Libre opinion: Les libéraux du Québec et le monde

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, vient de confirmer son départ pour une mission en Europe, du 19 au 27 janvier, où il participera au Forum économique mondial à Davos, en Suisse, puis visitera Londres et l'Allemagne. Une telle tournée pour un premier ministre québécois n'a rien d'exceptionnel. Il s'agira cependant du premier grand déplacement à l'étranger de M. Charest alors que les orientations en matière de politique internationale de son gouvernement n'ont fait l'objet d'aucune annonce particulière. Pourtant, en 2004, les rapports multiples et diversifiés du Québec avec le reste du monde imprègnent le quotidien de tous ses citoyens. Après neuf mois de gouvernement libéral et à l'heure de la reprise des grandes missions diplomatiques, il est impératif que le premier ministre propose maintenant ses orientations et ses choix en matière de politique internationale pour le Québec.

Le programme de la mission annoncée n'impressionne pas. [...] Le premier ministre du Québec n'a aucun accès aux principaux dirigeants politiques des pays visités. La réalité provinciale ramène aujourd'hui le Québec au niveau régional. Nous sommes loin de l'époque où le premier ministre Robert Bourassa pouvait rencontrer régulièrement le chancelier allemand Helmut Kohl. [...]

Jusqu'à maintenant, M. Charest avait privilégié les contacts directs avec ses interlocuteurs internationaux. Sa brève rencontre, en mai, avec le secrétaire d'État américain Colin Powell ou encore le dîner l'été dernier chez lui, en Estrie, avec le président français Jacques Chirac en témoignent. Mais ces rencontres ne nous ont aucunement renseignés sur la politique, les choix et les priorités du nouveau gouvernement pour le Québec dans le monde. Seule exception à ce tableau, le nouveau gouvernement a poursuivi les efforts entrepris par le gouvernement du Parti québécois en faveur de l'adoption d'une convention internationale sur la diversité culturelle par l'UNESCO.

Le silence sur les orientations du gouvernement libéral en ce qui a trait à l'action du Québec dans le monde étonne et la question se pose: quels sont les objectifs de la prochaine tournée de M. Charest? En prenant connaissance des rencontres et activités prévues à son programme, on constate que le premier ministre privilégie, sans surprise, de faire la promotion du Québec afin d'attirer des investisseurs.

Cependant, il en fait sa priorité alors que le gouvernement libéral s'est lancé dans une réforme en profondeur de ses deux principaux outils de promotion à l'étranger, la Société générale de financement (SGF) et Investissement Québec, et ce, au moment même où on remet en cause des ententes entre la SGF et de grands investisseurs comme Alcoa. N'y a-t-il pas là un problème de cohérence? [...] Bien qu'il soit légitime pour tout nouveau gouvernement de revoir les mandats et structures de ses sociétés d'État, il faut constater qu'à la SGF autant qu'à Investissement Québec, les changements, démissions et controverses qui les ont affectées au cours des derniers mois ont nui à leur travail et à leurs actions sur les marchés internationaux. Il faudra donc scruter de près ce que récoltera le premier ministre lors de ses rencontres en matière de nouveaux projets d'investissements pour le Québec.

Paradoxalement, c'est peut-être lors de son passage à Davos qu'on en saura davantage sur les orientations internationales du premier ministre. Il sera invité à s'exprimer sur les relations transatlantiques. Quels sont les orientations et les choix que propose le Québec pour à la fois maintenir ses relations étroites avec les Américains tout en poursuivant le développement de ses relations avec ses partenaires européens?

À un moment où les relations sont très tendues dans les enceintes multilatérales, notamment à l'OMC, quels sont les choix du gouvernement du Québec en matière de commerce international? Soutiendra-t-il la volonté qui semble se dessiner à Washington et à Ottawa de négocier des accords commerciaux bilatéraux et d'abandonner le multilatéralisme? Exprimera-t-il ses orientations en ce qui concerne la poursuite ou non de la construction d'une véritable zone de libre-échange dans les Amériques?

Enfin, la présence simultanée de Paul Martin et de Jean Charest lors de ce sommet à Davos sera aussi l'occasion d'observer quelle place le Canada accordera au Québec lors des rencontres internationales. La dernière participation conjointe Canada-Québec sur la scène internationale, lors de la Conférence générale de l'UNESCO, avait laissé sans voix la ministre québécoise de la Culture. Dans ce contexte, et avec un programme de mission fort peu ambitieux, on peut se poser des questions sur le potentiel de rayonnement du Québec lors de cette première mission des libéraux de M. Charest.