La campagne électorale oublie les femmes

Au Québec, le gouvernement actuel affiche un bas taux de féminisation au sein d’un Parlement qui a perdu, la semaine dernière, l’ex-ministre Marguerite Blais.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au Québec, le gouvernement actuel affiche un bas taux de féminisation au sein d’un Parlement qui a perdu, la semaine dernière, l’ex-ministre Marguerite Blais.

Nous vivons dans un pays où il n’est pas prioritaire d’entendre le point de vue des femmes. C’est la conclusion que nous tirons du refus du premier ministre sortant et du chef du NPD de débattre d’enjeux qui concernent les femmes.

Le recul de la représentation politique des femmes depuis quelques années est inquiétant, et au lieu de s’en préoccuper, au lieu de placer ce sujet au centre de leur campagne électorale, voilà que nos politiciens désertent. Si le premier ministre Harper ne souhaite pas participer à ce débat, il faudrait au moins que les autres chefs de partis occupent l’espace public pour dénoncer l’absence de vision égalitaire du gouvernement actuel et les conséquences qui en découlent. Selon la journaliste canadienne Zi-Ann Lum, du Huffington Post, et la CBC, le dernier débat portant sur les enjeux féminins a été tenu en… 1984.

Est-ce que la situation des femmes au Canada, depuis, s’est tellement améliorée qu’il ne vaut plus la peine d’en parler ? Nos aspirants au poste de premier ministre croient-ils que le sort des femmes autochtones, les coupes dans les programmes destinés à la promotion de l’égalité, les inégalités systémiques, le recul des femmes à la Chambre des communes… sont des affaires classées ? Non, l’égalité de fait n’est pas atteinte, et les femmes sont bien peu visibles dans les débats. Nous le déplorons.

Nombre insuffisant

La politique est un lieu de stratégies. Quand il est temps de profiter du vote féminin, on sort le grand jeu. Par exemple, les crédits d’impôt et les mesures de conciliation travail-famille ont tout pour plaire à l’électorat féminin. Plus ça change, plus c’est pareil : on a jadis accordé le droit de vote aux femmes, sans doute pour la bonne cause, mais aussi parce qu’on avait grand besoin de leurs voix.

Nous sommes en 2015. Les femmes ne se contenteront pas de prestations pour enfants. D’autres sujets doivent être abordés et le temps est venu de faire front. L’éléphant au milieu de la pièce, c’est le manque criant de femmes au Parlement et le fait que les enjeux d’égalité ne mobilisent plus l’attention. Le gouvernement fédéral compte trop peu de femmes et ne se soucie pas d’en augmenter le nombre. Il préfère, semble-t-il, se préoccuper de « sécurité », et couper dans les programmes qu’avait fait naître le progressisme social jadis si cher au Canada et au Québec. Ce progrès social, c’est pourtant ce qui a, en grande partie, amené les femmes à s’intéresser à la politique et à s’y impliquer. Or, moins de progressisme, cela veut malheureusement dire moins d’égalité. Voilà bien un enjeu essentiel.

Au Québec, la situation n’est pas rose non plus. Le gouvernement actuel affiche un bas taux de féminisation au sein d’un Parlement qui a perdu l’expertise de Fatima Houda-Pepin, pourtant essentielle actuellement, tout comme il vient de perdre l’ex-ministre Marguerite Blais. Celle-ci a bien pris soin de souligner qu’on ne lui proposait pas de défis. Le gouvernement Charest était, il va sans dire, loin de faire l’unanimité, mais les femmes y occupaient une place, ce qui indique qu’en politique (canadienne ou québécoise), le souci d’égalité tient plus à la bonne volonté d’un individu qu’à des principes institutionnalisés.

C’est de cela qu’il faudrait débattre, en cet automne électoral. Voilà un beau sujet pour nos politiciens. La formation Up For Debate, une coalition de 175 groupes de femmes canadiens, exige que les politiciens se prononcent (sur le peu de femmes en politique, sur les enjeux d’égalité, sur les conditions de vie des femmes autochtones, etc.) pendant la campagne électorale. Que le premier ministre Harper ne juge pas cela assez intéressant pour débattre en dit long sur ses idées, sur sa façon de gouverner et, surtout, sur son peu d’égard envers les citoyennes canadiennes.

6 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 août 2015 04 h 57

    que les politiciens se prononcent

    Mais pourquoi, madame, attendez-vous que le politiciens se prononcent ? Avancez-vous et prenez le micro. Si les suffragettes avaient eu cette attitude, vous n'auriez pas encore le droit de vote. Je ne perçois dans votre chemin que le fait de ne pas vous avancer. Pourquoi attendre les hommes ? Les Payettes et Winns seront-elles toujours exceptionnelles ?

    «Parlez de nous, parlez de nous !» Mais parlez de vous, vous-même, mesdames; nous (ceux qui ne cherchent pas le podium) sommes prêt à vous entendre.

    Bonne journée.

    PL

  • Pierre Marcotte - Inscrit 28 août 2015 08 h 13

    Comment imposer de façon juste?

    En rapport aux femmes en politique, vous dites: "...exige que les politiciens se prononcent [] pendant la campagne électorale...". Fort bien, mais vous voulez qu'ils disent quoi? Ils vous diront tous qu'ils sont pour l'égalité des chances, qu'ils ne peuvent pas faire de discrimination, même positive, que chaque poste va à la personne la plus apte à la combler.

    Vous demandez que les politiciens fassent quelque chose, mais vous ne proposez rien. Quelle mesure, programme, investissement désirez-vous?

    Je suis contre l'assignation d'une personne à un poste sur la base de son sexe, homme ou femme. J'aimerais voir plus femmes, il est vrai, en politique. Plusieurs études ont été faites pour comprendre pourquoi il n'y en a pas plus. Les raisons sont multiples et diverses, mais aucune raison ne ressort plus qu'une autre. J'aimerais voir aussi plus de gens avec des handicaps physiques, mais peu se lancent en politique.

    Les représentants de l'Assemblée nationale devrait refléter la population. À la base, les femmes font environ 50% de la population. Mais on ne peut imposer des candidats choisis pour leur chromosomes.

  • Colette * Doublon * Pagé - Inscrite 28 août 2015 09 h 56

    Université populaire ! Université d'Été !

    Pourquoi les universités n'offriraient-elles pas des cours de préparation à la vie politique réservée aux femmes ? L'Université populaire et d'été comme l'offre la France ainsi que les partis politiques. Des cours offerts gratuitement qui pourraient constituer des lieux d'information et de relations et qui pourraient fournir l'information adéquate à de futures candidates. Souvent, c'est l'absence d'information et de réseaux qui constituent un frein à la candidatures de femmes en politique.

    Mais surtout que les femmes n'attendent pas les hommes pour faire leur promotion. Ce milieu souvent machiste en fait son territoire réservé. Il faut vaincre les résistances et prendre sa place. Que les meilleures désireuses de servir la collectivité se lève et s'impose.

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 août 2015 10 h 08

    Encore une fois...!

    Encore une fois je suis passé à côté. Merci mesdames. Pas d'illusion, comme tout le monde je pense à mon nombril d'abord.

    Ce qu vous dites est capital et vous avez, ce n'est pas une question de chance, le bon sens de ne pas avancer de solution hâtive. Il faut nommer le problème, qui est en effet grave, avant de lancer des programmes ou campagnes qui ne seraient que dévastateurs si mal préparés. Eh oui, on est très loin de l'idéal.

    En effet, le gouvernement Charest comptait plusieurs femmes. Il reste que la plupart d'entres elles étaient "de service", mais on peut en dire autant de la majorité des hommes. Pas de faute, seulement une petite gêne.

    Tant qu'à soulever ce problème, la faible représentation autochtone est aussi scandaleuse au passage. Il aura fallu que je lise votre article pour y penser, alors encore merci.

  • Élaine Hémond - Abonnée 28 août 2015 16 h 41

    Pas d'égalité véritable sans partage du pouvoir

    Et pour inverser la vapeur : il faut vouloir. Pour l'instant, il y a encore de la résistance au réel partage du pouvoir chez nous. Plusieurs de lettres ci-dessus nous le rappellent.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 août 2015 04 h 50

      «partage du pouvoir» Que diriez-vous madame qu'un homme soit nommé, élu, ou mis en place pour la seule raison qu'il est un homme ? Être une femme n'est pas un argument, c'est seulement la nature et le pouvoir ne se partage pas, il se prend. Allez-y ! J'ai lu les commentaires si haut et je n'y vois que de l'attente; l'attente que vous fassiez quelque chose. On vous attend madame, avancez vers l'avant. Ceci n'est pas une valse, on ne viendra pas vous chercher par la main et les hommes ne le feront pas à votre place.

      PL