Uber marketing

Uber… UberX… Ces noms ne vous intriguent-ils pas un peu ? Le mot Uber vient de l’allemand et exprime la supériorité, la domination, le fait d’être au-dessus. Par exemple, Übermensch veut dire surhomme.

Or, selon la communication marketing 101, le nom d’une entreprise ou d’un produit offert par cette entreprise peut et doit influencer favorablement la clientèle cible et même l’influencer au besoin en deçà de la conscience claire, dans la conscience plus obscure, intuitive, ou encore carrément dans le subconscient. Nous avons tous entendu parler de publicité subliminale, et je mettrais ma main au feu que les gens d’Uber ont quelques notions en la matière (le seul fait d’utiliser un mot allemand au lieu d’un mot anglais n’est-il d’ailleurs pas un peu louche ?).

Détaché de tout substantif, le mot Uber se présente à la conscience, et à l’inconscient, comme une réalité supérieure sans contours définis. Quelque chose qui, d’une certaine façon, touche donc à l’infini et fait ainsi forcément référence à la toute-puissance divine, à la supériorité du Créateur sur sa créature (ce qui positionne on ne peut plus avantageusement Uber par rapport à sa clientèle et à la concurrence).

Pourquoi un X ?

Par ailleurs, selon la loi qui régit le taxi, Uber est légal. Ce qui est illégal, c’est UberX. Mais pourquoi un x et non pas un a un b ou un t ? Poser cette question, c’est évidemment se demander pourquoi les gens d’Uber considèrent le x comme plus vendeur qu’une autre lettre et nous amène tout naturellement à nous interroger sur la valeur, la charge symbolique du x dans notre contexte socio-culturel.

Elle me semble essentiellement négative. Les films XXX ne présentent-ils pas la pornographie la plus vile ? La génération X n’est-elle pas celle que l’on disait sacrifiée ? Surtout, le x représente l’inconnu, l’anonymat. Quand on dit « Monsieur X », « Madame X », c’est qu’on veut taire le nom. Le x efface et remplace le nom. Or, dans notre tradition judéo-chrétienne (et sans doute aussi dans celle de l’islam), le nom est intimement lié à l’être même de la personne, humaine ou divine, qui le porte (« que ton nom soit sanctifié »).

Si donc, comme je le pense, l’appellation Uber, par sa signification de supériorité combinée à son indéfinition grammaticale, tend à susciter en nous un certain rappel subliminal du divin, il faut bien admettre que le x confère à ce rappel du divin un caractère négatif. UberX peut ainsi devenir soit une négation de Dieu, soit l’affirmation d’un dieu négatif. Et comme tout cela mijote à feu doux dans l’inconscient, en dehors de portée de la raison et de la logique, c’est probablement les deux à la fois.

Dans notre société postmoderne d’inversion des valeurs, qui appelle maintenant « culture » ce qu’il y a à peine quarante ans s’appelait « contre-culture » et qui tourne chaque jour davantage le dos à Dieu, il faut reconnaître que c’est bien pensé. C’est de l’Uber marketing.

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6 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 21 septembre 2015 10 h 09

    Traduction hônnete ou entreprise de salisage ?

    Voyez vous c'est que la traduction qu'on obtient de Google pour le mot allemand ''uber'' est ''environ'', et non pas domination ou superiorité.

    Que votre ''Übermensch'' est bel et bien traduite par ''superman'', ce qui a la même signification que celle que vous donnez. Et ''Über'' lui est traduit par ''au-dessus''.

    On a donc deux mots a la signification bien différente un de l'autre selon qu'il y ai présence ou pas de tréma sur le U.

    Vous avez bien le droit de ne pas aimer l'entreprise Uber, mais trouver au moins un peu plus de substance a vos arguments pour convaincre le lecteur de ne pas aimer l'entreprise.

    • Pierre Hélie - Inscrit 21 septembre 2015 11 h 29

      Faux, M. Arès. Le mot über (en allemand) peut être épelé uber, sans umlaut, en anglais, et dans le langage des gens branchés veut très clairement dire exactement ce que M. Randon veut dire. Quant à ce que je pense d'Uber (idem pour airbnb, Google, Facebook, Apple, etc...) avec ou sans umlaut, je ne crois pas que les webmestres du Devoir laisseraient passer...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 21 septembre 2015 20 h 07

      Faudrait alors expliquer a Google..., après tout, tout le monde sait que ce sont d'illustres incompétants !

    • Pierre Hélie - Inscrit 21 septembre 2015 20 h 57

      Je dirais plutôt sociopathes qu'incompétents (vente de nos données personnelles en vrac au NSA; évasion, désolé optimisation, fiscale pour milliardaires, ...), mais c'est un autre débat. Au fait, si vous faites über (avec le umlaut) sur Google Translate, vous obtiendrez aussi environ.

  • Richard Swain - Abonné 21 septembre 2015 12 h 49

    Un exercice intellectuel intéressant . . .

    . . . mais, hélas, peu convaincant.
    Merci quand même, monsieur Randon, d'avoir souligné le fait que les mots, les noms que l'on choisit sont importants -- et très rarement innocents.

  • J-F Garneau - Abonné 21 septembre 2015 14 h 48

    OUF!

    "UberX peut ainsi devenir soit une négation de Dieu, soit l’affirmation d’un dieu négatif."

    Vraiment?

    Ouf.


    Uber, dans le langage de la génération qui l'utilise le plus, veut simplement dire le meilleur... un Uber-restaurant... pas nécessairemnt la "domination".

    Et en plus d'Uber X, il y a UberPop, Uber XL (grandes voitures ou est-ce pour exprimer la suprématie de l'américain qui est de taille XL??), UberPlus et UberSelect (voitures de luxe ou discrimination raciale?), UberPool (référence subliminale aux jeux d'eau ou mise en commun de voitires?), UberBlack (...)... des heures de plaisirs à "analyser" tout ça.