussi.

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6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 30 septembre 2015 06 h 11

    Triste

    Malheureusement, pour le Canada tout entier, l’électorat francophone du Canada hors Québec est depuis longtemps négligeable.
    J'en suis peiné, mais ma peine ne justifie pas de me détourner les yeux d'une situation si longtemps voulue, qu'elle en est devenue fait observable.
    Réalité à l'identique du sort qu'il programme pour les Québécois. Il faut être aveugle, ou aveuglé, pour ne pas se rendre compte des agressions politiques volontaristes et successives assénées en réponse canadienne de la grande frousse référendaire de 1995...
    Les francophones du Canada ne comptent pas plus pour l'établissement de politiques justes dans ce pays, que ne compte le sort véritable des Inuits et des Amérindiens.
    Seul ce qui compte est la part folklorique de ces groupes, pour mousser l'image d'Epinal du Canada. A l'étranger comme à l'intérieur.
    Pour avancer, ne faudrait-il pas tous l'admettre ?
    Dans le cadre idéal de la continuité politique que le Canada se fait de lui-même, idéal toujours plus unilingue et contre-historique, seul un Québec qui tient à la langue française peut arriver à bousculer ses certitudes suprémacistes.
    Constat que le Canada a fait lui-même et qui explique sa volonté d'amoindrissement progressif et continu des particularismes québécois. Particularismes linguistiques, culturels, politiques, sociaux, historiques, particularismes nationaux puisque ceux d'un peuple qui habite depuis quatre cent ans sur un territoire auquel il donne une personalité unique.
    Particularismes qu'il lui faut donc, et à tout prix, dévaloriser aux yeux de tous; à l'intérieur du Québec comme à l'étranger. Parce que dans le reste du Canada, la dévalorisation est si bien et largement entretenue depuis des générations, qu'elle y est devenu indiscutable.
    Indiscutable, tel l'emprisonnement identitaire combien triste des francophones qui en ce pays, n'ont pas d'autre possibilité que de s'identifier à un Canada qui n'a plus rien de commun avec celui qui leur a donné fierté d'un nom collectif.

    • Louise Melançon - Abonnée 30 septembre 2015 10 h 41

      Je considère que le Québec devrait travailler pour les francophones hors Québec. Je suis d'avis que Gilles Duceppe devrait intégrer cela dans son programme électoral.

  • Pierre Bernier - Abonné 30 septembre 2015 07 h 43

    Constat ?

    L'esprit de ce texte occulte-t-il l' "épaiseur du réel" ?

  • Nicolas Bouchard - Abonné 30 septembre 2015 09 h 44

    Les francophones hors-Québec comptent en effet mais le Canada les a oubliés, un peu de la même façon qu'il a oublié les Premières Nations.

    Peut-être un jour verra-t-on des pièces de monnaie à l'effigie des canadiens-français un peu comme il est fait pour "célébrer" les Premières Nations, que l'on oublie par la suite.

    La seule chose qui a d'importance est cette satanée unité nationale et le reste n'est qu'outil pour la maintenir.

    Nic B.

  • Jean Richard - Abonné 30 septembre 2015 11 h 39

    Une arme qui se retourne contre les Francoquébécois

    Les Francophones hors Québec devraient comprendre une chose : si on leur donne quelques outils pour se faire entendre et se faire respecter au Canada, les Anglophones du Québec vont immédiatement sauter sur l'occasion pour défendre leurs privilèges (bien plus que des droits, des privilèges), ce qui minera les efforts du Québec à préserver la diversité linguistique continentale.

    Les Angloquébécois ne font pas dans la nuance. Souvent indifférents ou trop souvent hostiles à la langue et à la culture francophone au Québec ou au Canada, ils refusent de reconnaître qu'ils sont, tant à l'échelle fédérale que continentale, fortement majoritaire. On ne peut s'empêcher de sourire quand on les entend prétendre qu'ils se sentent menacés.

    Bref, si on donne des munitions à des minorités mais que la majorité les détourne à ses fins bien identifiées, les minorités finiront par être perdantes.

    Ils ne faut pas trop compter sur les politiciens pour assurer la survie du français au Canada. Harper n'a rien à foutre du français. M. Mulcair a déjà combattu la loi 101. M. Trudeau est trop fier d'être le fils de celui qui a le plus contribué à la division entre les Francophones du Québec et ceux du ROC.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 30 septembre 2015 17 h 00

    Bienvenus

    Les francophones hors-Québec sont les bienvenus au Québec.