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Libre opinion: Le vrai coût des téléromans

Depuis quelques semaines, Radio-Canada, notre télé nationale, fait des pieds et des mains pour nous vendre sa nouvelle saison. Même Les Beaux Dimanches consacrent des heures aux auteurs des nouveaux téléromans qui vont figurer à l'écran à l'hiver.

Indépendamment de la pulsion «vendeuse» que l'image laissait poindre, le contact avec les auteurs laissait entrevoir une satisfaction du fait que Radio-Canada permet un peu plus de nouveauté et surtout donne un peu plus de visibilité à son «parent pauvre», le téléroman.

Mercredi dernier, le 7 janvier, un article de Paul Cauchon dans Le Devoir, «Plaidoyer pour le téléroman», donnait la parole à Victor-Lévy Beaulieu qui, ouvertement, «apprécie la volonté de changement» nouvellement manifestée à Radio-Canada, le téléroman ayant jusqu'ici été le genre pour lequel «on a fait le moins d'effort sur le plan de l'innovation et de l'imagination». [...] C'est que les téléromans coûtent cher, dit-on.

C'est vrai. Mais il faut voir aussi le coût imposé à la sensibilité et au système nerveux des téléspectateurs. Qu'on songe au temps qu'on doit passer à subir une publicité énervante, vendeuse et répétitive chaque soir pour se payer un téléroman d'une heure: on se rend rapidement compte du fait que le coût est trop élevé. Pour avoir le droit d'écouter une émission de 60 minutes, il faut supporter plus de 20 minutes de publicité. Les coût affectifs et émotionnels sont exorbitants. Comment accepter de jouir d'une plage séduisante s'il pleut toutes les dix minutes?

Le raisonnement est simple.

- Radio-Canada offre plus d'argent aux auteurs pour la réalisation de leurs émissions, bravo!

- Mais pour rentabiliser son investissement, la société doit augmenter ses pauses commerciales.

- L'auditeur doit donc payer de plus en plus cher en pollution publicitaire pour regarder une émission qu'il aime.

- La supposée nouveauté en création des auteurs est noyée dans une mare publicitaire qui la rend de plus en plus inaccessible au

téléspectateur.

À ce rythme où une heure de téléroman coûte plus de 120 000 $ que les téléspectateurs doivent payer par plus de 20 minutes de pauses avilissantes, la télé est-elle encore un moyen de communication acceptable pour les Québécois? Le tiers de l'horaire serait consacré à régler les problèmes financiers de la chaîne sur le dos des téléspectateurs. Plus il y a de pauses, plus les spectateurs deviennent des cibles d'exploitation.

Évidemment, les BBM confirmeront que la chaîne est sur la bonne voie. Peut-on rêver d'un BBM sur les pauses publicitaires? Ou encore d'une enquête objective sur les sentiments des gens en ce qui concerne la gestion de la publicité à la télé dite nationale?

J'ai été agréablement surpris qu'Albert Millaire, à une émission à la radio de Radio-Canada diffusée le mardi 6 janvier, s'insurge lui aussi, dans une envolée oratoire, contre la publicité pendant les émissions. Il faisait référence à cette belle émission, Grande Ourse, où, disait-il avec humour, «il y avait plus de commerciaux que d'émission», ajoutant ne pas pouvoir «regarder une émission avec des commerciaux comme ça». [...]

L'émission Les Bougon, qui fait beaucoup parler d'elle, reflète le mieux, à mon avis, le cadre de la télé de Radio-Canada. Cette famille qui essaie par tous les moyens d'exploiter le système correspond en tout point à cette «autre famille» qui s'infiltre par tous les moyens dans le téléroman pour conditionner le téléspectateur à acheter des produits dont il n'a strictement pas besoin. L'émotion produite par le téléroman et ses acteurs est détournée sur un objet à vendre. S'agit-il d'un «détournement de fond»? Dommage que cette expression soit réservée au monde financier!