La centrale thermique du Suroît demeure inacceptable

Le ministre des Ressources naturelles du Québec et le président d'Hydro-Québec font preuve d'une imagination on ne peut plus fertile lorsqu'ils tentent de justifier une version revue et améliorée de la centrale thermique du Suroît qui, dans les faits, ne réduira que d'une très infime partie les gaz à effet de serre du Québec, comparativement à la version initiale du projet, rejetée par le BAPE.

Ils se montrent cependant beaucoup moins imaginatifs pour identifier les nombreuses alternatives qui permettraient au Québec de respecter ses engagements à l'égard du protocole de Kyoto et d'assurer l'approvisionnement en électricité de la province sans recourir à une centrale au gaz.

Il est tout simplement aberrant que le Québec ne consacre pas plus d'énergie à promouvoir et à développer les solutions alternatives, pourtant connues. Par exemple, un projet-pilote mené dans deux municipalités québécoises a déjà démontré qu'un programme national d'économies d'énergie permettrait d'épargner la moitié de l'énergie qu'Hydro-Québec croit possible de tirer de sa future centrale au gaz, et ce, pour le tiers du coût par kilowatt. Un tel objectif pourrait être obtenu uniquement avec des mesures «légères», ce qui n'inclut pas, par exemple, de gros travaux comme l'isolation des murs et plafonds ou le remplacement des fenêtres, qui, en toute logique, devraient aussi faire l'objet d'un programme national pour préserver nos ressources d'énergie existantes.

Par ailleurs, il est décourageant de constater le peu d'intérêt affiché depuis toujours par Hydro-Québec pour l'éolien, une énergie propre et renouvelable, extrêmement développée dans certains pays européens, comme l'Allemagne. L'efficacité de ce mode de production est pourtant démontrée, et ce, à un coût équivalent à celui du gaz naturel, sans ses retombées négatives pour l'environnement.

Le Québec pourrait devenir un chef de file en Amérique du Nord en matière d'énergie éolienne. Mais Hydro-Québec préfère se contenter de modestes achats de 1000 MW d'électricité produite à partir d'éoliennes et devenir plutôt le leader d'une nouvelle technologie basée sur une source d'énergie non renouvelable et qui demeure aussi polluante que favorable au réchauffement climatique.

Dans son rapport no 170, la commission du BAPE en est arrivée à la conclusion qu'elle ne pouvait souscrire à la mise en oeuvre de ce projet dans une perspective de développement durable: «Elle considère que son autorisation devrait être conditionnelle à la démonstration claire qu'il ne compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto.» Or le gouvernement du Québec et Hydro-Québec viennent de se montrer incapables de faire cette démonstration en ce qui a trait au nouveau projet.

Pour toute justification, le ministre des Ressources naturelles clame que le Québec s'avère la province canadienne qui émet le moins de gaz à effet de serre, sous-entendant ainsi que les Québécois peuvent donc se permettre de polluer davantage. Sam Hamad semble avoir oublié que son parti a appuyé l'entente de Kyoto et entériné l'engagement du Québec de réduire ses GES de 7 %. Il faudrait aussi lui rappeler que le protocole de Kyoto est déjà nettement insuffisant pour faire échec au réchauffement climatique et que, par conséquent, tous les gouvernements devront tôt ou tard prendre des mesures encore plus draconiennes.