Retour vers la RAMQ

Après m’être désaffilié de la RAMQ en juin dernier, je choisis de participer à nouveau au régime d’assurance maladie du Québec. Ma période de non-participation à l’assurance publique se résume à trois mois de bénévolat médical dans une clinique communautaire et à trois semaines de rémunération directe pour visiter à domicile des patients âgés entre 3 et 93 ans, la majorité ayant près de 90 ans.

La raison première de mon retour vise, paradoxalement, à préserver ma liberté professionnelle. Devoir être rétribué par les patients me dérange et m’empêche d’effectuer mon travail de médecin jusqu’au bout. Je veux conserver la possibilité de réévaluer un patient un jour plus tard, une semaine plus tard ou un mois plus tard, selon mes seules obligations déontologiques et la nécessité médicale, et non selon la capacité ou la volonté de payer du patient. Ce désir de liberté professionnelle surpasse celui de m’affranchir des divers bâtons bureaucratiques du système de santé.

D’autres raisons ont contribué à mon retour rapide dans le giron du réseau de la santé. Parmi celles-ci, la nostalgie d’une collaboration avec les collègues du réseau, rendue ardue par l’étanchéité du système public. Je suis déjà en pourparlers pour établir un partenariat avec un groupe de médecins de famille.

Cette «main mise sur le rond du poêle» m’a néanmoins permis de constater que ce que j’ai offert, durant cette brève période, répondait à une demande sociétale criante pour un retour aux sources de la médecine, une amélioration des services à la clientèle et une modernisation communicationnelle.

Réservation en ligne, accès rapide, absence d’attente téléphonique ou dans une salle d’attente, évaluation de plusieurs membres de la famille lors d’une visite à domicile («médecine familiale»), questionnaires médicaux en ligne pour optimiser les consultations, téléconsultations, messagerie par Internet, dossier médical électronique. Voilà quelques ingrédients qui ont fait la satisfaction de mes quelques patients et de leur famille, et l’espoir de bien d’autres.

Je souhaite continuer à développer ces services avec collègues et partenaires, voire à bâtir une réseau de médecins à domicile au Québec. Toutefois, l’assujettissement aux règles de la RAMQ implique plusieurs entraves bureaucratiques. Je devrai, en premier lieu, demander un permis de travail dans ma région. Les quotas étant limités par le ministère, il est administrativement possible que l’on me refuse un tel permis de travail et que l’on me l’accorde dans une autre région. En outre, un comité devra juger si ma pratique à domicile et dans une clinique communautaire fréquentée par des personnes démunies est prioritaire ou non. Si elle est jugée non prioritaire, je serai lourdement pénalisé.

Enfin, les règles imposées par le ministre de la Santé font en sorte d’inciter le médecin à suivre une cohorte de patients et de fermer hermétiquement ses portes aux autres qui sont sans médecin de famille ou dont le médecin n’est pas disponible. Faire le contraire serait, une fois de plus, à mes dépens.

Du point de vue comptable, le médecin à domicile peut être perçu comme une ressource peu productive qui s’occupe de personnes peu productives. Pourtant, le besoin des patients et des familles, lui, est bien réel, et la valeur intangible ajoutée par un tel service est immense pour la société.

Je suis animé du désir de construire, d’innover, d’enseigner. De servir, de fournir mon expertise au réseau, autant dans le domaine des soins de proximité qu’en gestion. Je retrouve avec plaisir ma voix. Et surtout ma plume.

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