Fin de guerre ou affrontement russo-américain en Syrie?

L’adage qui veut qu’il soit facile de commencer une guerre mais difficile de la terminer se vérifie en Syrie. La chute de Bachar al-Assad était une question de semaines, serinaient avec aplomb l’occupant du Quai d’Orsay et une brochette d’oracles de moindre pointure. La guerre, toutefois, est une malicieuse : l’État syrien a la mauvaise grâce de ne pas s’effondrer, et les « rebelles » épris de liberté le mauvais goût de se révéler des djihadistes barbares et égorgeurs. Chemin faisant, le moulin à rêves de la « communication » se grippe, cédant la place au cauchemar : le monstre à la Frankenstein est hors de contrôle, en passe même de faire un mauvais sort aux géniaux stratèges et autres apprentis sorciers qui l’ont couvé. Naissent aussi le premier foyer du terrorisme mondial et le modèle pour la perpétration d’abominations sur tous les continents.

L’objectif non déclaré de cette guerre nouveau genre est de faire capoter l’alliance Iran-Syrie-Hezbollah en lui retirant sa pièce maîtresse, le pilier syrien. Non seulement le but n’est pas atteint, mais les États-Unis, chefs de file de la coalition antisyrienne, mettent en veilleuse leur politique anti-iranienne. L’accord du 14 juillet ouvre enfin des perspectives de règlement, mais le chemin est hérissé d’obstacles.

Inquiétudes russes

Depuis le début en 2011, les Russes le cherchent car il en va de leur sécurité, impérieuse réalité. La Russie est la cible ultime de l’incendie allumé sur sa périphérie. La Syrie constitue son point d’appui en Méditerranée, et une rupture de l’alliance Iran-Syrie-Hezbollah serait autant d’avancées de l’OTAN sur son flanc sud.

S’ajoute enfin le facteur djihadiste qui vise la Russie au premier chef. Après la Syrie, elle est le prochain pays à déstabiliser. Les djihadistes originaires de la Russie se font la main en Syrie et en Irak, et l’on dit que la langue de travail au quartier général du « califat » est autant le russe que l’arabe. La Russie a tout intérêt à anéantir les djihadistes au Moyen-Orient afin de ne pas les rencontrer chez elle.

Une coalition pour quoi faire ?

Telle n’est pas la politique des États-Unis. La coalition américaine se limite à endiguer le « califat », l’empêchant de se répandre en territoire interdit mais lui laissant la voie libre en Syrie. Les colonnes de camions et de pick-up de Daesh qui ont pris Palmyre le 21 mai ont circulé à découvert en plein désert sans être inquiétées par l’US Air Force. En clair, les États-Unis comptent sur les djihadistes comme levier et atout en Syrie, plus tard en Russie.

Purement aérienne, la coalition américaine ressemble, au mieux à une gesticulation, au pire à un écran de fumée pour une future campagne de bombardement contre la Syrie. La guerre évitée en septembre 2013 serait déclenchée sous un nouveau prétexte. Et ce n’est pas la déclaration du 25 août du président français sur la priorité de la « neutralisation » de Bachar al-Assad qui dissipe les soupçons. Rongeant son frein depuis 2012, Hollande annonce l’envoi d’avions en Syrie en 2015, à l’instar de Cameron. Les deux disent vouloir cibler les djihadistes de leurs pays, plaisanterie qui renforce la suspicion sur le véritable motif.

Initiatives russes et ambiguïtés américaines

L’accord irano-américain signé, la Russie s’affaire à constituer une coalition qui éradiquerait les djihadistes par une opération terrestre, seul moyen d’en finir. La priorité est à la lutte contre le djihadisme, associée à une intégration au pouvoir de l’opposition politique, des élections et une conférence de paix régionale. Le 17 août, le Conseil de sécurité de l’ONU approuve un plan de paix comprenant un processus politique menant à une transition. Sollicités par la Russie pour se joindre à une coalition comprenant la Syrie et l’Iran, Turcs et Saoudiens se récusent, soutenus par les Américains, les trois réclamant d’abord ou en même temps le renversement du gouvernement syrien.

Le djihadisme aurait de beaux jours devant lui. À qui d’autre la coalition occidentale ferait-elle appel ? La fantomatique armée de « modérés » que les États-Unis dépensent 500 millions à former compte en tout et pour tout cinq combattants, chiffre qui tient de la comédie. Du coup, le scénario qui pointe est « libyen » : bombardements aériens occidentaux en lien avec les djihadistes au sol.

À aucun prix une telle issue n’est envisageable pour la Russie. La tentative de collaborer n’ayant pas porté ses fruits, il lui reste l’intervention par elle-même. Le renseignement américain exagère à dessein le renforcement de la présence militaire de la Russie. Mais celle-ci n’est pas mécontente de témoigner, en guise d’avertissement, être disposée à joindre l’acte à la parole.

Restent ouvertes deux options : un accord américano-russe qui permettrait d’annihiler les djihadistes par des opérations terrestres et de mettre fin à la guerre, ou un coup de main occidental contre la Syrie, entraînant une réaction russe. Une négociation serrée et à haut risque est prévue entre Russes et Américains à l’ONU fin septembre.

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10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 septembre 2015 01 h 55

    Une religion ou plusieur, voila le grand dilemme

    Il va etre difficile pour la Russie de s'associer aux américains pour empécher le mouvement djiadiste de venir les envahir, ils vont se retrouver avec les memes difficultés que nous avons avec la liberté religieuse, s'il fut un temps ou la Russie était anti-religion elle a beaucoup changée, mème le président est devenu pratiquant et les églises sont redevenues des lieux de cultes, a moins de définir une religion comme étant la religion d'état, il va etre difficile d'empecher les djiadistes de vouloir s'implantés

  • Fernand Laberge - Abonné 23 septembre 2015 06 h 51

    Et voilà...

    ... comment un prétexte religieux est exploité depuis des années par des apprentis-sorciers qui confondent volontairement leurs intérêts et ceux de leurs populations.

    Au prix du chaos et du recul ainsi justifié du libéralisme.

    Et d'un dangereux silence en faveur des intérêts de la famille Saoud - qu'on laisse massacrer sa jeunesse pour maintenir sa gérontocratie prétendument «islamique» - jusqu'au coeur de l'ONU.

    Merci M. Saul. Rassurant de voir qu'il y en a encore qui réfléchissent au-delà de la vision simpliste encouragée par nos dirigeants. Du moins, tant que, comme le Japon, ils ne mettront pas la hache, pour motif d'efficacité économique, dans les «inutiles» sciences humaines.

    • Richard Bérubé - Inscrit 23 septembre 2015 10 h 29

      Monsieur Laberge, le Japon est sur le point de changer sa constitution ré-écrite après le 2ieme guerre mondiale afin de pouvoir se réarmer et pouvoir ainsi s'engager dans des guerres ne la concernant pas du tout en terme de sécurité nationale, tel que s'engager auprès des USA à travers le monde....donc vous voyez bien que ce qui se passe au moyen-orient est en train de se transmettre à travers la planète....
      réf: émission Crosstalk sur RT TV du 21 septembre 2015 avec Peter Lavelle et ses invités...tout cela sur le web...

  • Richard Bérubé - Inscrit 23 septembre 2015 07 h 29

    Ils la veulent tellement cette guerre, la troisième!

    Comme dans la lettre d'Albert Pike écrite à Mazzini dans les années 1860 et quelques, ou Pike y décrit les 3 guerres mondiales...regardons le scénario qui se déroule dans la région et on peut y imaginer le pire...

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 septembre 2015 10 h 44

    Meuh non, meuh non!

    Tous les états ont intérêt à laisser pourrir la situation le plus possible. L'Occident a trouvé sa "bête horrible" qui lui permet d'augenter son espionnage interne et le climat de paranoïa qu'il souhaite pour mieux diviser les gens, la Russie par Poutine peut clamer que le monde entier est contre elle et qu'elle secoure la pauvre Syrie.

    Tout le monde utilise le terrain comme un laboratoire pour voir les dernières méthodes que les terroristes utilisent, y compris la manipulation des masses et l'utilisation des médias. Comme ça on a une gentillette guerre facile à contrôler.

    Une guerre mondiale ? Faut pas délirer.
    Une guerre froide, certainement: elle est déjà commencée, répondant ainsi aux voeux des grandes puissances qui y sont entrées dans une belle camaraderie.

    Quand on parle de théâtre d'opération, on devrait dire théâtre de monde. Une très mauvaise farce.

    • Richard Bérubé - Inscrit 23 septembre 2015 13 h 42

      Attention à vos affirmation monsieur Trottier...pas si certain que tout ce que les américains et alliés font soient aussi sécuritaire que vous ne le croyiez...c'est un peu la pensée magique vos croyances....si les américains installaient des missiles en Ukraine, les russes les ont avisés que cela pourrait déclencher des ripostes par avertissement, autrement dit si les russes détectent un lancement de missile même par erreur, trop tard la riposte est partie, même chose avec la Chine...et un bon jour (pas souhaitable) les autres nations vont en avoir assez des manigeances américaines à l'étranger...c'est beau de faire ch..r les autres mais il y a de lourdes pertes financières avec les sanctions et ce n'est pas aux yankees de dicter leur désirs aux autres...quand vous verrez vos enfants et petits enfants ce faire tuer sur les champs de bataille il sera trop tard, si il y a des champs de batailles il se pourrait que ce soit de la friture nucléaire....

    • Yves Corbeil - Inscrit 23 septembre 2015 14 h 28

      Voyons donc M.Bérubé et si votre prophétie s'avérait vraie, bien on disparaitrait pour revenir plus tard refaire le monde autrement. Mais en attendant je crois plus qu'on va continué à payer son billet de spectateur impuissant face au jeux de ceux qui dominent la planète dans l'anonymat

    • Richard Bérubé - Inscrit 23 septembre 2015 15 h 37

      Pas si drôle hein monsieur Corbeil...j'espère seulement être dans le champ avec mes analyses de profane....

    • Jean-François Trottier - Abonné 23 septembre 2015 16 h 31

      M. Bérubé, s'il fallait vous prendre au mot la 3ème guerre mondiale aurait été déclarée vers 1955.

      Autrefois on parlait d'équilibr de la terreur pour expliquer qu'elle ne soit jamais déclenchée. Cet équilibre existe toutjours et tant la Russie que les Américains tiennent à le conserver.

      D'autre part, il est évident que si l'un des grands joueurs voyait une chance nette de triompher, il l'utiliserait... mais sinon, chacun garde son quant-à-soi, regarde les petits s'entretuer, continue à les fournir en armes bien sûr (c'est tellement payant!), et en profite pour faire de grosses peurs à son bon peuple pour le garder en laisse.

      Tant qu'ils sont au pouvoir, pourquoi changeraient-ils cet état de faits ? Faudrait être idiot.

      Nous vivons dans une variante soft du roman 1984, enfin, relativement soft.

  • Denis Paquette - Abonné 23 septembre 2015 17 h 09

    Encore une fois, une belle histoire a raconter

    voila que l'on le veille ou pas nous sommes déja tous imliqués dans une action extrême voila ce que nous sommes une espèce guerriere et ce depuis toujours, il y a que les hypocrites pour penser le contraire, quelle vienne cette maudite guerre depuis le temps que certains la souhaite , ca fera encore une fois comme toujours une belle histoire a raconter